Trame

 C'est un conte fantastique. L'intrigue policière est un prétexte à l'évolution d'un délire onirique et sans prétention, pouvant permettre à des personnage d'exister puis de se dissoudre dans la brume du temps qui passe.

         

          C'est en quelque sorte une ferme. Aberloch, c'est son nom. Et  Charles surprend sa femme Berthe dans les bras d'Albert chercheur au CRSSS (centre rural de la survie sans soucis). Il les tue et les jette dans la fosse à purin. Sa fille unique, Aude est alors un bébé. Elle est envoyée à l'hospice du coin. Olivier, fils d'Albert est envoyé à l'orphelinat de la ville un peu plus loin.Trois années plus tard, Basile, sans nouvelles de son frère Albert, débarque aux environs. Dans un pré, il découvre une scène étonnante: Un bébé tète une vache: c'est Aude qui s'est échappée de l'hospice et qui exerce son extraordinaire talent de séduction et de débrouillardise. Il la recueille. Cinq ans passent: Basile a repris les recherches de son frère et découvert un secret dont la portée lui échappe: il se réfugie dans la sagesse (mais est-ce bien la vraie sagesse?)  Sept ans plus tard, Aude entre par hasard dans la ferme.. Elle rencontre Angélique qui lui remet de mystérieuses photos: la mort de sa mère y est racontée. Aude décide de la venger: elle se présente comme fille de ferme auprès de Charles (devenu entre temps un vieux schnock solitaire), le séduit vaguement et le pousse dans la fosse à purin en lui expliquant pourquoi.

Deux femmes de la ville, Sabine et Eloïse ont découvert dans une bibliothèque les publications d'Albert et décident de retrouver ce qu'elles croient être la matière première de l'élixir de jouvence. Le Q.G. de leurs recherches est la ferme d'Aberloch. Mais un problème de plomberie les perturbe: l'écoulement de la fosse se fait mal. Elles vont sonder avec une gaffe de marinier, et retirent un cadavre confit. Ne désirant pas être dérangées par une administration fouineuse dans leur quête, elles vont se débarrasser du corps...

 

PERSONNAGES:

1.Aude:       Jeune fille sauvage, belle et sans limites. Seule au monde après l'assassinat de sa mère (Berthe) par son père (Charles) . Elevée d'abord par une vache très maternante puis adoptée par Basile. Elle recherche et découvre la cause de la mort de sa mère, la venge en tuant son père.

 

2.Olivier:     Jeune poète aventurier. Fils d' Albert. Ce dernier a disparu au cours d'un voyage il y a plusieurs années et sa piste se perd à la ferme d'Aberloch. Olivier le recherche avec ferveur depuis qu'il a découvert des lettres dont il veut découvrir l'auteur, une femme qui lui paraît tout à fait fascinante et dangereuse.

 

3.Basile:      Sage hors du temps, lutte sans efficacité contre sa tendance au sentimentalisme. Il se souvient avoir eu des enfants au cours d'une jeunesse tumultueuse et insouciante, à l'époque où l'on pouvait encore croire en une révolution sexuelle et politique.

 

4.Sabine: Femme féministe, énergique, sportive et gourmande. Cherche la fortune et adore l'aventure. N'a pas froid aux yeux.

 

5.Eloïse: Femme à la recherche d'une identité. Copine et complice de Sabine avec laquelle elle est tout à fait capable de faire les quatre cent coups.

 

6.Angelique:         Etre surnaturel qui apparaît là où l'on ne s'y attend pas. Photographe et auteur de lettres anonymes.

 

7.Bulgar la souris:         Animal dont les connaissances sont difficiles à cerner. Accro. du yaourt dont elle ne peut absolument pas se passer.

 

8.Berthe: Mère d'Aude, décédée, fantôme guilleret.

 

9.Charles: Père d'Aude, décédé, fantôme tristounet.

 

10.Albert: Amant de Berthe, père d'Olivier, frère de Basile, décédé, fantôme génial.

 

11.Anaïs: Vache laitière sans états d'âme.

 

PROLOGUE

 

Rencontre dans un sous-bois ou encore près d'un ruisseau, atmosphère irréelle, musique, flûte ou violon, ou violoncelle (suites de Bach?)

Aude Très sauvage et belle, "nature". Elle s'installe nonchalamment.

Angélique Entre comme si elle glissait dans l'air. Robe longue, on ne distingue pas ses pieds.

Aucune parole n'est entendue par les spectateurs, mais peut-être y en a t-il quelques-unes d'échangées tout de même.

Angélique Remet à Aude Un étui de violon et une clé au bout d'un long ruban pouvant s'attacher autour du cou.

Noir. La musique continue.

Retour de la lumière. Aude Seule. L'étui est ouvert. Aude Couchée à plat-ventre, elle consulte un album de photos. Elle s'assied brusquement, referme l'album, le range dans l'étui, le referme et visiblement en proie à une forte émotion, prend quelques affaires et s'éloigne rapidement vers "cour". Elle sort. NOIR

***

 

Olivier  Lit une lettre. Il est adossé à un tronc en jardin et son allure est un peu celle d'un poète aventurier/détective.

 

Olivier ...Et si mon nom ne vous dit absolument rien, sachez pourtant que moi, je vous connais bien. Vous avez une petite cicatrice sur le pouce de la main gauche que vous êtes faite en tranchant vivement une rondelle de saucisson, un matin d'avril. Il vous reste à découvrir le secret d'Aberloch. La carte jointe vous aidera dans la mesure où vous serez capable de...

Il hume la lettre

Ce parfum m'obsède. Angélique... non, je ne connais pas d'Angélique. Et cette carte ne me dit pas grand-chose non plus.

Il étale la carte

Voyons: ici, une vieille ferme dont on peut penser qu'elle s'appelait en effet Aberloch, si je me fie aux archives départementales. Je ne devrais plus en être très loin.

Il se lève et s'étire. Surgit comme de nulle part, Basile

 

Basile Hum...

Olivier Ah ? il y a quelqu'un dans ce coin! Bonjour. Vous allez peut-être pouvoir m'aider. Y-a-t-il ici une ferme avec des vieilles pierres et une femme parfumée dans ce style-là.? Il lui met la lettre sous le nez.

Basile Possible. Mais ça dépend de ce que vous cherchez.

Olivier Justement, c'est la question que je ne parviens pas à résoudre. Peut-être une piste, ou une personne, ou une explication.

Basile Vous êtes culotté de me demander cela, sans préambule, comme ça...

Olivier Vous voulez un préambule: je suis totalement orphelin. Il paraît qu'on m'a trouvé dans les bois quand j'avais 4 ans. Personne ne m'a jamais réclamé: et vu mon type un peu bronzé, on a pensé que j'avais été abandonné par quelque voyageur distrait. Mais d'après cette lettre, il paraît que des événement sanglants se sont produits ici et j'aimerais en avoir le coeur net.

Basile Je ne voudrais pas être indiscret, pourtant, votre cas m'intéresse. Montrez ce papier.

Olivier Voyez, il s'agit d'un texte éminemment énigmatique: je suis sensé découvrir une clé qui m'ouvrira la porte d'un avenir en éclairant le passé. Et si j'ai posé mon cul sous cet arbre, c'est que je pensais ne pas être loin de cette fameuse ferme.

Basile Il sort son narguilé et commence à le préparer Il lit.  Hum, en effet, une certaine Angélique qui vous veut du bien... peut-être une découverte scientifique de premier ordre... et des indices au sujet de votre origine... vous munir de précautions et de courage, tout en restant toujours sincère et libre... C'est fumeux.

Olivier N'est-ce pas! Comme précaution, j'ai apporté ceci. (Il sort une arme de science-fiction) Mon invention la plus récente. C'est une sorte de four à micro-ondes à rayon mince et dirigeable: voyez, on peut cramer instantanément une cible à trois mètres. Enfin, théoriquement: hein! Je n'ai pas encore eu vraiment l'occasion de l'essayer.

Basile Inutile de m'en faire la démonstration. Mais vous me semblez en effet sincère. Suivez donc ce chemin. Vous trouverez une benne à détritus et vous prendrez à main gauche. La ferme que vous cherchez devrait être par là.

Il part. Angélique entre: superbe créature, inquiétante et armée d'un appareil photo (ou caméra). Elle s'assied derrière Basile qui continue à fumer et à méditer.

Angélique As-tu compris pourquoi je me suis permis d'envoyer cette lettre à ce garçon?

Basile Hum... Qui est-ce? Ce que je comprends surtout, c'est que je ne serai pas encore tranquille cette semaine. J'espérais, pourtant, mais il y a d'abord ces donzèles qui débarquent à la ferme et s'y installent...

Angélique Mais il y a bien longtemps que tu n'y habites plus toi-même. Cette  cabane dans la forêt n'est-elle pas ton vrai refuge de sagesse écologique (ironie mordante)

Basile Certes, mais tu sais bien que j'y ai laissé des choses que je ne voudrais pas voir tomber entre n'importe quelles mains.

Angélique Pourquoi ne pas avoir brûlé tout ça? Tu n'est pas très clair, toi non plus.

Basile Certes. J'hésite parce que cette foutue molécule ne m'appartiens pas: Albert en aurait peut-être trouvé l'usage... sans tout casser. Et ce gamin

Angélique Il a vingt ans!

Basile Ce gamin, ces deux femmes, et ma petite Aude qui est partie pour je ne sais où, depuis plus de trois semaines. N'y serais-tu pas pour quelque chose, toi aussi? Ma sagesse écologique comme tu dis est un peu dépassée. Je voudrais tant qu'on ne remue pas ce passé: j'aspire à la vie simple et tranquille, moi!

Angélique Oui, et au nom de ta sagesse et surtout de ta tranquillité, tu laisses enterrer le terrible drame que ces enfants ont connu et refoulé, et les recherches de ton frère.

Basile Exact. Je n'aime pas remuer ce qui devrait être évacué proprement...

Angélique Point de vue à court terme de petit mortel étriqué!

Basile Dont je revendique le statut, ce qui n'est pas ton cas. Laisse moi tranquille s'il te plaît.

Elle s'éloigne.

***

Etable ou grange. Anaïs  vache (très âgée), bavarde avec Bulgar la souris.

 

Anaïs: Je suis un peu lasse de tous ces évènements. On ne rumine plus en paix. Cesse un peu de passer et repasser sous mes mamelles.

Bulgar: Ma réserve de yaourt a été découverte: je m'étais pourtant arrangée pour que le vieux Charles en fabrique un stock avec ton super-lait.

Anaïs: En tous cas, lui, je ne le regretterai pas. Tiens: j'ai encore des bleus ici, et là... Quinze ans de traite et de coups dans les côtes...

Bulgar: Ne te plains pas trop s'il te plaît: tu en as bien profité pour chouchouter la petite.

Anaïs: attendrie et rêveuse Mm oh, ô Aude de mon coeur. Hélas, cette enfant nous échappe de plus en plus. Tiens, à propos as-tu vu Basile ces temps-ci?

Bulgar: Non. Il a sans doute préféré la discrétion quand ces deux donzèles sont arrivées: tu connais son aversion pour les conversations. Et ces deux-là semblent plutôt du genre chieuses. Et même du genre à bouffer les yaourts sans demander la permission.

Anaïs: C'est vrai qu'elles farfouillent partout, même dans mon foin. Mais tu nous pompe un peu avec tes yaourts. Passe moi le journal.

Bulgar: Tu te souviens de ce truc qu'Albert avait apporté, ce gros tas de papiers?

Anaïs: Mm ? Non. Passe moi le journal je te dis!

Bulgar: J'ai vu Angelique le planquer.

Anaïs: Dans le genre fouineuse, toi... Tu ferais mieux de m'apporter le journal.

Bulgar: Et c'est pas tout, j'ai aussi entendu ces deux bonnes-femmes raconter qu'elles avaient lu des articles d'Albert.

Anaïs: Des articles? A propos: le journal?

Bulgar: J'l'ai mangé.

Anaïs: T'exagères. J'ai du mal à ruminer sans lire un peu.

Bulgar: Et elles disaient comme ça que ça pourrait donner la fortune à celui qui mettrait la main sur son truc.

Anaïs: Non d'une meule! Je vais te dire: je m'en tamponne la panse. C'est pour la petite que je me fais du souci.

Bulgar: Là, t'as pas tort: parce que notre tordue d'Angélique, elle lui a refilé un drôle de boîtier de violon. A mon avis, c'est à cause de ça qu'elle a fait ce qu'elle a fait.

Anaïs: Et nous n'y pouvons rien: bon, puisque tu ne veux pas me passer le journal, laisse-moi dormir un peu: à mon âge, l'insomnie coupe le lait.

Bulgar: D'accord, bonne nuit!

Noir.

 

Le matin très tôt, à côté d'une énorme benne à gravats, deux femmes en tenue de sport vident le contenu du coffre d'une voiture: de grands sacs plastiques assez lourds.

 

Eloïse(nerveuse et tendue). C'était un homme, j'en suis presque sûre.

Sabine (énergique et maternante) N'y pense plus. Passe. (Elle tend la main vers un sac, le jette dans la benne.)

Eloïse. J'essaie, mais tu sais, pour moi, c'est une tension constante.

Sabine. N'y penses plus je te dis. (Sort une cigarette) Tu as du feu?

Eloïse. Dans ma chemise. (Un temps: elles se passent quelques sacs. S allume sa cigarette et jette l'allumette dans la benne) Quand tu n'es pas là, je flotte.

Sabine. Attention, tu en as laissé tombé un!

Eloïse. Tu vois, je ne me contrôle plus!

Sabine. C'est parce que tu en as pris trois à la fois: qui trop embrasse mal étreint.

Eloïse. Hé! Tu sens pas?

Sabine oui, une formidable odeur de purin.

Eloïse Non, ça, je sais. Mais ça sent aussi le roussi.

(Une petite fumée au dessus de la benne)

Sabine (rire nerveux progressivement hystérique) C'est mon allumette: passe la bouteille! vite!!!.

Eloïse (rit autant) qui trop entasse a des pépins...

Sabine qui trop en casse ...a mal aux reins( elle se tord de rire)

Elles se calment peu à peu.

Sabine en tous cas, ça pue encore malgré le plastique.

Eloïse Si tu permets, je rentre un moment. (Elle ouvre une portière). Le cul sur le velours, c'est confortable.

Sabine et elle?

Eloïse  Quoi elle?

Sabine  A ton avis pourquoi elle a fait ça?

Eloïse Sais pas. Pourquoi tu me demande ça à moi?

Sabine. pour causer: tu ne trouves pas que ça chauffe tout de suite la conversation.

Eloïse Si ça se trouve, elle n'a même pas eu besoin de le pousser.

Sabine ah...?

Eloïse Oui, à cause du spectacle qu'on devait donner.

Sabine Oh tu crois que...

Eloïse bien sûr qu'on pouvait nous voir de la cour.

Sabine allez, n'y penses plus et ne fais pas cette tête.

Eloïse J'ai une gueule de mégot refroidi, je sais.

Sabine (pouffe) refroidi, tu as de ces mots... chut!...

Un bruit de pas qui se rapproche. Noir sur les deux femmes et la voiture. Un peu plus loin, une jeune fille très belle, un peu égarée.

Aude. Il regardait vers l'infini. Les mains me touchaient le corps. Quand il m'a pris l'écrin, ça hochait fort. Son Dogue louchait sur mon genou. Un gros parpaing

 

dort sous l'arbre mort... Là, j'ai fait fort: le gros parpaing sur le groin du clébar qui en est mort: direct! Et la tête hein? Pendant ce temps- là que faisait-elle? Elle éclatait tranquillement sous le parpaing. Comme un pou de bois entre les ongles du berger, Comme une tomate naine sous la dent d'un gastronome nouvelle cuisine.

Et l'autre qui regardait dans mon écrin, il a ouvert son clapet, sans mot piper, a reculé et puis pfuit. C'est un vague plouf qui l'a suivi dans le fond de la cour. La fosse est toujours découverte entre la Saint gratien et les premières gelées, pour curer. ... Et si j'ai poussé, c'est juste un peu. Pour qu'il les y rejoigne tous les deux.

Retour sur les deux femmes près de leur voiture.

Eloïse. On aurait pas dû le mettre dans la voiture.

Sabine  Et pourquoi pas dans la voiture?

Eloïse Ca va puer pendant des mois.

Sabine T'inquiètes! Quand on aura mis la main sur cet article, on aura de quoi changer de casserole!

Eloïse. En attendant, on n'avance pas beaucoup. Et moi, la cambrousse, j'en ai un peu ma claque.

Sabine  Passe moi le dernier!

Eloïse(prend le dernier sac, le palpe ...) C'était un homme, maintenant je le sais. (Elle passe le sac à S qui le jette dans la benne. Elle remontent dans la voiture qui démarre).

 

Dans  la benne la fumée reprend et se fait plus intense... Une silhouette s'y dresse.

 

Basile. (Tousse) J'ai horreur d'être dérangé dans mon premier sommeil. C'est tout de même un monde. La vie est un peu bizarre. L'art aussi est bizarre, et je suis complètement dans le blizzard, pourtant c'est pas vraiment froid, quoique, si je me tâte, je ne me trouve pas franchement chaleureux, ni malheureux non plus d'ailleurs.

(Il sort d'une de ses nombreuses poches, un narguilé et s'installe à l'orientale puis le bourre et l'alumme)

Quand j'ai aperçu ce bébé qui tétait sa vache dans le grand pré d'Aberloch, j'aurais dû le laisser et vaquer... mais je suis trop tendre. Je suis trop sentimental. Alors j'y suis allé. Ce qui m'a d'abord attiré, c'est ce petit éclat de lumière sur sa dent, au soleil levant. Une seule dent toute blanche et qui brillait, comme... comme... (il se penche et ramasse un objet) Tiens comme cette clé.

(Il joue avec la clé pendant tout le reste de la tirade)

Ouvert, mon coeur s'est ouvert, et je suis devenu nettement moins sage. Plus con en quelque sorte. Parce qu'ensuite, c'est plus la vache qui lui donnait à manger, non, c'est moi. La place de la vache. La vache à lait. Allez, n'y pensons plus. Et pansons cette plaie de mon âme rouverte par un enfant tombé dans ma vie un matin de printemps. Se pourrait-il que cette clé ouvre quelque chose?

 

(Il se lève et sort)

 

Décor: une cour de ferme.

Aude. Tu m'emmerdes avec ta sagesse! Allez, fume un peu ton bidule, ça te calmera. Pourquoi tu te fais du souci pour moi? Je n'aime pas les soucis, les chrysanthèmes non plus. L'herbe oui... Non, pas celle de ta pipe à la gomme. Celle de ma vache à moi. La belle herbe dans laquelle je dormais avant que tu ne viennes me chercher. Oh je sais, mes dents ont poussé, et pas que mes dents (Effet de silhouette très sexy)... Grâce à toi, mon basile de base, mon papa-maman. J'ai même une dent de sagesse maintenant, tiens regarde!

Basile.S'il te plaît, ferme-la! Et dis moi un peu, cette clé n'est-ce pas à ton cou que je l'ai vue pour la dernière fois?

Aude. Mais c'est la clé de... Donne!

Basile. Raconte d'abord.

Aude. Non.  Je ... (sanglots)... tiens, regarde: là.

 D'un immense sac de marin ou balluchon elle sort un écrin d'instrument avec fermeture bien visible.

Basile. Et ça, c'est sensé ouvrir ta boîte à violon?

Aude. Tu ferais mieux de me la rendre.

Basile. Bon, j'espère que tu en feras un bon usage exclusivement musical...

Il lui donne la clé et la regarde longuement puis sort.

 

A côté de la benne à gravats Un jeune homme cherche son chemin. Entre Aude, l'écrin en bandoulière.

Olivier. Pardon, je cherche la ferme d'Aberloch...

Aude. Vous y êtes presque, mais il vous faudra d'abord réussir les épreuves.

Olivier. éberlué Epreuves? Il la regard plus attentivement Bon, écoutez: je veux bien , mais il faut absolument que je sois à Aberloch dans une heure: c'est capital.

Aude. Capital capitaine, à vos ordres! On commence tout de suite: montez dans ce truc (la benne).

Olivier. Est-ce que je ne pourrais pas...

Aude. Je croyais que vous étiez pressé?

Olivier. D'accord. (Il monte) Ensuite?

Aude. Savez vous jouer du violon?

Olivier. Pas du tout. Alors, qu'est-ce que je fais?

Aude. Bon... on va procéder autrement: savez vous nager?

Olivier. Oui et ne me dites pas que je suis de corvée de vaisselle: on me l'a déjà faite.

Aude. Non. Simplement, vous allez imaginer que vous êtes en train de traverser la manche ou mieux, l'Atlantique à la nage: imposible de revenir en arrière, il vous faut aller de l'avant, pas de questions, juste l'effort pour atteindre la rive, d'accord?

Olivier. Ai-je vraiment le choix? (Consulte sa montre)

 

 

 Elle ouvre l'écrin et en sort un album de photos, lui passe une à une. Il les prend, les examine mais semble surtout fasciné par elle: il tombe manifestement sous le charme et semble oublier peu à peu l'urgence de son rendez-vous.

Aude.  Là, c'est moi quand j'avais deux ans, une seule dent, et une vache pour maman.

Là, c'est moi à cinq ans avec Basile.

Là c'est la ferme.

Là c'est ma mère qui me porte. Je le sais parce que c'est écrit derrière: voyez, là.

Là, c'est son frère: voyez comme il lui ressemble. Et ici, je crois que c'est un certain A. Il n'y a pas le nom entier. Comme il la regarde, hein!

(Elle regarde fixement Olivier un long moment, puis elle poursuit)

Là c'est encore moi, j'avais 10 ans et je jouais dans la cour. Voyez, derrière la fosse était déjà ouverte, avec la barrière autour pour que personne ne tombe dedans. Qu'est-ce que vous pensez de cette fosse?

Olivier. (Il fronce les sourcils en étudiant un détail) On ne distingue pas vraiment. Vous voulez dire qu'est-ce que je pense de la qualité du cliché? Ou....

Aude. Non: je veux que vous me parliez de la fosse.

Olivier. Sûrement une fosse à purin. Style classique, première moitié du siècle, douze à quinze mètre cubes, modèle à curer chaque année sauf les bisextiles, peut-être avec voûte en granite?

Aude. Bravo! Vous êtes architecte?

Olivier. Non. Tout au plus admiratif. Et ça, c'est vous à quel âge?

Aude. Elle lui reprend la photo. Celle-ci je n'aurais pas dû... Vous pouvez redescendre.

Olivier. D'un air rêveur, illui rend la dernière photo, regarde à ses pieds, dans la benne . En tous cas, à l'odeur, on est sûr d'être à la campagne.

Aude. C'est certain! Bon, les autre photos, je ne les montre qu'aux intimes: la prochaine fois peut-être...Pour aller à Aberloch, c'est par là. Quand vous verrez le saule pleureur, tournez à droite et descendez jusqu'au carrefour, et ensuite suivez votre intuition, ou plutôt les panneaux. Attention de ne pas tomber dedans!

Olivier. Dans le panneau?

Aude. Non dans la fosse.

 

La cour de ferme. Sabine et Eloïse se relaxent.

Eloïse Je suis soulagée. L'écoulement se fait presque normalement maintenant.

Sabine Oui...presque, comme tu dis, mais j'ai tout de même l'impression qu'il y a encore un petit problème: tu ne penses pas qu'il faudrait encore sonder pour que ce soit tout à fait normal?

Eloïse Merci bien. Pour ma part, j'en ai plus qu'assez des sondages.

Sabine Bon, mais si ça recommence à refouler?

Eloïse On avisera. Allez, repose toi un peu. Contre le refoulement, relaxation!

Sabine Je préfèrerais me défouler si tu vois ce que je veux dire.

Eloïse Ce que je sais, c'est qu'en s'installant ici, on ne cherchait pas vraiment le confort et la rigolade. Tu nous voyais faire venir un plombier, ma chérie?

 

Sabine Un plombier, non, mais unradiesthésiste nous ferait peut-être trouver plus vite.

Eloïse Je vois. Mais il te faudra attendre encore un peu. Et à ce sujet, es-tu vraiment certaine de ton intuition? Après tout, l'article de cet Albert Legrand ne dit rien de précis.

Sabine Précis? Qu'est-ce qu'il te faut de plus? On l'a suivi pas à pas. De plus,  souviens toi que toutes ses autres publications ont disparu. Celle-ci avait échappé à la destruction sans doute par hasard..

Eloïse O.K., O.K. Mais je voulais simplement dire qu'on n'était pas très sûres de le trouver ici.

Sabine Voyons! C'est toi-même qui a découvert l'annonce de sa disparition dans les archives de cette feuille de chou de ta  chère cambrousse natale. Et puis ça se recoupe parfaitement: les dates, les réflexions du pompiste sur ce drôle de type qui passait ses vacances à la ferme... Qu'est-ce que tu as? Tu veux renoncer?

Eloïse Non! Juste un peu marre de ce que tu appelle ma chère cambrousse.

Sabine Attention! voilà quelqu'un: vélocité et discrétion.

Elle se précipitent derrière un tas de foin...

Entre Olivier un pendule à la main.

Olivier. Si cet engin ne ment pas trop, ça ne peut être qu'ici. Je vais d'ailleurs procéder à un contre-interrogatoire... Il se tourne vers le fond Pendule, petit pendule, dis moi si ce tas de pierres est bien la ferme d'Aberloch. (...) Oui. Bon.

Face au public. Et dis moi, pendant que j'y suis, est-ce bien ici que doit se tenir le conseil secret des détenteurs de longévité gouvernementale? (...) Ouah!!! Quelle véhémence dans un si petit objet que j'ai à peine eu le temps d'apprivoiser... Maintenant, ne me reste plus qu'à attendre les monstres mous. Les  vieux poux, les vieux garous qui salissent tout.

Il sort une arme impressionnante mais étrange, s'allonge sur une des chaises longues et se met à somnoler. Eloïse et Sabine sortent en catimini de leur cachette et le contemplent avec une certaine convoitise.

Sabine Joli brin de muguet. Dommage qu'il nous emmerde. On en va tout de même pas s'en débarrasser comme de ce que je pense.

Eloïse Ah non, lui il est encore vivant. Et puis, ça serait dommage: un beau morceau comme ça.

Sabine Attention: pas tout de suite! Il est peut être dangereux: regarde ce qu'il tient en mains. Il faut s'assurer qu'il ne pourra pas nuire.

Elles lui enlèvent son arme et le recouvre d'un grand filet.

Olivier Hé!!! Qu'est-ce que c'est, qu'est-ce qui se passe? Je vous préviens: vous ne m'aurez pas si facilement: je ne suis pas venu seul.

Sabine Tiens donc... et vous êtes venu pour quoi, sans indiscrétion ?

Olivier Dites donc, qui êtes vous pour me tenir comme celà dans vos rêts ? Je ne peux pas répondre si je suis sous une contrainte que les droits les plus élémentaires réprouvent avec l'énergie du désespoir. Je suis contre les filets dérivants, et même une bête n'accepterait pas d'être traitée avec une telle désinvolture. Mon avocat vous donnera du fil à retordre si vous ne faites pas

 

immédiatement cesser ce qui pourrait passer pour une mascarade -de très mauvais goût d'ailleurs- si ce n'était pas avec menace d'une arme dont je vous conseille au demeurant de la poser délicatement sans toucher à aucun bouton. Attention!!! Pas vers moi, Nooon....

Eloïse  (repose l'arme après l'avoir regardée d'un air méfiant) On pourrait peut-être le laisser vaquer... ?

Sabine Pas avant qu'il nous ait dit quelques mots sur sa façon de fouiner ici. (A part) Tu sais bien qu'on ne peut pas courir le risque d'être repérées avant d'avoir terminé ce pour quoi nous sommes venues.

 

Noir.

Sur L'autre côté de la scène, la lumière laisse apercevoir Basile (il fume son narguilé)  et Angélique (être assez manifestement surnaturel, (Elle porte un appareil photo et s'en sert fréquemment)  installés dans un décor de grange.

 

Basile: En supposant que je sois entièrement sain de corps et d'esprit, ta présence ici me pose un petit problème de rationalité.

Angélique: Ne t'inquiète pas pour moi. Je ne te dérangerai pas. Dis moi simplement, pourquoi t'entêtes-tu à dortlotter cette petite comme si c'était encore un bébé? Ne vois-tu pas que tu l'enfermes dans un cocon ou un doux nid de coton difficile à quitter?

Basile:  Cocon, cocon: pourquoi pas carcan ou prison pendant que tu y es? Je sens que tu me rends bougon avec ton cocon de coton.

Angélique:  Ne t'énerve pas, enfin si on peut dire... (il est tout sauf nerveux) . Je tentais seulement de t'informer des conséquences funestes d'un destin trop protégé.

Basile:  Que sais-tu du destin? Tu crois m'impressionner avec tes tours de passe-passe? Oui, je sais que tu navigue un peu à travers le temps, mais pour moi, cela ne fait pas de différence: le devenir de ma petite est un écheveau dont je ne tiens pas les fils. Et mon attachement pour elle ne peut lui nuire...

Angélique:  Voire.Entre la poire et le fromage, ou plutôt entre lune et verseau, il faudrait examiner les effets de cette protection fumeuse que tu as substitué à celle, bovine et précaire de la vache qu'elle tétait en se débrouillant merveilleusement...

Basile:  Certes, je lui ai donné quelques chances de rencontrer l'humain! Et toi, que faisais-tu dans son environnement? N'est-ce pas une pointe de bêtte jalousie que je sens pointer dans ton propos apparemment pédago?

Angélique:  J'avoue, c'est vrai un penchant pour cette petite: il s'enracine dans l'admiration qu'elle m'a inspiré dès que je l'ai vue, au milieu de ce pré, cavaler hardiment vers son objectif bovin, et dont elle en fit tout soudain une source de lait ainsi qu'une mama docile... Je l'ai même aidée en lui enseignant l'art du yaourt bulgare.

Bulgar la souris:  (surgissant brusquement) Yaourt? J'en prendrait bien un peu! S'il vous plaît!...

 

Angélique:  Ne manquait plus que celle-ci pour combler ma coupe d'amertume. Silence rongeur, ou je te photographie! Je n'ai pas de yaourt: je rappelais simplement à Basile combien la petite... Tiens, voilà que je m'y mets, moi aussi à la replonger dans l'enfance alors qu'elle a passé bien des caps et se trouve en ce moment loin de l'innocence.

Bulgar la souris: Ah ça, oui alors, parce que si vous voulez savoir, (elle désigne le sous-sol) il y en a des choses là-dessous...

Angélique: Justement: on ne veut pas le savoir.

Basile:  Parle pour toi, voyeuse de mes deux. Moi, je suis preneur de toute vérité, pourvu qu'elle résiste au temps.

Bulgar la souris:  La première vérité qui résite au temps, c'est que je mangerais bien un petit morceau. La deuxième, c'est que la fosse à purin est assez fréquentée ces temps-ci. La troisième, c'est que j'ai entendu récemment un discours fortement marqué par les effets d'un cupidon: je ne savais pas que ça existait! J'en dirai pas plus tant que vous me privez méchamment de yaourt.

 

Basile: Tiens, (lui tend un pot de yaourt pris on ne sais où) et maintenant dis moi ce que tu as vu et entendu!

Bulgar: (la bouche pleine) Un beau petit mec qui cherchait la ferme, il a rencontré Aude et elle lui a montré des photos...

Angélique: Suffit bestiole de mes deux!

Bulgar: Eh!!! Si tu veux que je me taise, trouve un yaourt, toi aussi! Bon, je disais, jeune et beau, une petite vingtaine de printemps, un pendule à la main, un drôle de flingue dans sa poche. Sans aucun doute, prêt à tomber fou amoureux....

Angélique:(elle lui retourne un seau de yaourt sur la tête) Ca t'apprendra à tenir compte de mes avertissements.

Bulgar: (se lèche et continue imperturbable) Il semble aussi avoir reçu des documents sur ce qui se passe ici, et il a des dons assez spéciaux: comme une hérédité si vous voyez ce que je veux...

(N'a pas le temps de terminer, car Angélique l'a recouvert d'un voile noir qui le fait littéralement disparaître)

Angélique: Bien, nous serons un peu plus tranquilles. Nous disions?

Basile: Le discours de cette souris m'a ouvert les yeux. N'y serais-tu pas pour quelque chose dans ce mic-mac?

Angélique: Je ne désire rien, mais j'aime assez les vérités qui éclosent dans le creux d'une main, j'aime aussi la caresse de la parole vraie sur la langue des vieux enfants. Et puis, les images, ah... les images composées comme un Magritte, en plans successifs, plusieurs univers emboîtés,  avec la lumière comme reine...

Basile: Je suis séduit: donne moi ta main, je te suis.

Angélique: Viens, mais ferme les yeux.

(Ils sortent)

 

Brume. Colloque de fantômes.

 

 

Albert: Tu nous obligerais en retournant d'où tu viens! C'est vrai ça: tu nous tues. Bon. Mais depuis, faute d'avoir encore la vie, on avait la paix. Et là, tout à coup tu débarques sans prévenir!

Charles: Suis pour rien là-dedans. C'est cette petite garce qui m'a poussé. Tiens justement, pour vous venger m'a-t-elle dit! Dire que c'est ma propre fille!

Berthe: Notre fille: tu ne l'as pas eue tout seul! Et puis, s'il te plaît, ne revendique pas une paternité que tu n'as jamais exercée! Elle te paraissait si suspecte que tu l'as allègrement abandonnée dès ton forfait accompli! Joli d'ailleurs ce double crime bien maquillé en disparition. Qui aurait le courage de farfouiller dans une fosse à merde?

Charles: Oh ça va. Maintenant, nous savons à quoi nous en tenir!

Albert: Justement, ne nous gâchons pas la mort! Tu devrais aller hanter plus loin! Qu'est-ce qui te retient ici?

Charles: Une question.

Albert: et Berthe: Ah?

Charles: Oui: ton truc, tu sais tes recherches sur la bétamachinchose, tu en as fait quoi? Parce que, après votre... heu... départ, j'ai pas mal cherché, sans jamais mettre la main dessus.

Albert: C'était voulu mon vieux. Je crois que ce serait une mauvaise idée d'en tirer une application quelconque: imagine des gens capables de se prolonger indéfiniment! Le monde se remplirait d'imbéciles de méchants, de vieux cons!

Berthe: Mon amour! Tu sais bien qu'il est déjà rempli d'un nombre presque infini -si j'en crois Socrate- de cons. Simplement, comme il en meurt de temps en temps, on a l'espoir de voir la jeunesse suivre un autre chemin. Pour ma part, je trouve tout ça assez rigolo.

Charles: Rigolo! Vous me trahissez à fesse rabattue, je vous zigouille en bavant de rage, notre fille me noie dans le purin en jouissant froidement de sa vengeance et elle trouve ça rigolo!

Berthe: Oui: regarde l'ensemble! Le monde continue de tourner, Basile de fumer, Aude de rêver et Olivier de chercher sur les traces de son hypothétique papa. Pendant ce temps, Bulgar fait des farces en dégustant son yaourt, et Anaïs trouve le foin véritablement succulent. La beauté de tout ça n'est pas totalement accessible à un rustre comme toi, mais pour qui sait plisser un peu la paupière...

Albert: Ne l'accable pas ma chérie, nous, nous avons eu le temps de peser tout cela tranquillement, lui, non: il a même travaillé pendant de nombreuses année!

Charles: Et pas un peu: la terre d'Aberloch est un rien lourde.

Albert: Et cette chère Angélique, si on lui demandait où elle en est de ses projets démiurgiques?

Charles: Qu'est-ce que c'est encore que ce bingtz?

Berthe: On va t'expliquer.

 

Albert frappe un gong. Angélique paraît.

Angélique: Il m'a semblé ouïr l'appel du sexe ? A moins que cela soit un simple gong à sonorité orientale, on s'y tromperait...

 

Albert: Trève de plaisanterie chère amie, c'est moi qui ai usé de cet instrument si obligeamment mis à disposition par tes soins à toutes fins utiles (je te cite). Il serait justement opprtun que tu éclaires ce petit nouveau.

Angélique: (regarde Charles) Lui... nouveau... comme spectre, oui, mais comme figure, pas vraiment nouveau: voici un temps que je l'ai dans mon colimateur (elle le cadre dans son appareil photo)

Charles: Vous ne pouvez plus grand'chose contre moi, ni pour moi... Si vous disiez ce que ... (long silence)

Angélique: Rien à déclarer Monsieur le gabelou, et d'abord qui craint le méchant gab'lou? Bon ne vous vexez pas si vite! Je vais vous distraire un peu, vous égayer la mort, en quelque sorte.

Charles: (sinistre) Allez-y: je sens que je me marre déjà!

Angélique: Bien, si tu te marre lorsque je narre, de l'or en barre nous est promis sur la scène des fantôme à grandes godasses (elle mime l'Auguste qu'elle a peut-être été?) Je commence.

Il était une fois un scientifique malin qui scientifiquait subtilement dans la molécule du viellissement...

Son flair lui fit mettre la main à la fois sur une molécule et sur la femme de son voisin. La molécule bloquait les changements

Albert: Poil aux sentiments!

Angélique: (sinistre à son tour, vers Berthe:) N'avais-je pas annoncé une franche rigolade? Les changements, donc, métaboliques,

Albert: poil au public!

Angélique: C'est à dire qu'avec ce truc, on ne vieillirait plus. (Elle se tourne vers Albert et attend ostensiblement la rime qui ne vient pas)

Parallèlement, son aventure avec notre chère Berthe, pour ne pas la nommer, lui rendit l'espoir que l'humanité puisse progresser. Il prit donc des dispositions pour refaire sa vie avec les enfants: la toute petite Aude, et son fils Olivier à peine plus âgé. C'est alors...

Berthe: Que tu as tout fichu en l'air avec ton geste malencontreux.!

Charles: C'est ça. Fallait que je vous tienne la chandelle pendant que vous inventiez des molécules!

Albert: N'allons pas nous chamailler pour un détail. Il a cédé à une pulsion que je n'admets pas, mais que je comprends. (A Angélique) Continue toi!

Angélique: Hé bien, comme je m'ennuie un peu, et que j'ai quelques privilèges

Charles: Lesquels? Qu'est-ce qui m'empêcherait d'en faire autant que toi?

Angélique: Ne m'interrompt pas sans cesse! Par exemple, moi, je peux apparaître aux humains comme si j'étais l'une d'entre eux, les toucher- alors que vous, vous ne pouvez agir que sur certains objets qui ont pour vous une valeur symbolique!- Bon, je disais que j'avais eu envie de renouer le fil interrompu du projet d'Albert.

Albert: Et qu'elle a envoyé à Olivier des lettres qui l'ont amené ici, qu'elle a donné à Aude une série de photos qu'elle trimbale dans sa boîte à violon, et qu'elle s'attache à séduire le vieux Basile pour que l'on puisse organiser un happy-end.

(Pendant cette dernière réplique, Charles achève de devenir ahuri) NOIR.

 

 

(Olivier, seul, prisonnier dans la cave, un bandeau sur les yeux, attaché à un coffre très lourd. Durant son monologue, il travaille à se délivrer en usant ses liens contre divers outils qui traînent autour de lui.)

 

Olivier: Mal barré. Ces folles m'ont bien eu. Je les croyais moins efficaces. Avec la recrudescence de la self défense pour dames seules, on ne peut plus se fier à rien. Et puis, j'ai cru un instant que c'était elles qui m'avaient écrit. Heureusement qu'elles n'ont pas trouvé les lettres...

Je pourrais presque par coeur...

"Il est un lieu secret qui contient ton mystère.

Sous l'écorce d'une filiation renouée, tu trouveras l'amour ou le malheur.

Ton goût pour la science n'est pas né par hasard, et le désir de connaître te procureras la satisfaction de dévoiler ce que tu es le seul à chercher encore.

Mais il te faut pour cela affronter les harpies, vaincre le miroir et te salir les mains..."

Et pour trouver le simple nom d'Aberloch, j'ai dû décrypter à la loupe le cachet de la poste...

Mais je pense que ça correspond exactement à la ferme représentée sur la carte postale que contenait les affaires de bébé qui m'ont été remises à ma sortie de l'orphelinat.

Ici, je suis sûr de trouver l'explication, je le sens.

Et puis, ces photos de la fille: il y en avit au moins deux presque semblables à celles que j'ai moi-même reçues avec les lettres.

 

Entrée du fantôme d'Albert:

Albert: Pas étonnant.

Olivier: Hein? Qui est-là?

Albert: Pas d'inquiétude petit. Je vais te donner un coup de main. Mais je disais "pas étonnant" puisque les photos ont été prises au même endroit. Mais je suis bien content de te voir.

Olivier: Pourquoi? On se connaît?

Albert: Pas exactement, mais un peu tout de même. Disons que moi, je te connais, bien que tu aies beaucoup changé...

Olivier: Que de mystères!. Et si vous me détachiez?

Albert: Ce serait avec plaisir, mais...

Olivier: Quoi encore? Ne me dites pas que vous ne pouvez pas!

Albert: Il y a de ça. Ecoutez, je vais faire en sorte que tu puisses user tes liens contre un outil tranchant. (il approche une équerre de menuisier puis disparaît).

 

Olivier: Hé! Ou êtes vous? Oh et puis merde.... on verra bien.

Il se détache

Ah... ça fait du bien de pouvoir remuer normalement. Voyons... Une cave... Un coffre... De menus outils... Mon pendule devrait être dans cette poche.

(Il cherche )

Ce qui me tracasse, c'est que je ne sais pas ce que je cherche.

Angélique apparaît, le regarde un moment, puis il la voit.

Ah, c'est vous qui... Vous avez une drôle de voix...

Angélique: Non, ce n'est pas moi. Et je crois, que contrairement à ce que vous prétendez, vous savez bien ce que vous cherchez!

Olivier: Si vous le dites... Disons que j'ai déjà trouvé un peu, mais ...

Angélique: Oui?

Olivier: Il existe près d'ici une beauté dont l'allure et la voix me font plus d'effet que les murs de ce lieu n'en font à mon pendule (qui comme vous le voyez, cependant s'affole.) Par conséquent, je crois que je... Il soulève une pierre

Angélique: Ne mélangeons pas tout. Vous dites, pour cette jeune personne?

Olivier: (S'assied) Je l'aime.

Entre Basile.

Basile: Il me semble avoir entendu une parole rare en ces lieux vénéneux. Suffisamment rares et capiteuse pour que j'en redemande un exemplaire. Redites moi ça jeune homme!

Olivier: Hé! Je ne vous connais pas moi! Je ne parlais pas de vous, et je ne vous parlais pas!

Entre Aude.

Basile: Peut-être que là, vous allez enfin le redire?

Aude: Il va redire quoi mon Basilou?

Long face à face, étreinte, baiser...

Basile: Finalement, c'est peut-être inutile de le redire...

Noir

Scène finale: Le soir , tard, à côté de la benne. Les deux femmes assises par terre consulte des documents très abîmés. Tout en lisant, elle mangent des yaourts.

Sabine: Je crois que c'est ça. Mes connaissances en chimie ne sont pas très avancées, mais là, j'y suis: c'est bien ça. Tu te rends compte d'un bol! Les découvrir comme ça, dans le buffet de la cuisine! Et nous qui cherchions une vraie cachette!

Eloïse: Ouais, l'ennui, c'est toutes ces formules qui manquent, rongées on dirait.

Sabine: En effet, chaque fois qu la ligne devient intéressante, un coup de dent. Comme si c'était voulu. On sent comme une intention vengeresse.

Eloïse: Tu crois que ça va tout de même se vendre?

Sabine: J'en doute. Et en tous cas, on a tout de même réussi à passer des vacances intéressantes.

Eloïse: Et même à faire un petit régime! Tous ces yaourts stockés dans cette baraque, et frais en plus! Je me demande à quel plouc ils étaient destinés.

 

fin