P comme Pouvoir

LE POUVOIR DANS TOUS SES ETATS

Le verbe pouvoir.

Verbe. Il se conjugue et la première personne dit « je peux ». Le pouvoir c’est d’abord la constatation du possible personnel. Possible, parce qu’éprouvé, passé à l’épreuve d’une réalité, pratiqué. Je peux faire et dire. Et comme toute médaille n’existe pas sans son revers, elle est littéralement créée en même temps pile et face. L’expression du pouvoir n’est pas dissociable de son contraire. « je ne peux pas » (sinon, je ne sais même pas que je peux). Le revers du pouvoir, c’est l’impuissance et toutes ses variantes.

Une complication surgit ici : ne pas pouvoir, c’est souvent compris, traduit par « ne pas avoir le droit » de faire ou de dire. Et cette confusion entre impuissance et interdit se traduit sur l’autre face de la médaille comme confusion entre pouvoir et transgression. Variante :  confusion entre pouvoir et coercition.

Explorer le possible, c’est l’activité principale de l’enfant qui apprend et qui en jouit. Son pouvoir grandit. En même temps, il constate son impuissance et il en souffre. Les interdits symboliques permettent de nommer et de supporter ces frustrations, de les intégrer et d’en faire des sujets de réflexion. Et de jeu.

Le Pouvoir sur autrui.

Nom masculin. Le pouvoir sur autrui relève d’un jeu fantasmatique qui ne devient réel que dans la contrainte physique ou morale. Les systèmes barbares d’organisation militaire ont développé à fond la confusion entre pouvoir et coercition, entretenant l’illusion infantile du confort d’être manipulé (je ne me pose pas de question, je ne suis pas responsable de mon corps, « à mon corps défendant », j’obéis aux ordres) et du plaisir non moins infantile de manipuler (objet, poupée, pâte à modeler). Le démiurge et la créature sont un couple solide et le stade régressif sur lequel ils sont établis est d’autant plus difficile à démasquer qu’il est confortable, conforme à l’image que donne la nature. Cette dualité est le fondement psychologique du fascisme (qui se nourrit également de réalités économiques bien entendu).

Pouvoir et désir.

La position désirante, au contraire, nécessite de relever sans cesse le risque de rejet, autrement dit le sentiment d’impuissance. Cette position implique donc de se reconnaître limité, de reconnaître l’autre comme limité et différent, de trouver sans cesse les mots qui découpent l’implacable réalité et la rendent moins indigeste.  Le pouvoir du désirant, c’est de trouver la ressource de proposer à l’autre un jeu, un «je » qui ne tue pas, qui ne nie pas le « tu ». Il y a toujours danger à désirer, car exposition au refus, et tout refus fait mal. « Veux-tu jouer avec moi ? ». Si l’interlocuteur ne veut pas jouer, mais qu’il ne se connaît pas encore désirant, il se trouve en situation d’incompréhension. Il ne peut répondre sur le même terrain, et va donc utiliser les cartes qu’il possède : son refus va donc se situer sur le mode de la domination. Et sur ce mode, un refus ne peut être qu’agressif. Il annihile l’autre, en le carbonisant ou en l’accusant d’abus, selon la position hiérarchique. Et le confort de l’irresponsabilité est grand, donc la tentation de s’y complaire est également grande.

Pouvoir et règlement.

Il en est ainsi des rapports réglementaires trop codifiés qui nient la possibilité d’un jeu, terme pris au double sens d’échange ludique et, métaphore mécanique, de contact non jointif permettant le mouvement. Ces rapports donnent aujourd’hui bien souvent l’occasion de renforcer cette position régressive en déplaçant sur le terrain juridique ou médiatique les exhibitions d’impuissance. Donner à voir ce que l’autre me fait, ériger en œuvre d’art le « c’est pas moi, c’est lui ! » est devenu un véritable sport. La jouissance anale (faire chier autrui, lui faire cracher son fric, lui faire demander pardon devant tout le monde, etc…) est un bon produit. Et il masque habilement la simple vengeance, transforme les victimes en bourreaux et dédouane tout le monde de toute réflexion sur les causes.

Pouvoir et regard.

L’intrusion du regard étranger dans la sphère privée est une des manifestations les plus insupportable qui soient : c’est ce à quoi nous assistons de plus en plus, et qui nous est littéralement et très exactement vendu comme un produit normal de divertissement. Le mécanisme est celui qui régit le rapport du bébé à la main qui le déshabille, le lave et le gave. C’est ce rapport là qui est réveillé, sollicité, encouragé quand on nous sert de la télé réalité, ou encore quand on nous invite très solennellement à contempler le comportement sexuel d’autrui, à l’analyser au regard de la morale et à le juger. Car alors, quel est l’étalon et qui le constitue ? qui fixe les limites du bon, du bien ? qui donne l’image de ce qu’il faut ou ne faut pas faire, dire, éprouver et désapprouver ? On peut supposer que c’est en grande partie le fabricant du produit, éventuellement , la « majorité silencieuse ». Ce spectacle quotidien nous fait régresser au stade le plus primitif d’une sexualité embryonnaire, voir inexistante, en présentant cette régression comme normale, souhaitable, confortable : bonne !

Pouvoir éduquer ?

La difficulté principale de l’éducation réside dans le passage du relais, dans le passage du pouvoir. En effet, cette passation inclut la question du désir. Ce qui passe, ce qui se passe de parent à enfant, d’éducateur à élève, c’est la manière dont l’adulte en position de « passeur » assume et vit son propre désir, vit, ce qui ne signifie pas raconte. L’enfant perçoit et « attrape » les vrais rapport de son interlocuteur avec autrui. Il le "flaire", le respire, s'en inspire : pour que son rapport au pouvoir repose d'abord sur le verbe et qu'à son tour il puisse agir et réagir sainement donc librement, il faut agir devant lui en restant conforme aux valeurs qu'on veut transmettre. Plus simplement donner l'exemple.

P comme Prédateur

Un prédateur est un être vivant qui se nourrit d'autres êtres vivants nommées proies. Dans les rapports humains tels qu'on peut les observer aujourd'hui, le petit peuple est une proie pour les possédants : les richesses produites par leurs efforts et leur travail appartiennent à ceux qui possèdent l'entreprise. Le plus souvent, ce ne sont même pas des individus mais des groupes financiers. Et ceux qui produisent sont ainsi dépossédés, aussi bien du fruit de leur effort que du droit de décider comment utiliser les richesses qu'ils ont contribué à produire.

Dans ce mode de fonctionnement, la prédation va plus loin encore : une partie de la richesse produite devient de l'argent que les banques vont prêter ... à ceux à qui elle devrait appartenir puisque ce sont eux qui la produisent. Enfin, une partie va également servir la spéculation : de l'argent virtuel qui, en circulant prendrait de plus en plus de valeur : cette prédation là, outre sa totale ineptie, est à la source de crises graves (les fameuses "bulles" qui crèvent) causant des drames sociaux et des guerres. Entre temps, l'argent produit a engraissé quelques prédateurs déjà bien dodus... d'autres ont été dévorés...

C'est donc sur une succession d'appropriation, le gros dévorant le petit, étant lui même la proie d'un plus gros que lui, le tout présenté comme ordre "naturel" laissant croire qu'il s'agit d'un ordre économique et scientifique alors que ce sont des choix humains, des choix de prédateurs conscients qui organisent ces détournements.

Un tel mode de fonctionnement semble un peu régulé par des institutions et des lois qui punissent le meurtre et le vol... malheureusement, qui comptera le nombre de pauvres gens qui succombent à la misère, à l'épuisement, aux guerres : autant de conséquences plus ou moins directes des décisions des grands prédateurs.

Quand l'humain pourra-t-il s'affranchir d'une telle manière de se comporter, digne des reptiles ? Quand cesserons-nous de nous comporter en prédateurs ? N'est-il pas grand temps de promouvoir des actions et une organisation conformes aux principes de paix, de fraternité, d'égalité et de liberté, pensées et écrites depuis longtemps pourtant, mais si rarement mises en œuvre?

P comme Privilèges

Fêtons le 4 aout !!!

Pendant la nuit du 4 aout 1789  l'assemblée constituante de la Révolution Française a voté l'abolition des privilèges et des droits seigneuriaux : cela signifie qu'une partie importante des nobles et du clergé ont volontairement renoncé à leurs avantages et qu'ils ont abandonné leur arrogance dominatrice. Cette décision courageuse, généreuse et belle est un des piliers de la révolution française, peut-être le plus grand et le plus bel acte qui conduit vers la république. Cette décision avait été préparée à l'initiative d'un club de députés BRETONS !!!

J'ai le cœur à fêter aujourd'hui cet acte qu'ont accompli des hommes sages en fondant un principe : l'égalité en droit.

Peut être avons nous besoin en ce moment d'hommes et de femmes politiques qui réfléchissent à une nouvelle abolition des privilèges ? Et pour cela, il faudrait que, comme le 4 aout 1789, une grande partie des privilégiés acceptent d'y renoncer. Utopique ? pas tant que ça puis qu'il y a ce magnifique précédent historique. En tous cas, si ceux qui ont en main les pouvoirs n'entament pas ce genre de démarche, les violences de toutes sortes risquent de grandir et de tuer encore des millions de gens (notez que je n'use pas du terme "innocents").

 

Q comme Question

Quel que soit le domaine, quel que soit le sujet, ce qui importe plus que tout, ce sont les questions : celles que je me pose d'abord, celle que je pose aux gens supposés savoir. Ce sont les principales étapes d'une pensée constructive: j'observe, je décris, je me pose des questions, je formule des hypothèses qui constitueraient des réponses aux questions posées, je mets en place les expériences ou les processus susceptibles de prouver ou d'infirmer les hypothèses. Et après chaque cycle complet, une situation nouvelle surgit, entraînant de nouvelles questions...

Sachant, comme l'écrit l'auteur Italien Ferdinando Camon "Les questions sans réponse sont comme un portemanteau sans manteau : tôt ou tard on y suspend quelque chose", il ne faut pas craindre de garder ouvertes les questions, tant celles auxquelles on se figure avoir répondu, que celles auxquelles on renonce à trouver une solution. Ainsi, l'origine des choses se dérobe : que ce soit l'origine de l'univers ou la clé des comportements dangereux des êtres. Cependant, ces mystères trouvent toujours leur place dans le puzzle de l'existence. Et bien souvent, les pièces manquantes surgissent de sous le tapis au moment où l'espoir de les retrouver semble totalement vain.

R comme Rencontre

Au cours de ma vie, il se trouve des moments à la fois extraordinaires et féconds, foyers de joie, de lumière intérieure, générateurs de force et sources de fleuves puissants qui ont roulé leurs flots, emporté les rochers et érodés les obstacles. Ce sont des rencontres : le moment étrange par sa curieuse incongruité, faisant l'effet d'un étonnant mélange de "toujours connu" et de total inattendu.

Bien sûr, pour rencontrer quelqu'un, il faut y être préparé. Il ne s'agit nullement de se dire "je me prépare à une rencontre". Bien au contraire, il faut être dans une certaine vacuité, comme si justement on n'attendait rien de particulier, ce qui rend précisément disponible, ouvert, perméable et sensible, capable de vibrer au son d'une note, d'un timbre de voix, capable d'une émotion intense à l'évocation d'un évènement qui aurait pu rester banal, capable de décider brusquement d'engager, de miser gros, de risquer même sa vie ou sa santé sans réfléchir davantage que d'aligner et d'articuler deux ou trois arguments qui conduisent à l'évidence. Pourquoi ? se dit-on, et la réponse vient, comme l'écrivit Montaigne à propos de son ami La Boétie : "Parce que c'était lui et parce que c'était moi."

Ces rencontres sont souvent le début d'une histoire, d'un amour, d'un engagement politique ou d'une mutation philosophique... la rencontre ne laisse jamais intact. Elle féconde littéralement la sphère vitale et donne l'occasion de faire, de mettre en œuvre ce qui jusqu'alors demeurait velléitaire ou impossible. Comme le dit Tahar Benjelloun, à propos de la rencontre amoureuse, on devrait remplacer l'expression "tomber amoureux" par "s'élever amoureux", car l'amour ne conduit pas vers le bas, seule la haine tire vers le bas. L'amour élève l'être humain plus que toute autre chose.

La rencontre est une porte vers l'union, elle ouvre les possibles civilisateurs ou humanisant que sont la coopération, l'autogestion, le partage décent des richesses.

Enfin, je suis conscient d'être moi-même le fruit d'une rencontre, ainsi que l'illustre l'image en tête de ce paragraphe. De deux minuscules cellules qui ont fusionné, mon être émergea... grandit et se complexifia. Histoire à répétition puisque dans le cosmos, ce sont d'abord des fusions de particules qui ont peu à peu construit toute la matière.

Des fusions d'idées élémentaires qui se rencontrent dans les réunions d'humains aspirant à recréer (ou tout simplement à rendre meilleure) une vie en société, pourraient donner naissance à une véritable noosphère. Non ?

R comme Respire

Je suis dans la partition: séparé sans retour. Coupé à jamais et fêlé de surcroît. Mon passage de la chaude unité ronde de l’œuf primordial au partiel précaire du « respir » obligatoire m'a fait perdre, comme à tous les petits mammifères, le prolongement pourvoyeur et nourricier, je veux dire le placenta. Cette perte m'a plongé, comme elle plonge tous les humains (qui le plus souvent s'appliquent à l'ignorer) dans l'ère du manque radical et définitif, dans la partition, pour que ma voix soit humaine.           

A mon corps défendant, je suis de ce fait voué à la nécessité d'abandonner la toute puissance. Ce qui n'exclut pas qu'on en cultive l'illusion ou les substituts, mais ceux qui s'adonnent à ces compensations se mutilent de grandes joies créatrices. Car la cicatrice ombilicale et son ombre symbolique, la fêlure incomblable me livrent à la quête permanente, recherche du graal, curiosité insatiable, désir de tous les instants de savoir l'inconnaissable, de connaître l'Autre, d'aller se frotter les ailes à quelque flamme...               

Un des aspects de cette quête concerne les coups de foudre éprouvé pour telle ou telle personne: ici, j'ignore à chaque fois quel trait, (lettre, mot, note, parole, geste, prénom) quel trait donc me perce de son fer, telle la flèche du facétieux Cupidon, même si je ne suis pas dupe du fait que mon ardeur ne se fonde que sur l'ingénieuse reconstruction inconsciente d'un sentiment de complétude, apport d'un regard de mère, d'un sourire de nourrice, d'un geste qui apporte l'équivalent d'un biberon mental... Transfert à repasser, à dépasser, jusqu'au suivant.                

Il est possible, probable, que le rapport entre la voix et la séparation ombilicale soit si fondamental qu'on ne puisse faire usage de sa voix comme instrument que dans l'angoisse très forte, la conscience de courir un risque aussi aigu que le danger mortel qui accompagne la naissance de chacun.

Certains psychanalystes décrivent un stade du respir qui précède le stade oral du nourrisson. Réflexe de survie qui consiste à s'emplir d'air pour survivre, réagir à l'asphyxie consécutive à la coupure du cordon. Ce stade pourrait être un premier brouillon de tous les affects ultérieurs, situant radicalement les émotions humaines de plaisir dans l'entre deux d'un suspens mortel.                 

C'est la puissance de la quête qui assure la survie, qui impulse au corps les réactions miraculeuses que la simple biologie n'explique pas encore. Cette puissance peut être modérée, "normale". Alors, le corps se contente de fonctionner. Et l'être tout entier voit son centre de gravité se déplacer vers le biologique. Parfois, la quête devient impérieuse, et fait jaillir des cellules et des molécules un ensemble d'échanges inhabituels, incongrus, inexpliqués -mais pas inexplicables- qui vont transcender la fatigue, vaincre la maladie, procurer le génie ou la force hors du commun.

Enfin il existe probablement un rapport entre la production de la voix et la poésie. Poésie... image en mots de liaisons inouïes. Inouïes parce que non encore reliées à l'entendement. Procurant donc un effet direct sur l'inconscient d'oreille qui gère les effets sonores comme un matériel brut, en prise directe sur les émotions primitives, survie dans un soupir, mort dans l'oubli d'un instant, suspens et assouvissement total suivi de la relance permanente de la nécessité d'avoir encore à recommencer l'inspiration...

R comme Rien

POUR RIEN...

"Pourquoi me dis-tu cela ?" me dit un jour une dame à qui j'adressais un compliment plus ou moins maladroit "- Pour rien"... ai-je répondu, mais sa question me plongea dans un abîme de réflexions que seule l'écriture me permit de débrouiller quelque peu. En voici le résultat.

Utilitaire... L'utile mutile le futile, fût-il indispensable... et il l'est, comme l'est le prétexte au texte et le préfixe au radical. L'impasse utilitaire se dessine en filigrane dans le taire, terminaison radicale du dire. Si ainsi je batifole du préfixe à la terminaison, de l'entête au déjà fini, c'est que l'entre deux reste indicible. Et pour finir par le dire, il me faut la fioriture des détours. Détournements que d'aucun, jadis, nommèrent sublimation, voire substitution.

Retour au corps du texte. Cette nominale phrase par laquelle je me somme de revenir au sujet, au sujet ! nous y voilà. Je. Et l'articulation du je-nous, avec ses connotations, déambulatoires certes, mais surtout érotiques "j'aime tes genoux !" (pas métaphore: métonymie, la figure par excellence) l'articulation, donc, demeure la pierre d'achoppement de ce débat.

Pourquoi en effet, tous ces détours, ces mots, ces réflexions et ces parfois géniaux produits de l'esprit et du corps ? Je réponds "pour rien" sans être dupe, y trouvant la trace de mon désir enfoui sous le fatras. Insaisissable et omniprésent, cet "en avant-devenant" qui pousse mon regard vers les yeux d'autrui, vers le petit coin de peau qui titille mes doigts de l'envie de toucher un poignet, en attendant... Non.

Pas d'amour là dedans. Juste un féroce appétit de fusion. Belle, lascive, éternelle et douce fusion dont les corps jamais ne se lassent. et d'un tel magma incandescent, la terre elle même est forgée. Je sais, les séismes tuent. Je le sais si bien que "pour rien" me conduit souvent à ne rien faire, rien dire, ne pas toucher aux trompeurs équilibres des châteaux de cartes que la vie m'a distribuées-attribuées : trop peur des secousses telluriques. Peur salutaire: le mot rime avec celui du début de ce petit délire. Utilitaire et salutaire poussent à taire les rejetons des désirs interdits.

Je n'aime pas le stylo à bille et pourtant je l'utilise parfois : on fait avec ce qu'on a sous la main et finalement l'écriture se révèle un merveilleux véhicule pour continuer à taire sans finir atterré. Il m'eût été plus agréable si j'étais ...(liste à établir parmi : jeune, beau, grand, intelligent, libre, séduisant, riche, etc. ...) de développer de toutes les manières possibles ces embryons de conversations. Manières possibles, cela revient à dire celles que l'autre, en face, aurait considéré comme agréables et digne d'intérêt : l'articulation du "je-nous" ne repose-t-elle pas sur la remise à l'autre des clés d'une porte vers toute suite possible ???

R comme Rituel

Nous pratiquons tous des rituels : ensemble de gestes et de mots enchaînés toujours dans le même ordre, avec la même apparente inutilité, avec cependant la même obstination à les répéter, comme si leur caractère indispensable nous échappait, obéissant à quelque force incontrôlée ... Ainsi, quand nous préparons le petit déjeuner, ou encore quand nous prenons notre douche ou que nous entrons seul dans le bureau avant de travailler... quand nous allons coucher un enfant, visiter un malade, boire un coup avec le même collègue chaque mardi...

Un point commun à ces moments : le passage d'une séquence de vie à une autre. Il y a l'avant et l'après. La peur de ce qui va arriver, la nécessaire adaptation à une nouvelle situation, la préparation. Le rituel est un sas entre le jour et la nuit, entre le repos et le travail, entre la solitude et la relation, entre l'anodin et l'important...

Marquer le temps, marquer l'importance des lieux, de la parole, dire solennellement, même si on peut y mettre un peu de légèreté voire d'humour, tout cela donne aux réunions de tout genre, leur sens et les rend bien plus efficaces (au sens de leur permettre de remplir pleinement leur rôle). Mais force est de constater que nos efforts sont sans cesse érodés par la lassitude, la décontraction, la déconcentration.

Solennité: qui dit rite dit sacré. Je pense que le sacré fait partie de l'humanité. Je crois utile d'en user avec pertinence. Réveiller en soi le sens du sacré pour le relier aux événements qui sont à nos yeux les plus importants: ceci peut passer par un ensemble de conduites élaborées en accord avec la symbolique que nous nous sommes construite ensemble. Tradition dont les sources remontent à ...

En user sans complexe, mais avec le respect dû aux choses qui nous échappent un peu, sans toujours être bien certain de tout comprendre. C'est même plus efficace encore quand on laisse venir sans comprendre.

Dernière remarque: le rituel inclut, et enchante le corps. Il installe une mémoire kinesthésique qui donne à l'esprit une dimension plus globale, libérée (l'habitude évite d'avoir à penser aux gestes), mais également très pleine de sensations tactiles, musculaires. Incorporer le présent pour devenir disponible, tous neurones mobilisés. Le rituel: en corps! Et encore!...

R... comme Rouge

Le rouge dit la fulgurance d'un amour jaillissant du regard posé par hasard sur le visage de celle qui brusquement pulvérise les anciennes certitudes. L'incandescence de la foudre qui s'abat sur les pauvres défenses anti passions, anti pulsions se concentre sur les écrans réputés protecteurs qui prétendaient filtrer le raisonnable. Tout explose et laisse pantois, étonnamment vacant, monomaniaque.

Le rouge du sang qui pulse dans les battements trop rapide et qui oxygène à outrance, jusqu'à la submersion, la subversion, l'aplatissement du sens et l'exacerbation des sens.

Le rouge dit la passion, le volcan intérieur qui chauffe et gronde et menace sans cesse de déborder, d'envahir et de brûler au passage toute substance inflammable, de détruire la civilisation...

Le rouge dit : Attention, je suis là  !!! et même si tu ne me vois plus, même si tu ne m'attends pas, à tout moment, je peux fondre sur toi.