V... comme Ventouses et vaporub

Ce matin je m'éveille en toussant, le plafond semble tourner au dessus de moi… j'ai chaud et mon drap est humide, mon souffle embue l'atmosphère de la chambre. Je réalise que j'ai oublié de me lever pour l'école…

Comme je plane un peu dans le vague, maman vient me rejoindre avec un grand bol de tisane bouillante. Elle me touche le front et dit "Oh, toi, je vais devoir te mettre des ventouses". Je sais que rien ne peut la dissuader... résigné, je me couche sur le ventre et j'attends, passif et fataliste. Maman rassemble son matériel. Les verres, le coton hydrophile, la tige de fil de fer, la petite bougie allumée. Je te mettrai aussi du Vaporub pour t'aider à respirer.

Comme tout est en place sur la table de nuit à côté du lit, elle me dénude le dos. Brrr... je frissonne malgré la chaleur du poêle qu'elle a poussé au maximum. Elle prend une à une les ventouses et introduit dedans un petit morceau de coton enflammé avant de la poser sur mon dos. J'ai peur d'être brûlé, mais curieusement ça ne fait que chatouiller un peu. Et la flamme s'éteint, l'air consumé aspire ma peau et la ventouse se fixe solidement.

"Voilà, ne bouges plus". Maman recouvre mon dos de la couverture et me laisse mijoter durant un bon quart d'heure. Quand elle vient retirer les ventouses, elle me masse le dos avec le contenu du pot de Vaporub et m'en met un peu sur l'entrée des narines : la forte odeur mentholée me débouche le nez et m'accompagne dans le sommeil qui me gagne irrésistiblement. Je suis content d'avoir échappé au cataplasme et au "thermogène"...

 

X... comme Xoulces

Comment pourrais-je parler de mon berceau, puisqu'il enveloppe mes souvenirs jusqu'à les réduire à des impressions brutes de couleurs, de formes et de sensations du genre de celles qui imprègnent toute les autres, s'imposent impérativement et sans violence, d'évidence et de tout temps, souvenirs d'avant la parole.

Douceur des croupes bleutées, gris-vert, de nuances de plus en plus claires à mesure que le regard s'élève vers le ciel, se fixe au loin sur l'horizon moutonnant et tout en courbes convexes. Les arbres se devinent plus qu'ils ne se dessinent au loin, de vert foncé à bleu, épicéas et sapins, forts de leur hégémonie tranquille, laissant sur le proche horizon place aux tendres nuances des prés parsemés de feuillus dont les tons permettent de distinguer hêtres, chênes, noisetiers et sorbiers. Un tremble parfois agrémente de clairs frissons argentés cette débauche de verts. Mais ce qui asseoit l'identité de ce berceau, ce sont les hauts prés flirtant avec les sommets, comme oubliés par la forêt qui aurait omis de les coloniser... douceur des croupes encore, mais rousses et jaune, ou vert tendre, souvent marquées d'une ferme blottie au creux d'un petit pré, se cachant sans conviction des assauts du vent d'ouest.

Dans les creux, ce sont de petits amas de tuiles rouge qui entourent ici et là un toit d'ardoise plus prestigieux. Le hameau s'étire en fond de vallée, de part et d'autre du torrent qui cascade allègrement et glougloute en caressant les moellons et les branches basses, enjambé de deux ou trois ponts de pierre, d'une ou deux passerelles de bois, ponctionné d'un canal chargé de communiquer force et vigueur à quelque turbine, jadis utile aux tissages et filatures de coton, depuis longtemps fermées pour ne laisser place qu'au souvenir de cette industrieuse époque.

Xoulces, mon berceau, tu berces encore, et berceras toujours mes pensées, et ton balancement assagit mes révoltes : il en est ainsi des massifs anciens.