Montée de toutes pièces

 

 

L'ensemble se présente comme un exercice de style, alliant des monologues courts, des moments dialogués rapides, dynamiques et donnant l’occasion de jouer à peu près toutes les situations du théâtre.  Chaque personnage commence par sa propre épitaphe « je suis né » et termine par « je suis mort ». Le réalisme est exclu ou profit d’un style bande dessinée , ce qui n’empêche pas les nuances. Chaque scène est bruitée en direct. Décor minimal installé à vue par le personnage d’Aylani qui orchestre l’ensemble.

 

Personnages :

 

L’entité : Voix extraterrestre.

Aylani : Créature sublime et mystérieuse, extraterrestre en mission.

Bariza : Femme de ménage, 50 ans, cœur pur, vieux os, en a bavé, mère de Robert et Rita.

Robert : 30 ans, fils de Bariza, joueur de billard, goinfre et petit trafiquant, séducteur de Bernadette.

Bernadette : Victime sympathique, la trentaine, amoureuse de Robert.

Albertadite Rita : Jeune fille, 20 ans, fille de Bariza, amoureuse de Nanard.

Nanard : Petit loulou de la zone, amoureux de Rita.

Madame Eva : Juge d’instruction.

Lionel : Flic.

Marie Josèphe : Duchesse, marchande d’armes et de secrets d’états, collectionneuse de tables.

Les pirates : 5 ou ­ 6 zozos grimés, masqués, non identifiables.

 

1 Prologue

 

L’entité : Lumière clignotante, brume, sons bizarres, voix cachottée métallique.

Rapport urgent, dans zone 7 5 56 9 ZZ Etoile de type 2.  Neuf Planètes dont une océane. Vie animale évoluée.

On peut mimer le passage du singe à l’homme.

Explosions suspectes depuis plusieurs cycles.

Montrer et bruiter une bombe  atomique.

Un tas informe de tissus, de poupées, de bras et de jambes, de masques. Bric à brac immobile. Tous les costumes et accessoires de chaque personnage.

Les personnages sont dedans, mais on ne peut les distinguer.

Une table et deux chaises, une mallette, un caddie.

Nécessité d’une mission spéciale. Préconisons type AYLANI.

Prises de mensurations et photos d’un corps inerte

Evaluer le degré d’évolution et de danger. Détecter les motivations, aider au maximum. Prochain contact dans un cycle et demi.

Dans ce chaos, éclosion, naissance d’ Aylani

 

2. Les épitaphes

 

Peu à peu, mouvements lents, grouillement de plus en plus saccadé.

Aylani : Métallique très près du corps, belle et souple, regards longs, gestes créateurs.

Comme un chef d'orchestre, elle tire un à un les personnages du tas. Ils sont habillés de gris, avec un bonnet de bain, ou un collant noir cachant leurs cheveux.

Dès leur "naissance", les personnage se déplacent en marchant d'abord au ralenti, de manière aléatoire, puis accélèrent. Au coup de gong, ils stoppent, en statues...

Aylani va chercher chaque personnage un à un et le place sous un projecteur.

Dès qu’il est choisi et placé, le personnage commence à se costumer en disant son épitaphe. Puis il retombe dans le noir, un autre prend le relais.

 

Bariza

Je suis née dans une vallée slovène après la guerre. Il y a trop longtemps. Je frotte des sols, j'astique des bureaux, j'essore des moquettes. Je pousse mon caddie chargé à mitraille de tous les produits qui sentent un peu le shampooing, un peu le chewing-gum, un peu les W-C. Je dégage des effluves de lundi matin, même quand je suis devant ma télé à roupiller devant un gros comique suant. Mes enfants, je les vois plus… Rita passe sa vie dans les bars et de Robert, depuis sa dernière garde à vue, y a deux ans, je sais pas.. Je me demande pourquoi je continue à marner dans cette turne où les téléphones ont encore tous des fils pour cette vielle taupe de duchesse, celle-là… On se demande bien ce qu’elle traficote encore. Ça j’attendais vraiment : avoir de ses nouvelles à mon Robert. Finalement, j’ai su, et ça m’a donné tellement envie de courir que je suis morte en ouvrant l'ascenseur : à la place de la cabine, il y avait un grand vide, mais avec le caddie : pouff!

 

Robert

Je suis né sur un billard. Ma mère faisait le ménage au cercle, oui, faudrait que je lui téléphone, mais pour dire quoi ? Marrant : c'est ce que je préfère le billard. Y a qu'là qu'on est bien. Je dis toujours, il faut suivre sa boule. Et moi, je suis ma boule. Rare si je rate un coup. Il faut le dire, c'est pas ça qui m'empêche de m'envoyer un ou deux poulets entre deux poules. Ouais, pour un tournoi, au billard, on dit une poule. Je fais des casses et des affaires. La Kalachnikov en ce moment, c’est porteur. Les valises aussi, mais mon contact en Suisse n’est plus très sûr. Je bouffe comme un chien, goulûment et sans voir quoi que ce soit d'autre que l'os que je tiens dans ma main. J'aime ça, presque autant que la queue de billard que ma petite sœur Rita m'a offerte pour le tournoi d'Alexandrie. Une "Wellington"  en ébène galvanisé. Bernadette, c'est par le billard. Je préparais une triple bande. Elle a cru que je lui faisais de l'œil : je visais. Depuis, elle ne m'a plus quitté. La duchesse, elle a cherché à me doubler, mais sa mallette, je l’ai récupérée à temps. J’allais en faire un coup fumant, quand je suis mort à table, d'un os en travers. Net.

 

Bernadette

Je suis née dans une famille modeste. Je me tenais à table comme face à mon pupitre : je n'étais pas dans le coup... J'ai cru beaucoup pour mieux m'en sortir. Même à la multiplication des pains! J'ai voulu faire ma confirmation. Ce n’est que bien plus tard que j'ai commencé à sortir. On voit tellement de choses. Je fréquente surtout les salles de billard : c'est calme.

Robert…C'est là que je l'ai rencontré ; il avait un sacré coup de queue : une certaine prestance, en somme. Il m'a draguée des yeux, comme ça , de loin ...

J’ai cassé ma tirelire pour le suivre. Mais j'en ai vite fait le tour. Sa goinfrerie me dégoûte. D'ailleurs, il s'est étouffé, à table, justement. Ouf ! J’ai pas cherché. Je me suis sauvée avec sa fortune. Oui, la mallette … et une grosse bouffée d’envie de folie, de défendu que j’avais au fond et qui ne sortait pas.

J’ai jamais eu de chance avec les bagages à main : on me les vole ou je les perds. Cette mallette j’y tenais tout de même un peu. Distraite mais tenace, j’ai vraiment cherché à la récupérer. Je n’ai jamais réussi à l’ouvrir. Etonnant le nombre de gens qui la voulaient cette mallette.

Je suis morte écrasée par un autobus. J’avais la tête ailleurs, en traversant la route.

 

Nanard

Je suis né sur une péniche entre deux fûts de bibine. Mon papa n'était pas là, il était aux chiottes avec un livre d’aventure. C’est ça que j’aime moi, l’aventure. Faut qu’ça swingue et que ça pète. Et j'me souviens d'ailleurs qu'avec ma copine, Alberta Rico, eh ben, on aimait bien monter dans l'ascenseur pasque c'était rigolo et aussi pasque Robert, le frère à Rita, (son vrai nom c'est Alberta, mais on dit Rita, et moi, je l’aime, mais j’ose pas), alors son frère, il voulait toujours couper la corde qu'y disait et on avait terriblement peur. Un jour, Robert est venu avec une mallette à transporter. Il voulait que je lui fournisse une camionnette. Ben, j'lai fait. Et j'ai retrouvé Rita dans notre ascenseur. C’est là que Rita, elle m’a embrassé. La fête !!! Après, on a encore eu plein d'aventures, en bateau et tout. Et la mallette, on n’arrivait pas à l’ouvrir,  alors là pas du tout. Alors tu parles si je me foutais des pirates qui essayaient de la forcer. Mais c'est après que ça s'est gâté. J’aime pas que quelqu’un la touche Rita. Je suis mort d’un coup de couteau, en même temps que l’autre salaud qui la voulait.

 

Alberta dite Rita

Je suis née sur un brancard. Oui, ma  mère était une rapide. Elle avait pas le temps. Les ménages sans arrêt. Alors, moi, j'ai eu envie de vivre, envie d’amour. J'ai tout essayé, à belles dents à toute vitesse. Je prenais tout ce qui se présentait. De toutes les couleurs. Y avait du bon, du doux, du flou, et parfois de l'amer et de l'acide. Avec les mecs, pareil. Une belle brochette. Et puis, il a Nanard, avec lui c’est autre chose faut tout lui dire. Peut-être que c’est pour ça que je craque. Un soir, on a retrouvé Robert, c’est mon frère, j’en suis pas plus fière que ça, mais c’est mon frère quand même. Il était mort étouffé. J'avais la rage et j'ai picolé. Puis, avec la queue de billard de Robert, j'ai sculpté les capots de deux ou trois tires, devant le café. Les clients m'ont sauté dessus à cinq. Je me suis pas laissée faire. Et plusieurs ont encore des souvenirs de moi gravés dans la peau. La garde à vue, ça m'a permis de rêver de la montagne : une vieille envie de bleu que je caresse, comme ça. Nanard, il m'a fait connaître un monde... la route, le fleuve, les pirates, tout le bazar et la vie quoi. C’est à cause de moi qu’il s’est fait suriner. A moi aussi ça m’a fait un grand trou là… Restait la mallette. J’ai réussi à l’ouvrir, un miracle. Avec le flouze, il y avait l’adresse de la duchesse. Tout est de sa faute. J’ai eu envie de lui organiser un feu d’artifice avant de me payer la montagne : j'y suis allée, je me suis penchée, je suis morte.

 

Madame Eva

Je suis née obsédée, monomaniaque, obnubilée d'enquêtes, de revolver et de chien policiers. Ma passion, c’est la vérité. Adolescente, je cassais des pipes à la fête au village et j'évitais les mecs. Sauf Simenon et San Antonio qui me rendaient presque aussi fou que Conan Doyle. Je suis entré dans la magistrature en 67. J'avais vingt cinq ans et une deux chevaux. L'année suivante, j’ai connu mon premier grand baroud : prise en otage par les maos sur une barricade. Ils voulaient me tondre. Je me servais si peu de mon autorité naturelle qu'ils ont failli réussir. Leur échapper m'a coûté ma virginité et rapporté une nouvelle obsession : la barbe blonde de leur chef que je ne parviens pas à oublier tout à fait. La toile cirée de ma cuisine est rouge. C'est plus simple avec les pommes. Et j'aime assez jardiner, surtout quand on me retire une affaire, ce qui se produit souvent. A chaque fois, je suis promue. Je suis morte en réglant un réveil pour impressionner ma voisine, une duchesse que je m’apprêtais à interroger : j’avais trouvé chez elle le cadavre du policier qui enquête pour moi. La bombe ne m’était pas destinée. C’était la vengeance de Rita.

 

Lionel

Je suis né en reniflant, la truffe dans le trou du mystère. Moi, ma nature, c’est la traque. J’ai toujours eu envie de flairer, fouiner, terroriser. Débusquer dans les frondaisons citadines. Faut que je cherche, faut que je voie tout, toujours, tout bien. Pas la vérité, ça, je m’en fous. Non, faut que je fasse sortir le gibier, et dès qu’il s’envole, ping !!! Je suis un chasseur diurne, tout dans l’œil et dans le mouvement. Le pif, aussi, un peu. Je ne déteste pas faire souffrir, mais faire peur, ça, c’est le pied. La petite sueur des clients quand ils sentent qu’ils sont cuits : mmmhhh … Sûr, il faut que je le cache. Un peu. Mais avec les affaires, quand on voit ce qui se passe : de beaux jours pour les types comme moi. J’enquête sur des trafics et je négocie avec les huiles. Souvent je me déguise… Attention, hein, je suis sûrement un salaud, mais pas un lâche. Quand je suis sur une affaire, j’y vais à fond, je mouille ma chemise. C’est comme ça que je suis mort, écrasé sous une table. Je faisais le déménageur, pour cuisiner une duchesse. Les risques du métier.

 

Marie Josèphe

Je suis née dans le seizième et j'y demeure. Car enfin, bon dieu, qu'est-ce que vous voulez trouver de mieux, je vous le demande ? Je chine régulièrement, partout où l'on peut encore trouver de jolis meubles. Mon loft est trop petit. Je vais être obligée de revendre pour pouvoir caser tout. En ce moment, je suis sur une magnifique table kitch à ajouter à ma collection : un vrai bijou. Je l'avais repérée dans les souks du Caire en faisant mon séjour de printemps. Là, je viens de prendre mon petit déjeuner. Il m'est arrivé de me taper le liftier figurez-vous. Mais devrais-je vous le dire? De toutes façons, les mâles sont des mouchoirs en papier : usage unique, et hop, poubelle. Ce que j’aime vraiment, c’est le pouvoir. J’achète et je vends. Un peu  tout. Des armes, oui, mais aussi des noms, des listes, des petits secrets très mortels… Je sens que l'art contemporain est en train de devenir moderne : un sacré coup de vieux ! Je suis morte en offrant un drink à ma voisine. Elle venait m’interroger. Vous ai-je dit qu’elle est juge d’instruction ?

 

Aylani

Je ne suis pas née, je viens d’ailleurs, une gemme sur la planète du chapitre. Fabrication soignée, programme complet. Je sais tout faire. Particulièrement faire ce que souhaitent les autochtones. Entre autre, plaisir, oui. Je passe et je transfigure les choses, parfois les gens. Parfois j'effraie. Dommage: il suffirait d'un rien pour que ce monde devienne harmonieux : mais chut ! c'est confidentiel ! Les êtres d'ici se complaisent dans le gaspillage et le masochisme. Problème : je me dois de leur fournir ce qu'ils demandent vraiment, tout au fond d'eux-mêmes, dans le petit coin secret de leur petit ego étriqué. Et en même temps, je sens que je dois leur faire du bien !  Or, souvent, ce qu'ils veulent, les conduit à leur perte ! Ils sont programmés pour mourir et ils en rajoutent en se fabriquant des destins merdiques ! Je vous dis pas ! Alors, je vais être obligée de retourner pour demander un complément de programme. Je ne suis pas morte : c'est un concept inapplicable à ma nature.

 

Par la suite, entre chaque scène, Aylani arrange les accessoires, transforme éventuellement le décor pour la suivante.

 

3. La transaction

 

La duchesse, à peine visible, de dos, téléphone. Dans l’ombre, Robert reconnaissable par sa casquette l’espionne.

La duchesse

Oui… oui… non, le colis doit arriver à Chypre… Il y est déjà ? Bon. Vous avez tout vérifié ? … Oui, je prépare la mallette… bien sûr que j’ai la somme… Ecoutez, vous en voulez trop !… Non… Non je vous dis !… Vous savez ce que ça signifie pour le réseau ? … La liste complète signée de ma main ?… Et à qui voulez-vous vendre ça ?… Aucun journal n’en voudra…

Elle manipule une feuille de papier dactylographiée, cède visiblement à son interlocuteur.

Ça coûtera cher pour les remplacer… et moi, je devrai … disparaître, si vous croyez que c’est simple… Oui, je sais, j’ai l’habitude.

Elle raccroche

De toutes façon, j’en       avais assez de cette petite frappe de Robert et de sa fine équipe.

Elle remplit la mallette de billets, hésite un peu. Aylani pousse le stylo vers sa main. Elle signe et ajoute la feuille dactylographiée. Puis elle sort. Robert veut s’emparer de la mallette, mais l’arrivée bruyante de la femme de ménage l’oblige à prendre la fuite.

 

4. L'apparition.

 

La femme de ménage balaie. Elle découvre la mallette, s'y intéresse. D’abord fermée, elle s’ouvre sous l’influence d’Aylani. Bariza voit la feuille, elle lit.

Bariza : Robert, mon petit !

Elle s'enfuit terrorisée en poussant son caddie. On entend un énorme bruit de chute dans l’ascenseur.

 

5. Le cambriolage

 

Robert n’a rien vu. Il entre par la fenêtre qu’Aylani vient d’ouvrir. Avec une lampe stylo, trouve la mallette s’en empare et sort par où il est entré.

 

6. Le billard

 

Aylani prépare la table pour en faire un billard. Elle dispose les boules, la chaise pour Bernadette.

 

Robert : ( sifflotant)  Je la sens pas, je la sens pas... (il change de position, cherche l'angle) Non!..

Bernadette : (son sac sur les genoux s'apprête à sortir une cigarette, pas encore concernée, sursaute) Quoi ? Pourquoi non ?

Robert : Hein ? Non, pas vous

Bernadette : Ah bon, je croyais que...

Robert : absorbé ah, là je sens qu'elle va être bonne, ouiii (il cligne fortement des yeux en direction de la boule, et de Bernadette)

Bernadette : Hum (elle cligne à son tour et sourit)

Robert :  suit sa boule des yeux: son regard se pose, en bout de course sur B qui semble absolument subjuguée et béate. Belle et bonne, superbe, magnifique !!!

Bernadette : Oh, vous croyez ?

Robert : Viens un peu ici.

Bernadette : se lève, s'approche.

Robert :  l'embrasse avec fougue, la renverse sur le billard. Noir, musique.

 

7. Le camion

 

En jardin, entre Robert. La table est maintenant un camion en panne, sous lequel Nanard s'est glissé pour le réparer. La mallette est sur le siège arrière.

Robert : Alors ?

Nanard : Hum

Robert : Tu trouves?...

Nanard : Ah non, hein, pas à moi ! Si tu veux qu'ça roule, faut me laisser le temps. 

Robert : Le temps, le temps, on l'a pas c'est net.

Nanard : Ben moi, je le prends et c’est tout.

Robert : Ecoute-moi j’ai trouvé un client pour la marchandise que cette mallette permet d’acheter et j'ai dit mardi. Et si on n'est pas au Caire pour mardi... sans compter qu’on a pas la clé et qu’elle est salement blindée. En retard avec un bidule inutilisable ça craint.

Nanard : Pourquoi tu prends pas l’avion ?

Robert : Crétin ! un, mon portrait est dans tous les aéroports, et deux, comment on ramène les caisses hein ? Bon, Alors tu te magne !!! Ils vont jamais nous attendre.

Nanard : Ta gueule! L'y tiennent trop à cette valoche pour s'en priver à cause d'un petit retard.

Robert : Petit, petit: déjà deux jours qu'on essaie de faire rouler ce tas de tôle.

Nanard : ON! ON! Tu veux dire que moi j'essaie, moi tout seul ! Qu'est-ce que tu ferais sans moi hein ?

Robert : OK, OK, te fâche pas ! je sais que t’es bon en mécanique, c’est pour ça que je t’ai embauché. Mais j'ai les boules, c'est tout.

Nanard : Alors, ferme-la un peu et laisse moi turbiner. Ah, là, je crois que ... Vas-y : essaie un coup!

Démarrage du moteur

Robert : Bien !!! on part après déjeuner. Il reprend la mallette. Ils sortent chacun de leur côté

noir.

 

8. Le repas fatal

 

L'Apparition passe devant la table et change la nappe, puis dans un tour de passe-passe, met le couvert pour deux et s'éloigne

Robert :  Qu'est-ce qu'on mange?

Bernadette :  Poulet basquaise. Elle désigne la mallette Pourquoi tu gardes ça pour manger?

Robert :  T'occupes! Il bouffe très goulûment tu verras, tu me diras merci!

Bernadette :  Ah?

Long silence meublé par mastications

Robert :  J'en tirerai au moins 66 plaques ! un temps si j'arrive à recontacter  ces connards d’Egyptiens avant la duchesse de machin, de mes choses, je sais plus...encore ! Aylani lui approche la part de Bernadette qui regarde ailleurs.

Bernadette :  Tu me fais peur…

Robert :  De mes deux !  il rit, bouffe, s'étouffe.

Elle le regarde mourir, puis, s'approche lentement de la mallette, la prend et sort à reculons.

 

9. Le premier arrêt de bus

 

Bernadette attend le bus et pose la mallette. Nanard vient par derrière et lui prend la mallette. Bernadette ne s’en rend compte qu’après et n’a qu’une velléité de poursuite.

 

10. L'ascenseur

 

La table est dressée verticalement. C'est un ascenseur. Rita, attend. Nanard arrive avec la mallette.

Nanard :  J’attendais Robert, il était pressé qu’il disait, tu parles, plus de deux plombes pour casser une graine… J’en ai eu marre et je vois cette meuffe avec la mallette qu’on devait transporter d’urgence j’sais même pas où… en Egypte ! tu vois où c’est toi ?

Rita :  Et tu lui a chouré.

Nanard :  Un peu, ouais, Robert, il y tenait tellement que ça doit être la fortune assurée.

Rita : Et lui, Robert ?

Nanard : Pas de nouvelles. Si ça se trouve, il cuve encore. Tant pis, on va s’en occuper en direct.

Rita :    Tu la pose un peu ?

Nanard :  Ouais, si tu veux...

Rita :    J'ai une poussière.

Nanard :  Ah ? Où ça ? Je peux...

Rita :    Oui, là dans l'œil. Tu vois? Fais quelque chose !

Nanard :  (il ne sait trop quoi faire, intimidé mais sous le charme) Ah, oui, je vois, oh, oui, c'est... un petit... un petit...

Rita :    elle l'embrasse un petit baiser!

Nanard :  Rita ! Je suis... tu me... y faut qu'on...

Rita :    Chut ! Dis rien ! Etreinte.

Bernadette survient, voit la valise et la prend subrepticement, s'enfuit.

Nanard :  Hé!! La va... la va... ah la vache elle a piqué la valoche!

Rita :    Viens, on va la rattraper.

 

 Nanard et Rita poursuivent Bernadette. Plusieurs tours ,entrées, sorties. Finalement :

 

Rita : furieuseCette salope a disparu. Je le crois pas.

Nanard : Allez, viens on va noyer ça au bar où Robert allait jouer.

 

Aylani dresse le décor du bureau du juge.

 

12. L'interrogatoire

 

Madame Eva  à son bureau, lit un dossier.

D’après L’inspecteur, il y aurait un lien entre ces deux loulous et mon affaire... C’est vraiment explosif comme dossier.

Entrent Lionel avec Rita et Nanard.

Madame Eva : Inspecteur, j’attends un rapport détaillé pour la fin de semaine.

Lionel : Vous l’aurez.

Lionel reste debout avec Nanard. Il installe Rita en face de la juge.

Madame Eva :  Raconte un peu cette histoire de mallette.

Rita :  J'ai rien à raconter. Y a plus de mallette d’abord.

Madame Eva :    Ecoute, si tu n'est pas plus bavarde... elle lit. Le8 avril à une heure du matin au 45 rue des Petits Planteurs, j'ai entendu un grand bruit montant de la rue. Je me suis penchée par la fenêtre...

Rita :    C'est pas moi, j'vous dis.

Madame Eva :   elle continue ...J'ai vu une jeune personne se livrer avec une canne de billard à des violences dommageables à l'encontre de plusieurs véhicules et de leurs conducteurs...

Nanard : Je vais vous raconter, moi!

Rita :   Toi, tu la fermes!

Nanard :  raconte sans se laisser interrompre une longue histoire à dormir debout qui va peu à peu fasciner ses interlocuteurs.

Et ben c'est au bord de la Seine que tout a commencé. Je passais sur les quais. A ce moment, y a une péniche , une grande, qui croisait le bateau-mouche, tout doucement, pout pout pout... RITA finit par se calmer…

Sur la péniche, y avait une super nana qui bronzait, et moi, je l'avais pas remarquée, mais derrière moi, un type est descendu de sa grosse moto, et il a pris son arc. Oui, il avait un arc. Et il a envoyé une flèche en plein dans le cul du gros tonneau juste au dessus de la super nana. Alors, quand elle a reçu le liquide qui coulait du tonneau, j'ai tout de suite pensé que ça devait être de la tequila. Je reconnais l'odeur de la tequila, et tiens, si vous en avez j'le prouve tout de suite. Mais la flèche, elle a explosé et l'explosion a mis le feu au tonneau. Le motard a eu l'air content. Pas la fille. La péniche avançait tout doucement, pout pout pout...

Madame Eva  s'allonge sur son bureau en suçant son pouce…

Et moi, je continuais de regarder, surtout la fille, pasque là, j'avais été bien obligé de la remarquer hein? Et dans l'explosion du tonneau, (oui, le tonneau il a fini par exploser aussi), il y a eu plein de trucs qui ont volé et la mallette elle est tombée tout près de moi. Le motard a démarré pour venir la ramasser. Pout pout pout 

Lionel s’assied par terre, puis se couche…

Il l'a prise et il est parti. Moi, j'aime bien les bécanes, alors, je l'ai suivi jusqu'au Ritz, mais c'est tout. C'est là que les choses se sont un peu embrouillées. On a pris l'ascenseur, et il est tombé. Pas en panne, non, tombé tombé. On a eu de la chance, avec Rita. Que des bosses qu'on a eu. Personne n'a jamais su pourquoi la corde a cassé. Et votre mallette, j'en sais vraiment rien. Et Rita non plus. Si vous voulez, je peux vous donner même le numéro de la péniche.

La juge et le flic sont endormis.

Nanard et Rita sortent sur la pointe des pieds.

Rita : Viens vite, on va prendre le bus !

 

13. Le second arrêt de bus

 

Bernadette toujours perdue et hagarde attend le bus avec la mallette à ses côtés. Cette fois, c’est Rita qui se glisse derrière elle et se sauve avec la mallette.

 

14. La Croisière

 

La table est retournée. C'est un bateau. Nanard et Rita s'y prélassent avec la valise.

Nanard :  Gaffe de pas trop te pencher, y a des crocos qu'on m'a dit.

Rita :  Bon, tu veux me garder entière, alors?

Nanard : Et sans coutures, hein. On y sera bientôt, c’est pas des tendres hein, faudra négocier sec. Et je suis pas certain que c’est bien ici que Robert voulait venir. Ratées du moteur merde... le moulin qui cale. Prend une pelle et rame!

Rita :  Allons-y, au turf, c'est bien de faire du canoë sur le Nil : si on m'avait dit ça, j'laurais pas cru.

Nanard : Ouais, mais c'est pas normal : j'avais tout révisé. On a du saboter le moteur. Et y a du courant en plus. Allons par là, y a de l'ombre.

 

15. L'attaque des pirates.

 

Pas de parole intelligibles.

Sur des pirogues (accessoires portés autour de la taille par les attaquant) des pirates abordent le bateau-table et font prisonniers les occupants.

 

16. Le partage du butin.

 

Aylani remet la table en place

Les pirates sont en train de partager les prises : tas avec toutes sortes d'objets insolites. Nanard et Rita plus ou moins ligotés font partie du tas. Chaque pirate vient prendre à son tour un objet et sort.

Le dernier vient prendre Rita.

Aylani détache Nanard et lui met un couteau dans la main.

Nanard s'interpose entre Rita et le pirate. Ils se défient du regard, puis sortent lentement leurs couteaux et, d'un seul mouvement ralenti et synchronisé, ils s'entre-tuent.

 

Rita effondrée est délivrée par Aylani. Elle saisit la valise et sort.

 

17. Le rapport de police

 

La table redevient un bureau de flic (tél., cendrier, machine à écrire)

Lionel tape un rapport. Il se relit...

 

Lionel :  On peut donc en déduire que la valise contient probablement les sommes détournées lors des récents scandales immobiliers du château de Rimonville. Leur destinataire ultime n'est pas encore connu avec certitude, mais les connexions au plus haut niveau du premier parti au pouvoir ne laisse guère de doute. Le rôle d'un petit maître chanteur dans cette affaire permettra certainement de retrouver dans la fameuse valise, la liste complète des porteurs de valise.

...Je me répète trop: mon style est lourd...( il y a vraiment de quoi rigoler!)

la liste complète des intermédiaires financiers entre le parti et ses pourvoyeurs. Ceux-ci préféraient que les transactions -au demeurant juteuses -

... trop familier ça...

au demeurant très lucratives - se déroulent dans un pays du proche orient. Une table ancienne de style indéterminé mais exerçant sur les collectionneurs un attrait certain semble jouer un rôle dans le mécanisme... tous des pourris, je te... il fait le geste de tordre le cou et brusquement semble avoir une illumination... La table ! La duchesse que je ne soupçonnais même pas! Voilà la dernière clé! Mais bien sûr! Grâce à ce joli meuble, je devrais pouvoir m'introduire chez cette vieille sorcière et reconstituer les dernières étapes de ce trafic ! Mais il faudrait que j’ai vraiment le look…

Aylani lui fournit les accessoires pour se déguiser en déménageur

Il prend alors la table sur son dos et sort.

 

18. La substitution

 

Rita est assise devant la mallette. Elle pleure. Elle essaie plusieurs fois de l’ouvrir sans succès. Quand elle y renonce et s’effondre, désespérée, Aylani ouvre la mallette. Rita découvre le contenu, lit le document.

Rita : La duchesse ! c’est à cause d’elle !

Elle sort les billets de banque, les enfourne dans un sac de voyage et met dans la mallette une bombe. Elle sort avec les deux bagages.

 

19. La livraison

 

Lionel vient livrer chez la duchesse

(portant la table sur son dos) Y a quelqu'un ? La duchesse téléphone dans la pièce à côté et ne répond que par des onomatopées que Lionel interprète.

Dites-moi où je la pose?

Parce que c'est lourd, vous savez.

Rita entre et dépose la mallette avec un réveil matin, puis sort. Lionel ne la voit pas. Il se retourne et aperçoit la mallette.

Ici, peut-être ? Ah non ? Juste à côté de votre valise, là. Non ? Alors, dites moi où ?

Ecoutez, si vous ne me dites pas où, laissez-moi au moins la poser un moment. Je la redéplacerai par la suite si... Non ? Oh... de plus en plus poussif C'est du meuble massif hein! Du solide... S'il vous plaît, dites moi où je la mets, je ne pourrai pas encore très longtemps... tout en restant sous la table, il tente de tripoter la valise. A ce moment, un bruit d'accident le fait sursauter et il s'écroule, mort de fatigue, écrasé par la table.

 

La duchesse entre, regarde par la fenêtre et s'exclame: pauvre petite! elle n'a pas vu l'autobus!

 

Le téléphone sonne en coulisse. Elle sort à nouveau.

 

20. La bombe

 

Madame Eva entre.

Madame Eva : Il y a quelqu’un ?

La duchesse off : j’arrive, installez vous, je suis au téléphone.

Madame Eva découvre et  retourne la table, voit le cadavre de Lionel. La duchesse entre.

Madame Eva : Je vois que je ne me suis pas trompée d’adresse.

La duchesse : Qui est-ce ?

Madame Eva : Le policier chargée de l’enquête qui précisément m’amène ici. Bien, il va falloir comme on dit vous mettre à table.

La duchesse : Comme vous y allez ! Nous avons tout le temps, vous prendrez bien un drink ?

Madame Eva Elle s’assied, sort un dossier et un stylo, puis elle aperçoit le réveil matin.

Non, je n’ai pas une minute à perdre. Tenez, je vous donne exactement trente minutes.

Elle règle le réveille-matin: Explosion. Fumée. Les deux personnages ont disparu.

 

21. La chute

 

La table devient alors un montagne. Rita avec son sac de voyage, arrive.

Rita : Demain, la Suisse…C’est drôlement raide. Il me faudrait une corde…

Aylani pose une corde par terre derrière elle.

Rita : Chouette ! elle a dû tomber d’un sac.

On entend les bruits d'une escalade, on voit les mains s’agripper. Une main passe un sac et le lâche côté salle. Puis un bruit de chute. Noir.

 

21. Epilogue

 

Aylani déballe un téléphone futuriste d’une mallette : Je suis déçue, ça ne marche pas du tout comme prévu. Ecoutez, je fais ce que je peux depuis si longtemps, il faut revoir tout depuis le début… leurs désirs sont vraiment dangereux… ça les pousse à commettre des actes… oui… inconsidérés. Mortels, même… je dis mortel… Evidemment que vous ne saisissez pas bien. Ce que je veux vous dire du dernier lot que j’ai supervisé, c’est qu’ils sont tous morts… désactivés définitivement si vous préférez… Oui, j’ai fait le maximum de ce que chacun souhaitait vraiment, mais le résultat… Ce qu’il faudrait ? … Je ne sais pas, peut-être moins d’émotivité, ou plus de lucidité, de capacité de calcul… Bon, moi, je renonce hein ? … Quoi, la liberté ? … je les laisse se débrouiller…. OK, OK, mais ça va pas être beau, je vous le dis !!! Et l’amour ?… mmouais, ça se pourrait, mais je ne saisis pas bien le concept…. D’accord, dans trois cycles .