Le vagabond et la source du bonheur

La diseuse de songe

 

 Un pauvre hère cheminait sans espoir. La vie l’avait durement éprouvé. Il avait faim et soif et ressentait la fatigue. Sur le bord du chemin, une étrange créature était debout. Sans âge, sans couleur, elle se confondait presque avec le paysage. Le vagabond passant devant elle sans même la remarquer s’assit lourdement sur le bord du chemin et se laissa peu à peu glisser dans une légère somnolence.

Tout à coup, dans son demi sommeil, il entendit une voix :

 «- Que cherches-tu vagabond dans ce lieu qui n’est pas pour toi ? »

Interloqué, il commença à bredouiller.

« Je ne cherche rien, juste un peu de repos. »

Mais la voix ne le laissa pas en paix sur une réponse si légère.

« Es-tu certain? Sinon, pourquoi parcourir ainsi le monde ? »

En effet, il marchait depuis plusieurs années, sans trop savoir pourquoi, sans véritable but, errant par monts et par vaux.

Il répondit donc à cette voix étrange :

 

« Je ne sais pas ce que je cherche, je ne sais ni où je vais, ni pourquoi je marche ainsi. » Au bout d’un moment de silence, la voix se fit entendre à nouveau.

 

- Vagabond… prête-moi ton attention !…

- Que veux-tu ?  pourquoi me déranger ainsi dans les brumes de la vieillesse ?

- J’ai besoin de toi. Et tout d’abord, tu n’es pas vieux. Tu es juste un peu désabusé.

- Désabusé… oui, et alors ?

- Alors si tu marches encore un peu, tu peux découvrir un merveilleux trésor. Mais il te faudra passer de nombreuses épreuves. Tu devras trouver les compagnons indispensables à ta quête. Sans eux, tu ne peux rien. Es-tu d’accord vagabond ?

- Bon, je suis d’accord. Explique moi.

- J’ai entendu parler d’une source qui ne se laisse voir que par ceux qui ont un cœur pur et une curiosité d’enfant. Tu dois découvrir pour moi cette source magique, la source ensorceleuse qui contient le secret de longue vie. J’ai lu en toi : tu as vécu mille choses. Trouve la source, tu ne le regretteras pas.

- Mais pourquoi ne la cherches-tu pas toi-même ?

- Parce je suis victime d’un sortilège. Un méchant sorcier m’a privée de mes capacités. La seule chose qui peut me délivrer est un secret enfoui dans cette source.

- Qui es-tu donc ?

- Je suis la diseuse de songe. Et je peux être ton guide dans cette aventure si tu le veux.

- Je veux bien, mais je ne suis pas sûr de réussir… Que dois-je faire ?

 

L'étrange mission du vagabond

 

« Alors dit la voix, écoute moi bien et n’oublie aucune étape, car si tu en oublies, tu risque de te perdre et tes chances de réussir seront vraiment compromises.

Ton premier but est de trouver la vallée des merveilles. Tu la reconnaîtras à sa beauté, bien sûr, mais également par le paysage qui l’entoure : quatre montagnes lui donnent accès. Ces montagnes aiment les promeneurs, et elles leur procurent un sentiment de calme et de douceur quand ils ont accompli leur randonnée sur leurs flancs. Les deux premières sont surmontées d’un château, les deux dernières sont plus hautes, mais ne portent aucune construction, et leurs flancs sont si lissent que leur escalade n’est pas facile. Souvent, un voile de brume blanche les cachent à la vue du promeneur inattentif. C’est en parcourant ces montagnes, inlassablement que tu découvriras la vallée.

Ta seconde étape, c’est la colline  aux parfums. Elle se cache aux yeux malveillants. Cela signifie que pour la découvrir, il te faut un cœur pur et certainement l’aide de plusieurs compagnons que tu devras trouver et convaincre de t’accompagner.

Et puis, tu devras chercher la grotte au berceau. C’est ainsi qu’on l’appelle car elle contient un berceau très ancien, qui paraît fragile et qui ne paie pas de mine mais il ne faut pas se fier à ce que tu vois au premier regard. La beauté est cachée et il faut la mériter."

 

Après un temps de silence, le vagabond acquiesça.

Puis il partit sur un sentier vallonné,  au gré de sa fantaisie. « Première étape, donc - pensait-il – la vallée. Pas de vallée ici. Une vaste plaine et, ici et là, quelques dos d’âne… continuons. »

Chemin faisant, il se souvint qu’il était, naguère un bon explorateur, un randonneur et un escaladeur tout à fait expérimenté, et même, oui, un aventurier audacieux.

Il décida donc de rassembler tout son savoir pour mieux répondre à l’appel de cette voix  qui, il ne savait pourquoi l'avait convaincu de quitter sa molle résignation. Trouver la source. Bien. Mais par où se diriger, où aller ?

Il suivit son instinct : fermant les yeux il commença à marcher jusqu’au détour du chemin. Il ouvrit alors les yeux.  Et il vit les deux monts identiques, à l’arrondi harmonieux, revêtus d’une lande qui se prêtait à la marche. Il se mit donc à parcourir calmement ces montagnes.

Et ce que la voix avait promis se produisit bientôt : après une longue et agréable randonnée, il  vit devant lui, une vallée. Elle était sombre, profonde, longue. Une certaine sauvagerie s’en dégageait. Mais pas de source en vue. Juste une petite maison vers laquelle il se dirigea sans hésiter. Poussant la porte il fut accueilli par des joyeuses exclamations.

 

Farfadets et farfadettes

 

Cinq farfadets farceurs l’entouraient en dansant et riant, bavards, tourbillonnants et vifs.

Le premier, courtaud et un peu fort lui dit gravement :

« Sur moi tu peux compter, je suis fort, je donne le signal du repos et je viens toujours en aide à mes compagnons. »

Le deuxième un peu plus grand, lui dit gaiment :

 « Sur moi tu peux compter, je suis le plus habile, et je suis capable de désigner le bon chemin. »

Le troisième, le plus grand, dit solennellement :

 « Sur moi tu peux compter. Comme je suis le plus grand, je vois au loin et j’explore l’inconnu »

Le quatrième portait un collier et dit en chantant:

 « Sur moi tu peux compter, je reconnais toujours la meilleure alliance. »

Le dernier, fluet et timide lui dit à l'oreille: 

« Sur moi tu peux compter, j’ai l’ouïe la plus fine et beaucoup d'intuition. »

 

Et tous se mirent joyeusement à danser tout autour de lui en chantant.

« Sur nous tu peux compter,

Prenons sans hésiter

La vie du bon côté !

Sur nous tu peux compter,

Partons dans la vallée

Prêts à caracoler

Sur nous tu peux compter

On va rire et chanter

Et on va s’éclater ! »

 

Le bonhomme se sentit alors tout à fait ragaillardi. Il sortit donc de la maison en compagnie de ses nouveaux amis.

Il s’assirent en rond tout autour de lui, attendant ses ordres. Embarrassé, le vagabond ne savait que faire et que dire, quand tout à coup, il se souvint de leurs chants.

Il se tourna alors vers le premier : « Premier farfadet, aide-moi, s’il te plaît ! »

Le premier farfadet lui avança un siège en bois sur lequel il prit place. Et rien ne se passait. Au bout d’un long moment de repos et de réflexion, il comprit que le premier farfadet en avait terminé.

Se tournant vers le second, il lui demanda : « Deuxième farfadet, aide-moi s’il te plaît ! ». Le farfadet lui désigna un point de l’horizon. Et c’est alors qu’il découvrit un paysage étonnant. Une vallée ombragée,  doucement vallonnée, à la fois sombre et ensoleillée d’une lumière étrange qui palpitait, comme une musique de danse.

Mais toujours pas de source. Le vagabond dit alors : « Troisième farfadet, aide-moi s’il te plaît ! »

Le troisième farfadet fit apparaître alors une belle et puissante longue vue. « Voici ton alliée » Il s’en servit aussitôt, explorant en détail le paysage qui s'offrait à sa vue. Tout y était beau, merveilleusement proportionné, harmonieux et coloré: un vrai régal pour les yeux.

Cette vallée menait à une colline boisée, herbeuse à la végétation luxuriante. Il décida de s’y rendre : les voilà partis, lui et ses cinq joyeux compagnons.

Le mont n’était pas très éloigné. Son escalade semblait facile, mais à mesure qu’ils approchaient, chaque fois qu’il faisait un pas en avant, le vagabond était saisi d’une sorte de paralysie : ses mouvements devenaient difficiles, ses jambes lourdes, ses mains tremblaient et ses bras ne lui obéissaient plus. Comment échapper à ce sortilège ? Il eut tout juste la force de balbutier : « S’il te plaît, quatrième farfadet, aide-moi ! »

 

Ce dernier répondit : « Ne t’en fais pas , je connais la solution. » Il s’éloigna quelques minutes et revint avec cinq farfadettes fluettes, presque semblables à lui. Son talent pour les alliances avait fait merveille : Elles chantaient en chœur en dansant légèrement et c’était un plaisir de les voir et de les entendre dans leur grâce et leur élégance.

« Nous sommes les farfadette

Rigolotes et guillerettes

Nous allons bien te guider.

Par nous laisse-toi mener

Tu redeviendras hardi

Si tu restes très gentil.

Pour cela un seul chemin :

Donne donne-nous la main ! »

 

Alors, le vagabond tendit sa main, que saisit la première farfadette et aussitôt, rassuré il reprit vaillamment son chemin. Il se sentait comme transporté vers la colline. Pourtant, alors qu’il croyait être presque arrivé, une sorte de brouillard se leva troublant la vue et assourdissant tous les bruits. Le vagabond n’entendait plus rien, ne comprenait plus les mots de réconfort des farfadette. Il était à nouveau perdu.

Alors, il dit doucement : « Cinquième farfadet aide-moi s’il te plaît ! ».

« Met moi contre ton oreille ! » lui dit le farfadet. Ce qu’il fit en usant le reste de ses forces.

Il se rendit compte alors qu’une voix parlait dans sa tête et il se mit à l’écouter avec la plus grande attention. Jusqu’alors, il n’avait fait que suivre son instinct, sans se rendre compte vraiment de la situation. Maintenant, il savait. Il savait que sa vie se transformait en un conte de fée et il n’avait pas envie de perdre le fil de ce dialogue étrange et agréable. Pourtant il sentait toujours la fatigue et la solitude lui pesait.

Alors, il dit : «  Voix mystérieuse qui parle dans ma tête, aide-moi, aide-moi s’il te plaît ! »

Et la voix se mit à le guider doucement :  « Oui, avance encore un peu par là… non, pas par ici ! … prend ce chemin qui te semble plus long, accepte ce détour… viens maintenant par ce sentier en donnant ta main aux farfadets et aux farfadettes ».

Et alors, peu à peu, grâce à l’aide efficace des farfadets et des farfadettes qui se dépensaient sans compter à son service, il atteignit le sommet de la colline.  Tous s’assirent. L’atmosphère était parfumé de myrte. Une douce chaleur y régnait. Et tous avaient soif.

Mais toujours pas de source.

« Retourne-toi maintenant ! »

Et comme il se retournait vers le val qu’il venait de parcourir, il vit un abri, une petite grotte, merveilleuse d’harmonie, de fraîcheur et de beauté, elle dessinait ses contours au milieu des herbes et des senteurs douces, avec son entrée garnie d’herbe tendre. Mais toujours pas trace de l’eau bienfaisante qu’il devait découvrir et du trésor caché...

 

La fée miniature

 

Pourtant, le spectacle de ce lieu était à la fois apaisant et si émouvant qu’il fut tenté de verser une larme. Ce qu’il fit, lui qui n’avait plus pleuré depuis tant d'années. Cette larme de bonheur, tombant à l’entrée de la grotte fit naître de petits bruits étranges qui se propagèrent mystérieusement.

La voix ne disait plus rien.  Le vagabond avait tout de même un peu peur. S’il n’avait pas eu la compagnie des farfadets, et des farfadettes, il se serait sans aucun doute enfui. Mais la voix se fit entendre à nouveau : « Tu es sur la bonne route, continue, n’aie pas de crainte ! »

Il commença par faire un petit tour d’exploration, regardant de ses pauvres yeux écarquillés et émerveillés les parois ondulées, le fin tracé des concrétions, la beauté des fleurs cristallines. Mais où se cachait l’onde bienfaisante ?

Et il se souvint alors que dans toutes les sources, vit un être magique, lutin, gnome, ou autre gentil sorcier... La moindre des choses qu’il puisse faire était de le découvrir. Mais, un lutin surtout magique, ça ne se laisse pas si facilement démasquer. Rien de visible dans la grotte. Il ressortit et reprit son exploration avec plus de minutie. Il dut chercher attentivement, écartant les herbes avec précaution, scrutant le moindre frémissement, pour enfin la dénicher : c’était une fée miniature, profondément endormie, telle un oiseau dans son petit nid. Elle portait un capuchon trop grand pour elle, et deux jambières de velours qui lui donnaient l’air d’un gaucho, d'un cavalier de la pampa.

Notre vagabond, un peu troublé par ce fantasme équestre, se demanda comment réveiller la fée, sans la vexer et sans la brusquer, de manière, du moins l’espérait-il, à l’associer à sa quête de l’eau bienfaisante. C’est alors qu’il se souvint d’un conte que sa mère lui lisait quand il était enfant. La belle au bois dormant… Peut-être que c’était cela la solution ? il se dit :  « Cette fée est endormie. Seul un baiser peut la tirer de son sommeil. »

 

Les cavalcades de la fée

 

Et il commença par un petit baiser timide, puis, comme rien ne se passait, il donna toute son énergie dans un gros poutou bien affectueux. Toujours rien ou alors, à peine un petit frémissement de la fée. Un peu découragé, il allait cesser sa tentative quand les farfadets entonnèrent une chanson :

« Le travail c’est la santé.

Et ne rien faire c’est risqué.

Ce que tu as commencé

Tu dois le continuer

Tant qu’on t’dit pas d’arrêter. »

Un peu ragaillardi mais toujours un peu inquiet, il continua donc sa série de bisous en essayant de varier un peu les styles. Tout à coup, la fée s’éveilla et, s’étirant, baillant, elle lui dit : «Gentil Vagabond, merci de m’avoir tirée du sommeil. Mais ôtes-toi de mon soleil pour un moment, je dois accomplir quelques performances ! »

Sidéré, le vagabond s’assit et observa. Il se demandait toujours comment il allait pouvoir trouver l’eau magique et rapporter son trésor à la diseuse de songe.

La fée se tourna vers les cinq farfadets et avant qu’ils aient pu esquisser le moindre geste, d’un seul coup de sa baguette magique que personne n’avait remarquée, elle les transforma tous en poneys.

Et commença un extraordinaire rodéo.

La fée s’avéra une écuyère hors pair. Elle chevauchait merveilleusement tous les poneys. L’un après l’autre, et par deux, par trois et même tous ensemble, à toutes les allures, lentement ou vite, les entraînant dans le paysage avec jubilation et la plus ardente gaîté, chantant et jouant avec eux. Ce fut étourdissant, grisant et un tout petit peu fatigant pour les yeux. Mais après cela, le vagabond savait que la fée adorait par-dessus tout l’équitation, presque autant que la rigolade. Car à chaque numéro de rodéo, il y avait des rires, des hoquets, des étouffements quasi hystériques, tant ils se bidonnaient en cœur.

 

Le vagabond les yeux écarquillés se sentait transporté, comme en rêve, tout en ayant l’impression de vivre vraiment, pleinement ce qu’il voyait, ce qu’il entendait, de ressentir et d’entendre, sans éprouver les sensations parfois rugueuses de la vie courante. Il était comme dans une bulle de douceur et de bien être qui contrastait avec sa lassitude et ses courbatures de naguère.

Mais une question demeurait : et l’eau de la source ? Il fallait qu’il la trouve, et qu’il en rapporte à la diseuse de songes.

 

L'étalon blanc

 

Il se souvint alors que la voix lui disait de bien choisir les travaux qu’il allait confier à chacun de ses amis : se tournant vers la fée, il lui dit :

« Petite fée, je cherche la source magique : aide-moi s’il te plaît ! »

Alors la fée lui dit : « soit, je veux bien t’aider, mais tu as compris que si je ne chevauche pas monture à ma mesure, je m’endors et je redeviens triste. Amène moi l’étalon blanc et je te dirai comment trouver l’eau miraculeuse. »

Le vagabond se sentit tout désemparé. Il ne connaissait pas d’étalon. Blanc, noir ou gris, pas plus d’étalon que de poneys d’ailleurs. Poneys ? il réalisa tout à coup que les poneys sur lesquels la mini fée faisait fièrement l’écuyère étaient, il y a quelques moments à peine, des farfadets farceurs. Et qu’ils étaient à son service… 

Il se grattait la barbe en se demandant comment les faire redevenir farfadets quand il sentit dans sa main la menotte familière qui l’avait guidé tout à l’heure : baissant les yeux il vit les cinq farfadettes qui s’apprêtaient à l’entraîner dans une gentille sarabande. « Viens ! allons chercher le lutin malin ! » Il lui sembla alors que c’était la plus sage des solutions. Et les farfadettes, avec des airs de conspiratrices, le menèrent sous une vaste tente en poil de chameau.

Il croyait y découvrir un cheval. Mais sa déception fut grande : Il ne vit qu’un gros lutin un peu nonchalant qui hochait la tête en grognant, laissant son bonnet tomber sur son nez. Les farfadettes cependant, en riant et chantant toujours se mirent à l’entourer, le faisant danser avec elles. Et le lutin peu à peu se transformait, devenait plus gai lui aussi, plus fou et même un peu farceur.

Le vagabond se disait : «Ce n’est pas cela qui va me faire trouver un étalon blanc ! » Et il se désespérait.

Alors les farfadettes, dans leur sarabande infernale, se mirent à entraîner le lutin vers le lieu où ils avaient laissée la fée et ses poneys /farfadets. Le vagabond suivit en bougonnant. Il fallait bien en passer par où ses aides le menaient.

Bien lui en prit : à peine arrivé sous les yeux de la fée, le lutin se mit la regarder et il ne la quitta plus des yeux. Et elle, sans hésiter sortit sa baguette magique en disant :

Regarde-moi : je suis câline!

Petit Lutin qui dodeline,

Qui se repose et qui s'endors,

Deviens coursier si grand si fort

Que sur ton dos je caracole

Que nous prenions notre envol !!!

Et pouf ! le voilà aussitôt changé en cheval blanc. Et avec la fée comme cavalière, il s’élance pour une cavalcade échevelée, suivie et entourée des poneys et suivie de loin par le vagabond qui criait : « Attendez-moi ! j’arrive !!! »

Ce n’est qu’après une longue chevauchée qu’elle commença à ralentir et vint terminer sa course tout près du vagabond en lui disant :

« O merci mon ami de m’avoir amené ce fringant coursier, il y a bien longtemps que je n’avais pris autant de plaisir à galoper ainsi dans la nature sauvage. Pour te témoigner ma gratitude, je vais te dire comment trouver la source que tu cherches : ferme les yeux. »

 

La fontaine miraculeuse

 

A peine eut-il obéit, qu’il se sentit transporté à son tour, comme par un grand courant d’air. Ouvrant alors ses yeux ébahis, il se trouva en compagnie du lutin malin et des farfadets farceurs, au bord d’une minuscule fontaine : les plantes faisaient tout autour un décor simple et beau, le filet d’eau à peine visible alimentait un petit bassin qui semblait étonnamment profond.

Il se pencha et but un peu de cette eau pure et fraîche. Elle lui procura une merveilleuse sensation. Et surtout, la voix de la diseuse de songe qu’il n’avait plus entendue depuis un long moment reprit dans sa tête : « Bravo, vagabond, tu es presque arrivé au but. Mais attention, c’est au fond, tout au fond de la source que se trouve le secret. A toi de jouer maintenant. »

Il était consterné : il ne savait pas nager, et puis le bassin était trop petit pour lui. Que faire ? Il s’assit, la tête dans les mains, ne sachant que faire. C’est alors que le lutin malin le tira par la manche : « j’aime plonger dans les fontaines, moi : dis-moi ce qu’il faut te rapporter »

Que dire?... « Va et rapporte moi ce que tu trouveras de plus insolite. » Ce faisant, il recueillit un peu d’eau dans son vieux chapeau : il l’avait trouvée si bonne et si désaltérante qu’il voulait en offrir à la diseuse de songe en même temps que son trésor… s’il le trouvait.

Le lutin, lui se mit à plonger, non sans avoir d’abord batifolé un peu dans la fontaine : en effet, il aimait manifestement se baigner et nageait comme un poisson, plongeant et remontant, faisant des bulles et éclaboussant alentour avec la joie sauvage d’un enfant. Après plusieurs expéditions, il rapporta un objet étrange, une sorte de perle brillante et d’aspect fragile. « Vois ce que j’ai déniché ! » dit –il.

Le vagabond s’en saisit mais la perle glissante tomba et se brisa : c’est alors qu’une explosion terrible se produisit déclenchant un immense et magnifique feu d’artifice. Multicolore, fantastique et époustouflant, laissant le vagabond complètement étourdi, pratiquement évanoui.

Et c’est alors qu’il se retrouva sur le bord du chemin, à l’endroit dont il était parti. La créature qu’il avait à peine remarquée était devenue une superbe princesse qui vint vers lui en disant :

« Merci, tu m’as délivrée de mon sort funeste : aimons-nous jusqu’à la fin des âges ! »

Il eut un mouvement d’incrédulité : « Elle, si belle, et princesse ! … et moi si laid, amer et vagabond… »  Mais elle lui dit : « Regarde toi dans cette eau que tu as apportée ». Et il vit avec stupéfaction qu’il était à nouveau jeune et fringant : l’aventure l’avait transformé, rendu à lui même. Eperdu de joie, il prit la princesse dans ses bras… et…

Et ils furent heureux aussi longtemps que durèrent leurs amours.