Acrostiches

Evanescence

D'un mot non prononcé, sous effet larsen, les cons pensent, dès qu'on pense

À ce que je pense, alors ils s’acharnent et disent qu’il

Ne faut surtout plus y penser, qu’il est obligatoire de

Se sentir coupable, et ça

Taille dans le vif, allègrement. Tue, coupe

Et crève. Mais dans le rêve, on risque moins de se refroidir.

Soie sur lampe et caresse de Swann :

Mon oreiller dirige la sensation. Comment

Aimer simplement l’air qui passe en soi ?  

Illusion de souffle chaud. Comment  éviter l'erreur, sans écarquiller...

Ne sentir que la chaleur d'une présence de

Soie, qui, légère, les gère.

Les ?... les rêves! Qui veut gérer mes rêves?

Avec quel logiciel ?  Qui peut rêver mes rêves? Qui veut imaginer ma

Vie et construire un avenir ? Pas né. Se faire.

Inspirer, se faire sphère. Doux

Et rond, boule de plume et bulle, éphémère. Effet mère : et fait mère

Celle que tu aimes!

Ho dis, vent, que peux-tu me dire en caressant les

Airs d'opéra? Transférer l'air d'Apollon sur un divan, sans rime

Ni musique? j'ai le fantasme qui s'éraille. Aventure : vent,

Tu reviens d'avant pour t'apercevoir du voyage qui s'est envolé avec le temps .

Et, d'une étoile qui peut manquer dans l'étonnant manteau céleste, il

Advient un manque de quelque chose de vivant. Et

La vie palpite de longtemps parmi

Les morceaux, je suis là. Là où je suis, ma main... tact.

En jetant un œil je saisis un fragment de

L'intact originel. Corps morcelé dans

Une fine sensation de ce qui dès l'enfance dit : vent!

Instant d’un mot sans pesanteur, comme égaré. Vents et marées,

A l’instant je vous veux dans ma paume. Juste une main.

 

Ma pensée et mon diaphragme

Tu ne sais pas la peur.

Or et feu d’un envol en coulisse vers une

Noria de murmures qui doucement

Se fondent en

Ouragans de hoquets, irrépressible extraction du reliquat d’air. Vide.

Une claire symphonie de galops de

Farfadets

Farceurs revient sur

Le devant

Et redonne un peu de

Souplesse, oxygène et retour sur le bord de la raison.

Une nouvelle fois j’expire

Râle encore et

Me meurs

En toute ignorance

Sans filet sur la tête et les

Yeux chavirés comme des poissons frits

Exactement comme ça.

Un son nouveau jaillit dans le fond du cerveau

Xylophone et tam tam

Machine à balancer qui fulgure

Et scintille dans l'oreille d'un sourd

Titillant mes tympans comme un feux d'artifice

Irréel et glacé dans le ciel étoilé.

Rugueuse sensation

Eclat de sucre en poudre explosive

Délicatement léchée par

Un tout petit toutou qui tousse

Né du néant de l'air

Et du vieil air du temps

Avec un brin de folie sur le bord du conscient

N'en déplaise à mon souffle qui cependant continue de

Tisser ses élucubrations sans cul ni tête...

 

JARDIN

En mon for est un lieu qui se peut cultiver.

Nommons-le "mon jardin". Et toute

Tentative Pour en cartographier les recoins est

Obsolète : trop de caches

Intimes. Mon jardin est secret. C'est un lieu de mystère.

Je m'y rends chaque nuit

Et m'y baigne

Précautionneusement. Seul ce qui se rêve y prolifère.

La sollicitude fait durer les rêves. Ils

Osent survivre aux plus glaciales intempéries, aux

Neiges éternelles, aux implacables sécheresses, aux

Grandes solitudes... Mon jardin

Est fécond. J'y sème à chaque équinoxe du fantasme en brins

Et de l'insomnie à dose allopathique. Et j'arrose le

Tout, l'éclaire, l'abrite, le taille aussi, un

Peu... Et les fleurs s'y épanouissent en capitules et grappes,

Lourdes et généreuses. Et leurs fruits

Alanguis vont réjouir les palais connaisseurs. Rien

Ne peut en ternir les

Enivrants parfums. Mon jardin est

A moi, mais la récolte est au monde. Il y jaillit assez de pensées

Vagabondes pour que les alentours

En fondent de surprise. Mon jardin est peuplé les

Couleurs et l'artifice y prospèrent, y prolifèrent,

Distribuant la joie. Et la vie s'y éclate en

Orbes de lumière, en mille et

Une gouttelettes arc en

Ciel. J'aime les goûts, surtout mis en mémoire, et je les

Emberlificote, ornementés de perles de rires, et je les

Unis dans un souvenir de vin: mon jardin les adore. J'aime

Rire en sculptant.

 

PLUME

J’aime la plume et le duvet

A l’horizon de ta forêt:

Il y fait bon se souvenir.

Mon rêve est doux, et l’avenir

Etire au loin son chant soyeux

Tout doucement, vers le milieu

Ou vers l’aimable tourbillon

Nimbé de gentils papillons.

Sous l’archet rit la mélodie:

Ode fragile où tout se dit.

Un air de gambe à ton violon

Radoube aussitôt ma chanson.

Il sied à l’aube d’inonder,

Rapidement illuminée,

Effleurant l'air de ses rayons

En jouant d'un microsillon

Tout mon espace imaginaire.

Le moment est venu de faire

Encore un peu durer le temps,

Petite bulle de printemps.

A ton iris, à ma pupille,

Rêvons encore l'éclat qui brille,

Fétu de ciel et brin de paille,

Un tantinet vers la ripaille

Ma bouche trop sollicitée

Demande encore félicité.

Elevons un peu le débat:

Tant que la lune brillera

A l'horizon de ta chanson

Plume et duvet s'y poseront

En signe de complicité,

Avant toute velléité :

Un jour entier de vérité.

Mon corps et moi

 

Mille aiguillettes nouées dans l’auvent d’un soupir

Obsèdent et grignotent bruyamment mes

Neurones. Le désir est sournois

Comme une migraine. Il s'enroule autour des verres.

Orbe de paupière et peau de grain de mil aux mille

Rideaux masquant les dents du

Piège de l'anodin.

Sans coup férir je chois… moelleux coussin de l'innocente

Simplicité.

Un tout petit bout de risette et

Sur le pouce un

Peu de noisette, reprenez donc du temps, il coule, il court !

En veux-tu, en voilà et fin de l'épisode.

Nappé dans le sirop, la pêche il faut l'avoir et

Décider encore un retinton de spray, saliver sans cracher,

Un trémolo carré qui donne envie de poser une joue sans pour autant choper le torticolis.

Autant tout larguer dans un mouchoir cellulosique et décoloré à l'acide.

Tout baigne de visu sur mon petit rétinium,

Aurore et galurin sous un soleil joyeux

Les parfums s’entretissent au bord de ma conscience

Et roulent en chavirant

Vers la plage fumante au petit matin.

Raser les murets, ça c’est furet

Et c’est assurément ce qui se fait de mieux

En ces temps de retour de nos grands chevaliers du

Non dit, de l’insu, champignons refoulés

Ratiboisés des burnes

Exaltés du rikiki et rétrécis bulbaires.

Voir enfin l’horizon sous un grand amandier

En sirotant liqueur et fine sécrétion

La chance à fleur de peau :

Abyssale cécité et tour de tourbillon

Claire giration

A mon corps défendant la vie reprend son cours

Rime et raison garder

Et belle évanescence

Sous l’œil d’un terrible

Surmoi

Echevelé livide au milieu des tempêtes : salut Victor ! C’est moi…

 

ESPOIR

Explorer un chemin

Fleuri au bord du

Fleuve qui se

Love tendrement,

Evitant les écueils

Universels et

Rébarbatifs des

Explications simples.

Réseau de sens

Ténus et têtus,

Abritant le désir

Parfois si bien caché

Et déguisé qu'il

Apparaît comme

Un étranger sans nom

Et se laisse éviter.

Ne pas fuir à la

Première peur...

Aller doucement,

Revenir parfois, et

Toujours écouter!

Accueillir l'inconnu, le

Neuf et l'étrange...

Tout cela peut, peut-être

Donner au voyageur

Une petite chance de

Garder longtemps son

Envie de marcher.

Ne rien casser, savoir

Ouvrir les portes et

Utiliser toutes les clés, les

Variations, les harmonies

Et les regards.

Recréer ce que je reçois

Sans craindre que mon

Unité se trouve brisée.

Nommer hardiment les

Pièges, nombreux

O combien!... et les

Laisser se refermer sans

Effort pour goûter le

Délicat plaisir de les

Ouvrir, à main

Nues. Aller en

Tâtonnant, plus

Loin, plus fort,

Avec le sentiment

Clignotant d'un

Hiatus qu'on ne peut

Absolument pas combler.

Lenteur hiératique,

Effluves enivrantes

Unions invraisemblables

Règnent pèle mêle sur

Moi, et cependant J'ai

Encore le sentiment,

Toujours renaissant,

Réfractaire à toute

Analyse, de voir se

Nouer ce qui pourrait

Se nommer destin,

Faute d'un autre mot,

Original et précis,

Rigoureux et nuancé,

Mais que je ne trouve pas.

Explorons donc...

Et que cela donne ou

Non quelque chose,

Continuons d'aller

Où le bon sens ne

Saurait se loger...

Même si l'issue est

Occultée, les très

Nombreux détours et

Aléas du chemin feront

Un merveilleux

Tissu que nous appellerons

Espoir.

FLEURS

Jolie musique de nuit qui doucement s'estompe.. 

au matin j'ouvre un quinquet, c'est sur un

tout petit géranium lierre que

tombe mon regard

encore flou. Fleurs violines

nuancées

de blanc, timidement groupées

sur un bord de fenêtre, comme si

la crainte de choir les maintenait

immobiles et

nues derrière un

souple feuillage qui, lui,

tente d'affronter bravement le bord

affreux du vide.  Et puis, j'émerge un peu des

nues et le lilas

tropical se profile

derrière le carreau. D'abord

une grappe en fines corolles découpées,

nid parfumé, cascade joyeuse et

vert profond des feuilles vernissées. La

ramille se balance et me fait signe de bâiller: j'en

avale ma glotte et

illico, je m'exécute... A son pied, deux iris

bleus dressent

avec nonchalance leur col

irrésistiblement tarabiscoté

sur une tige un peu raide. Le premier, fier

et frais

rivalise avec l'azur acide

du jour levant. Chaque pétale

en tulle délicat, ourlé de blanc, enveloppe de

tendre sollicitude un pistil

ouvert en attente de visite.  Le second, fatigué,

incliné,  présente ses fleurs pastelles au pied

de sa voisine clématite. Celle-ci tente

ostensiblement l'escalade d'un tuteur

nain de bambou

très mal planté. Sa fleur étoilée et

lisse éclate d'un bleu profond, dépaysant

au possible: on la dirait

sortie d'une quelconque

abysse. Son coeur plumeux et jaune

vif capte mon oeil

encore hésitant et le prépare à

une autre

rencontre: la générosité

envoûtante d'un bouquet de pivoines qui

soudain débordent, de leur carmin

très parfumé le sage ordonnancement

des avoines

élevées. Mais que vois-je, se dissimulant

joliment sous la frondaison

avachie d'une molle rhubarbe?

Sertie dans le gazon,

une pensée violette, velours grenat,

rose pourpre embrassant

minutieusement les jaunes vifs qui se font

allègrement pardonner en mettant en valeur

la voisine discrétion de quelque pâquerette

en retard d'un bon mois.

Voici le jardin ma mie, je t'en offre les

roses dont je n'ai pas

encore pu goûter.

MANQUE

 Je lutte sans succès contre une torpeur

envahissante. Paralysie

des sens et lourdeur des paupières. L’habitude

égrène ses réflexes et me

permet d’accomplir les gestes

obligatoires

sans parvenir à leur donner sens. J’ai

envie de plonger tout entier dans

une fantasmagorie qui

ne permettrait plus la

béance d’un manque

absolu.

Il est peut-être né, ce manque,

sans qu’on n'y puisse rien,

en catimini, quand je tentais de

régler quelque

détail de geste, ou de voix,

éventuellement quand j’ai prêté

le genou à un dos

innocent, en

ce début d’année

au détour du travail corporel.

Toujours est-il que j’en

suis aujourd’hui tributaire;

un tel manque engendre souvent le

rire... chez

l’observateur

extérieur

car il ne repose sur aucune raison;

oublions-en le côté ridicule:

il se pourrait aussi que la raison

ne soit pas le critère essentiel

dont nous avons besoin pour

entretenir

toute une vie,

avec suffisamment de

bonheur, le désir

ouvert de fabriquer un

univers où l’on ne peut jamais

craindre l’ennui.

ho, je sais, ce n’est pas

encore gagné: j’y retourne immédiatement.

Métamorphose

Je suis un papillon de nuit

et j'erre, de luminaire en

réverbère... Le soir s'écoule

en larges pans qui peu à peu se

vaporisent: la nuit m'aspire

et dévore les heures de mon court

destin. Lorsque je n'étais qu'

une pauvre chenille, il n'y avait

ni espace, ni lumière... La vie

balbutiait dans mes entrailles,

aspirant à l'éclosion, pleines d'un

immense espoir. Et je rampais

sans relâche, de feuille en feuille,

entêté et maladroit. Puis l'aube

redoutable me vit chrysalide. Ce

que je ressentis alors fut terrible:

une sorte de mort lente, avec

en sourdine la promesse d'un

jour nouveau. Angoisse affreuse

et froid polaire... Néant. Et puis,

tout doucement, la conscience d'un

environnement neuf et empesé.

Dans mon corps retrouvé

ou simplement trouvé, je

n'y voyais pas encore: un corset

noir enserrait mes membres, dure

enveloppe dont il me fallait sortir

en gonflant mon thorax avide. Il

ne me fallut qu'un seul inspir,

une seule voix pour que se dé-

noue, se déchire le dernier voile. Et

la lumière fut! Dans son éclat

insoutenable, tout d'abord,

elle me laissa pantelant...

une étrange sensation se fit alors

sentir dans mon dos. Se pouvait-

il que ces ailes que j'apercevais

soient à moi? ... Tremblant, doutant

encore, je fis jouer quelques muscles,

curieux de constater qu'elles

remuaient, m'obéissaient même

en soulevant merveilleusement

tout mon être. Il ne me fallut

que quelques minutes pour gagner

une fleur et boire son nectar, tout

en goûtant la plénitude du jour

levant. Mais bientôt, le soleil

excessif m'accabla. Sous la

feuille humide d'un acacia, je vis

errer les ombres des êtres diurnes:

une foule hostile m'entourait et

mon instinct me commandait de les

éviter, immobile, jusqu'au soir. Alors,

dans le crépuscule, je pus enfin m'

envoler. Et depuis, entièrement

voué à ce terrible attrait, je vole,

oubliant pourquoi, vers tous les

réverbères,  fasciné et prisonnier,

ébloui et ivre de lumière.

Sage conseil

Il ne le savait pas

La vie lui souriait, mais elle lui semblait

Fade : l’Amour n’avait pas encore frappé

À la porte secrète de son cœur sauvage,

Un cœur dont il ignorait presque

Tout et qu’il croyait voué à la simple fonction organique de faire

Joyeusement circuler son sang

Ou de battre, éventuellement

Un peu plus vite quand une amourette de pacotille  venait le distraire :

Il se sentait alors perturbé, agacé dans sa quête absolue, sa

Recherche de la clé du paradis.  Il crut d’abord la trouver

Dans le secret des sciences  puis dans

Une pratique désintéressée de la

Politique, à moins que l’art, dans sa

Rareté ne lui apporte

Enfin le sens de la vie ?

Sinon, pourquoi pas la fortune ?

Enfin, il restait le voyage : il partit sur les chemins, sans trève

Ni repos jusqu’au jour où il la vit : c’était elle, sa gazelle

Troublante et belle, légère et tendre, et il sut qu’il était enfin chez lui.

 

Avec diverses contraintes

1,2,3,4,5,6

1.Petits bonheurs sans rime ni raison.

 

2. IL est bon d’être aimé, de savoir que là-bas

Une pensée vous suit, qu’elle vous a trouvé.

 

3. Il est doux d’exister pour quelqu'un,

D’être pour l’autre un vrai mystère

Comme il l’est pour soi-même.

 

4. Il est si bon de guetter ses signes.

Il est si doux d’attendre

Le moment suprême de la parole

De l’autre qui enfin dira oui.

 

5. Qu'il est bon qu'il est doux

De savourer enfin ces moments partagés

Qui faisaient de l’attente en bonheur.

Il est doux, il est bon de ne plus attendre

Et de plonger dans l’instant.

 

6. Comme on se jette avec volupté

Dans l’eau pure de la source de vie,

Dans l’onde de fusion qui précède et suspend le temps,

Il est si doux, si savoureux d’aimer 

Que rien n'en peut effacer la trace,

Même si tout passe et meurt un jour : l'amour marque à jamais.

 

Avec un mot ou une phrase "refrain"

De Solo à Trinité

Solo

Comment va le monde ?

En mon for intérieur, la tempête fait rage

Et les vents ravagent les sourires.

Le monde fait naufrage.

Solo

Je vogue comme je peux et je sens qu’il faut tenir juste un peu

La barre de l’azur simplement : voir la lumière

Et doucement chantonner pour que le velours d’une voix

Enveloppe et protège le signe trop ténu d’une improbable humanité.

Solo

Je navigue trop solitaire entre loosers, traders et profiteurs,

Entre les errants sans boussole,

Les semeurs de mort violente ou douce,

Et les bolides qui forcent toute raison.

Solo

Je trace un pointillé de tous petits bonheurs insus,

Je les offre et je me les offre

Et j’en disperse la trace

Au fond de cet univers d’ignominie .

Solo

Dans l’insu, justement se tisse une trame

D’amitié ferme et tendre

Et d’amour sans marché

Pas coté : pas d’indice niqué.

Solo

Je peine en cet instant : l’innomé se débat

Au creux de ma chaloupe

Et son cri contenu

Voudrait tant s’échapper : Amour, y es tu ? Etre, es-tu là ?

Duo ? Trinité ?

Testamentaire

Si je devais mourir demain j’aimerais…

Avant de rendre le dernier soupir, connaître la gaieté d’un sourire, la lumière d’un baiser, la finesse d’une étamine, la douceur d’un astrakan qu’on effleure, la chaleur de l’été humide dans le profond mystère du tropique offert au soupir de la plume légère.

Si je devais mourir demain je dirais…

Merci ma belle tourterelle, pour ton envol et ton duvet, pour ta guitare et ton compas, carte du tendre en chocolat. Merci de fredonner  bouche fermée belle chanterelle sous mon archet. Merci d’ouvrir si grand les bras, havre de paix pour mon esquif : douceur retrouvée.

Si je devais mourir demain je tracerais…

Sur le sable un jardin zen, avec les dents de ton peigne à cheveux. J’y mettrais la lenteur d’une révolution planétaire, l’infini d’un big bang, la force d’un grain de blé et la vigueur d’un flagelle de spermatozoïde. On y verrait le dérisoire devenir drôle, la terre cesserait de trembler pour jamais.

Si je devais mourir demain je donnerais…

La main au tout petit enfant qui en chacun perdure. Je donnerais du vin au gosier du crapaud pour le changer en dragon merveilleux. Je donnerais le la au grinçant ressort de la pendule du salon pour qu’elle cesse de fausser l’harmonie des chants que nous tentons chaque soir.

Si je devais mourir demain je sèmerais…

Un grain de blé pour chaque caresse échangée, ce qui suffirait à nourrir tous les enfants du Sahel. Je sèmerais la zizanie tonitruante parmi les pisse-froids et les jean foutres qui serrent leurs maigres fesses quand l’amour ne porte pas de culotte.

Si je devais mourir demain je boirais…

A la fleur de capucine qui procure une douce ivresse à l’audacieux qui s’y désaltère. Je boirais coupe après coupe en ton calice, et sans malice, y dormirais, enfin posé, calme et fou. Je boirais une dernière fois et je dirais

Je ne veux pas mourir

Ni demain

Ni jamais.

Et puis, je mourrais.

EN CITANT LES JOURS DE LA SEMAINE

Première semaine

 en rythme et avec la musique des sons alexandrins... presqu'orientale!

 

                   D'une semaine à l'autre, un iota peut varier,

                   Et ce nouveau lundi me trouve abandonné.

                   J'explore sans plaisir un tréfonds d'amertume

                   Avalé de travers, et de ce jour l'écume

                   Arrache à mon plexus un hoquet ravageur.

                   Oui, c'est vraiment lundi, j'en conçois bien l'horreur !

 

                   L'alexandrin taquine, avec son hémistiche

                   Un esprit baladeur avide d'acrostiches.

             Mardi: j'attends demain. Et je pourrai donner

                   Les produits de ma plume à qui me fait damner...

                   Mais ce verbe exagère, il faudrait l'adoucir

                   Voire le remplacer: disons plutôt "frémir".

 

             Mercredi fond sur moi, et l'objet du désir

                  Exposé au regard, me défie sans pâlir.

                  Soleil et fleur de miel, arabesque, harmonie:

                  Tout d'elle est ravissant... et m'en voilà marri.

                  Je rêvais d'un dialogue: il faudrait être deux,

                  Se parler à distance et partager le jeu...

 

         Le jour s'écoule et meurt, en mesure en musique

                   Il renaît: c'est jeudi. Sa présence magique

                   Fait émerger le signe au détour d'un regard.

                   Le geste de douceur, le fin, le beau, le rare

                   Ce qui se peut tisser en mains bouches et peaux

                   Laisse advenir enfin le plus chaud des halos.

 

                   Fidèles à vendredi, il nous faut vénérer:

                   Les forces et les ombres, l'amour et ses degrés.

                   Le premier si fragile: battement de paupière,

                   Et le second si doux, de phalanges légères...

                   Trois degrés de baisers couronnent l'escalade

                   Et le ciel étoilé précède la chamade.

 

             Samedi plonge aux nues; le haut redevient bas.

                  Bas lisse et sans couture, et le temps se rabat.

                  Le miroir assombri qui soudain s'illumine,

                  Me reflète une image où les rides s'affinent

                  En grimaçante horreur. Cloué au pilori

                  De mon voir intérieur. La vie se rétrécit.

 

                   Pourtant après la pluie, survient parfois dimanche

                   Et son petit cortège de rires et de pervenches...

                   Parfums et vins mêlés radoubent l'édifice

                   De mon for intérieur. et foin des maléfices !

                   La fête est là, buvons ! Déjouons les rigueurs

                   En les noyant soudain d'un trop-plein de liqueurs.

 

Deuxième semaine sans rimes ni raison...

 

Il est de doux et de rugueux lundi.

Parfum suave, vent de mots, voix de songes...

L'air qui roule entraîne les couleurs, découvre un sourire.

Quelques secondes à pincer sur la corde du temps:

Mes jours s'écoulent en fagots.

Tout se décale, et les repères détricotés volent ou flottent.

 

J'aime les petits instants du mardi:

caresses de hasard au creux des renoncements.

La sève d'un iris bleu inonde mes racines

de culpabilité mêlée d'indulgence végétale. Arborescence...

Je me sens rafraîchi par un grain de peau qui s'offre presque,

Corps défendant souffle suspendu.

 

Soupir du vent le mercredi,

il suffirait d'une haleine de réglisse...

Je me sens balancelle et je deviendrais chat.

Oui, je saurais passer le divin message

que les enfant connaissent et oublient en quittant l'innocence.

Je deviendrais Mercure et révélerais tout.

 

 

Jeudi, duvet de mots, battement de cils.

Dans le labyrinthe, une Ariane dont je serais le fil,

va, s'arrachant à jamais aux résignations.

Et la dentelle des sons que découpe mille bouches affairées

ne pourra jamais recouvrir l'incessante production d'étoiles

de mes pensées sauvages... feux d'artifice et harmonie.

 

Vendredi déjà se profile: qu'apporte-t-il?

Amour, plaisir, humour, passion ?

Que dois-je modérer et qu'offrir à Vénus qui gouverne ce jour,

si je veux à la fois délivrer deux messages: libre et fidèle?...

Aimer sans contrainte. Même si chacun en sait l'utopie,

réalisons la quadrature du cercle à fleur de peau.

 

Samedi, la vie en tourbillon emporte les scories

et ne laisse que la délicatesse.

D'un jeu de paume au serment, il n'y aurait qu'un pas.

Mais la leçon de Saturne à l'amoureux déboussolé,

c'est qu'elle tourne, mon aiguille magnétique.

Ne pas trop se presser d'en suivre l'impérieux attrait.

 

Et le septième, se reposer... de désirer? impossible:

je me résigne à manquer, mourir un peu à l'immédiat,

envelopper dans l'inadvenu un baiser non donné,

envier la pulpe de mes doigts d'avoir connu l'effleurement,

et les maudire de n'avoir su se rendre sortilèges.

Attendre enfin demain: ne sommes-nous pas dimanche ?

 

à la manière d'Apollinaire

 

Apollinaire a écrit "Voisine": j'en ai aimé la rime.

Si Apollinaire avait connu ma boulangère,

il aurait pu écrire...

 

Vous dont je ne sais pas le poids ô Colombine

Mais dont je veux vêtir le corps assez puissant

D'un habit de paillasse à falbalas dansants

Sur vos formes arrondies que blanchit la farine

J'entrevois le seyant d'un caracot violine

 

En costume ainsi mise iriez vous à l'usine

Que l'on vous confondrait il soit dit en passant

Avec une princesse et parmi vos croissants

Vous siégez fièrement vous léchant la babine

De crème caramel à donner bonne mine

 

Solide comme un roc et le siège moelleux

Vous attendez debout le chaland qui dérange

Prête à la répartie le propos graveleux

On voit déjà d'ici son effarée trombine

En écoutant l'éclat des mots miraculeux

 

Qui font taire à tout coup l'effronté que démange

L'envie d'être souris vous lui sciez la branche

Madame des baguettes au pétrin fabuleux

La sorcière autrefois s'appelait Carabosse

Et moins que vous sans doute elle roula sa bosse

 

Et si Apollinaire avait connu Julie...

 

Quel mystère est scellé par tes yeux d'opaline

Quand ton regard échappe au jour en se baissant

Vers l'ombre de la nuit vers l'obscur saisissant

L'insondable question qui ploie ta nuque fine

Enveloppe en ses plis les nuances câlines

 

Qui jouaient sur ta bouche un air évanescent

Et compose à l'envers un silence dansant

Tes longs cheveux dorés ton allure féline

Ont sur le masculin cet effet saisissant

De susciter en lui mille pensées coquines

 

Souple comme un roseau au bord d'un grand lac bleu

Tu plies ton corps si fin qu'à la fin il se range

En un écrin de rêve au centre lumineux

Et du lac autrefois jaillissait une ondine

N'est-ce toi ce doux rêve au long corps sinueux

 

Si ce n'est toi du moins tu as l'allure d'ange

Qui sied à Mélusine et qu'aime Michel-Ange

Pour modeler ses formes au corps si fabuleux

Un sculpteur d'autrefois te créa  si divine

Que toute résistance est vouée à la ruine

En triturant les lignes...

 

Voici un petit texte d'apparence anodine plus ou moins poétique...

Confidence d’un ornithologue

Comme fétu de paille au sein d’un tourbillon mon âme se blottit et doucement tournoie : j’observe et j’écoute les oiseaux. Le vertige de l’amour et un désir ardent envahit tout leur espace. Et leurs chants délicieux peuple l’air du soir de mon entendement. Laissant sur le pré tous soucis, j’aimerais comme ces tourterelles, m’envoler et, échanger de chastes baisers sans penser à demain. Désirs et plaisirs assouvis, échangés, pudiquement exprimés dans les trilles d’une belle enfilade sonore qui dure à l’infini. Joie sauvage et totale des sons harmonieux, accordés à l’élégant mouvement de l’aile et de la queue qui plonge sans résistance dans l’air : formes parfaites des rémiges, beauté sobriété

Dans l’intimité chaude et le nid accueillant d’un plumage qui se laisse lisser par le bec délicat, inlassablement, encore et encore, toujours plus exigeant, pour donner à la plume toute son élégance. et enfin, jaillissant des tréfonds de leur gorge, un chant troublant et doux, faisant trembler poitrines et ventres, donnant tout le plaisir d’une nature innocente à mon oreille attentive. J’aimerais partager avec vous, avec toi ce bonheur que dame nature réserve à ceux qui s’éveillent sans tarder, le plus souvent possible, dès potron-minet : le monde appartient à qui se lève tôt.

 ...je le mets un peu en musique, coupant les lignes pour en harmoniser l'apparence :

Comme fétu de paille au sein d’un tourbillon

mon âme se blottit et doucement tournoie : j’observe et j’écoute les oiseaux.

Le vertige de l’amour et un désir ardent envahit tout

leur espace. Et leurs chants délicieux peuple l’air du soir de

mon entendement. Laissant sur le pré tous soucis, j’aimerais

comme ces tourterelles, m’envoler et, échanger de chastes

baisers sans penser à demain. Désirs et plaisirs assouvis, échangés,

pudiquement exprimés dans les trilles d’une belle

enfilade sonore qui dure à l’infini. Joie sauvage et totale

des sons harmonieux, accordés à l’élégant mouvement de l’aile et

de la queue qui plonge sans résistance

dans l’air : formes parfaites des rémiges, beauté sobriété

dans l’intimité chaude et le nid accueillant

d’un plumage qui se laisse lisser par le bec délicat,

inlassablement, encore et encore, toujours plus exigeant,

pour donner à la plume toute son élégance.

et enfin, jaillissant des tréfonds de

leur gorge, un chant troublant et doux, faisant trembler poitrines et

ventres, donnant tout le plaisir

d’une nature innocente à mon oreille attentive. J’aimerais

partager avec vous, avec toi

ce bonheur que dame nature réserve à ceux qui s’éveillent

sans tarder, le plus souvent possible,

dès potron-minet : le monde appartient à qui se lève tôt.

 Essaie maintenant une ligne sur deux...

La fin du vers devient le début du suivant...

GRAND ERG 

Mon désert est un refuge.

Refuge peuplé de perles et de cristaux.

Cristaux liquides : larmes de rosée.

Rosée scintillante en voûte de grotte secrète et fraîche,

Fraîche et désaltérante, pure, rare, précieuse : larmes de vie.

Vie cachée foisonnante, invisible au voyageur pressé et aveugle,

Aveugle parce que pressé, ne sachant diriger ni ses yeux, ni son cœur.

Cœur du monde au soleil éclatant,

Eclatant dans l’espace infini des dunes, barkhanes claires et sable au vent.

Vent frissonnant en crêtes, et portant mille grains d’or piquants.

Piquant le peu de peau qu’imprudemment je lui laisse à toucher.

Devinette

Germant sous la rosée, il se cache et frémit

Il pousse dans les blés d’un champ doux couleur nuit.

Soyeux primesautier, il aime les bisous.

Erigé mais discret, pour le trouver c’est fou !

La corde qui se tend te mène jusqu’à lui

En retour il te rend le bonheur de ta vie.