W comme Web

Les techniques de communication ont évolué si rapidement qu'elles constituent aujourd'hui une véritable enveloppe autour de notre planète, comparable à la biosphère. Tout autour du monde, des milliards d'individus entrent en contact instantanément les uns avec les autres et avec des banques de données si puissantes qu'elles répondent à toutes les questions.

La nature des réponses n'est malheureusement pas forcément adéquate, et l'immédiateté des communications ne laisse pas de temps à la réflexion, à la critique ou encore à la vérification. En favorisant le "tout, tout de suite!" ce phénomène entretient l'infantilisme, l'immaturité qui gagne d'immenses couches de l'humanité. Les conséquences de cette immaturité sont, à l'échelle des puissances, ce qu'on observe à l'échelle d'un enfant : confusion, inculture, réactions égoïstes et immorales, conclusions hâtives, prolifération de faux besoins, gaspillage et mise en danger de soi-même et d'autrui. En bref, le triomphe des pulsions. A l'échelle mondiale, ce sont des guerres, des famines et la destruction de la planète par une exploitation irréfléchie.

Mais ce qui s'est tissé tout autour du monde, cette toile virtuelle de fils qui relient potentiellement tous les humains, c'est aussi la possible communication ultra rapide des bonnes idées, des solutions nouvelles, des refus de céder aux facilités et à l'égoïsme: cet outil est l'équivalent pour la terre du système nerveux pour un homme. Avec un peu de chance, l'humanité apprendra à s'en servir comme le bébé apprend à se servir de son intelligence, en évitant le pire.

Mieux encore, si un seul cerveau peut accomplir autant de merveilles que toutes celles que nous pouvons d'ores et déjà voir et entendre, comme celles que l'art, la science, les techniques nées des inventions de ces cerveaux, alors imaginons de quoi peut devenir capable un système intelligent constitué de plusieurs milliards de cerveaux ?

Enfin, pour terminer sur ce sujet et conjurer nos craintes devant les horreurs que l'intelligence humaine interconnectée est capable de commettre, observons l'évolution : depuis ses début, elle favorise et fait toujours survivre ou émerger le meilleur. En l'occurrence, le meilleur de l'intelligence est évidemment le plus conscient, le plus aimant et le plus respectueux : ce qui s'élève finira donc par triompher avec le temps... A condition peut-être que chacun des atomes de responsabilité se mobilise en ce sens ?

X comme Xénophobe

L'actualité nous plonge dans ces fétides ambiances de rejet d'autrui, dans ces relents insupportables de calme insouciance face à la détresse des errants, face au désespoir des déracinés, face à la misère de ceux qui ont dû fuir, qui se sont trouvés contraints de quitter leur foyer, leur famille, leur pays pour des raisons le plus souvent liées au sale travail des prédateurs (vois ma mettre P). Ce qui rend la vie impossible dans ces lieux d'où partent ces gens qui cherchent refuge près de nous, c'est la guerre, c'est la misère, c'est l'absence de liberté, la perte d'horizon, le manque total d'avenir.

Mais que rencontrent-ils trop souvent dans notre pays riche, et dans d'autres pays riches? Les regards critiques pour leurs habitudes, l'incompréhension, l'hostilité, le mépris, la discrimination et l'injustice. On leur renvoie leur étrangeté à travers la figure. Et la peur de l'étranger se transforme en rejet violent, avec son cortège de justifications après coup et de faux prétextes. La calomnie se déchaîne.

Le plus spectaculaire de ces prétextes est la mise en rapport des aides accordées aux migrants avec la soi-disant absence d'aides aux sans abris français : ceux-là même qui s'indignent se préoccupent-ils de ces sans abris habituellement? Ne voient-ils pas que toute aide, tout effort de lutte contre toute forme de misère nous concerne tous, nous implique tous au même titre?

Je crois en fait que la xénophobie est une forme commode d'un égoïsme présent au fond du cœur de chacun de nous. Cet égoïsme trouve une justification facile dans la différence, qu'elle soit de langue, de couleur, de religion, de coutumes : on se sent alors loin et ces différences semblent permettre aux sentiments les plus bas de s'exprimer. Indifférence, jalousie, haine... ces affects s'expriment accompagnés de l'autosatisfaction que peut éprouver l'imbécile dont l'esprit tourne en rond sur lui-même : "j'éprouve de la haine parce que l'autre me renvoie une image haineuse que j'éprouve à son égard".

La plus grande difficulté pour moi ici et maintenant est de me garder d'éprouver à mon tour de la haine contre ces gens haineux et c'est pourquoi j'ai choisi l'illustration de Gelucq : "les xénophobes me sont étrangers".

Y comme Yeux

"J'aime tes yeux !" le message adressé à la personne aimée contient bien plus qu'une parole de plaisir partagé. Dans les yeux d'une autre personne, chacun peut contempler un infini de beauté, mais aussi de mystère, un fragment du rayonnement cosmique qu'est la lumière depuis son départ du big bang jusqu'à l'instant de son impact dans le fond de ma rétine ou de mon cerveau...

Les sens devraient figurer en tête de nos préoccupations. Aussi bien que l'essence qui me constitue, pardonnez le jeu de mots, car je suis ce que je reçois du monde, tant à travers ce que j'ingurgite que par les images, sons et diverses sensations qui me bâtissent au jour le jour un corps et un environnement. Mes yeux m'apportent sans cesse, quand je suis vigilant bien sûr, les images de ce monde visible. Ils me donnent également le négatif du monde invisible : grâce à eux, je peux imaginer tout ce que je ne vois pas...

Quant aux yeux des autres, j'avais coutume, lorsque mes fonctions me conduisaient à parler à des groupes de dire que je parle à des yeux. Les regards renvoient, supportent et encouragent la parole qui circule. "Regarde moi quand je te parle!"

La mobilité des regards, et la pudeur exprimée par les yeux détournés ou baissés disent qu'on peut être ébloui si on ne prend pas garde à l'usage que l'on fait de ses yeux.

Ouvrons enfin les yeux disent les messagers de toute sorte, car il est trop vrai que souvent nous voyons distraitement, sans vraiment regarder, comme si nos yeux, sous employés, ne servaient qu'à éviter les obstacles physiques et accessoirement à compter l'argent. Et sur ce dernier point, comme l'argent devient de plus en plus virtuel, la vigilance ne doit elle pas redoubler?

Mes yeux sont un double appel à la vigilance dans un monde qui a tendance à devenir une énorme bulle audiovisuelle sans âme, spectaculaire et marchande: pour que le "tape à l'œil" ne  l'emporte pas, gardons les yeux bien ouverts !

Z comme Zapper

Passer sans cesse d'une chaîne à une autre... changer constamment de sujet, de centre d'intérêt, ce qui revient à errer intellectuellement. Errance organisée, ou du moins fortement induite par les instruments que tous (ou presque) les humains ont en main constamment : télécommande, Smartphone, tablette et autres écrans...

Attardons nous une seconde sur le terme écran : il est au centre de cette activité de zapping. Et c'est à la fois cette surface sur laquelle se forment les images et un objet qui cache, qui empêche de voir la chose.

Nous vivons sans cesse cette terrible activité de fuite en avant, de mouvance incessante et vertigineuse de la réalité qui ne peut que nous échapper, se soustraire à toute analyse sérieuse par manque de temps : zapper ! ... pour ne pas voir, pour fuir le miroir de la réalité. Que ce soit l'horreur sous toutes ses formes, misère, souffrances, connerie insupportable, malhonnêteté institutionnalisée... ou même, la beauté qui demande pour être vue et appréciée, un regard attentif, un temps de réflexion et une culture incompatible avec ce qui est hâtif et simplificateur.

Zapper ne fait que hâter la course vers le néant, vers le gros tas d'immondices accumulées par les emballages destinés à l'origine à conserver et qui deviennent après usage, l'encombrant continent de merde impossible à recycler.

Avec de dernier mot de mon parcours lexical de 2016, je voudrais précisément plaider la lente et patiente recherche, la contemplation, la douceur ou l'amère expérience de chercher à connaître sans réussir, de chercher à comprendre sans trouver, de ne jamais lâcher l'affaire.

Chercher, oui ! Zapper, NON !!!