G... comme Grâce

Le mot Grâce est chargé de plusieurs sens. Mais nous savons que c'est le cas pour tous les mots. La langue tire sa richesse de cette particularité, de cette façon de signifier quelque chose en fonction du contexte, de la nature du locuteur et du destinataire.

Pour moi, la grâce est d'abord dans le geste. J'ai donné ce conseil dans les ateliers de théâtre auxquels j'ai participé :

"Comment donner la belle image qui réconforte l'âme et fait penser de l'Homme qu'il est décidément sinon la plus belle conquête du cheval, mais du moins son égal en allure, je veux bien entendu parler de son maintien, et non de sa vitesse...

Sur scène, principalement, pas seulement, chacun doit se mouvoir avec soin: du bon usage corporel dépend l'avènement d'un geste gracieux, rare et capiteux. L'art de plier la phalange, hausser le cil ou pencher la joue se prépare, se mérite avec la mobilité attentive du regard, l'assurance mentale et l'audace articulaire.

Regarde encore et toujours et laisse rouler ton ventre libre, sur la coupe du bassin sereinement posé. Sculpte sans répit l'espace de ton œil acéré. Ouvre l'épaule, suspend ta tête au fil vertical qui soutient les formes animées au plafond céleste des nuages sans repos.

Avance au pas du monocycle lisse de la double jambe qui te porte en avant. Plexus chargé et douceur du souffle,  laisse l'air te caresser au dedans, accueille la vague intérieure, transforme l'être en agir.

N'oublie jamais que la voix, c'est le corps qui vole.

Regarde enfin au-dedans, économise chaque mouvement pour mieux l'accomplir totalement.

Du début à la fin. Ne te regarde pas penser. Ne joues pas: fais! "

Mais dans un autre contexte, grâce signifie cadeau du ciel, que l'on soit ou non croyant. Cela peut être un trait, une particularité spécialement bénéfique que j'ai reçue sans aucun mérite connu, cela peut être une coïncidence favorable, un évènement que je ressens comme signe et qui me guide quand ma raison ne m'est plus d'aucun secours (ce que j'essaie de limiter au maximum mais qui se produit malgré tout). Donc, dans le noir, dans le coaltar, parfois, la grâce constitue ma seule lueur...

Et grâce à cela, j'avance. Un peu comme le chercheur avec une hypothèse, ou le matheux avec un postulat. Et grâce à cela, je ne reste pas bloqué. Ce qui ne signifie pas que je débloque vous m'en ferez bien la grâce !!!

H... comme Humour

Comment passer une bonne journée? Comment traverser une épreuve? Comment affronter une rencontre délicate? Comment supporter une compagnie désagréable?...

A toutes ces questions et à bien d'autres encore, l'humour apporte, sinon une solution infaillible, du moins, une aide précieuse.

Si je suis capable de considérer une situation, quelle qu'elle soit d'un œil à la fois critique et  bienveillant, et d'en sourire, ou même d'en rire, alors, je peux la traverser sans dommage, en tirer le meilleur, et en conserver un bon souvenir.

Mon père avait cette réputation de plaisantin, laissant derrière lui le sourire d'une "lône" (en patois vosgien, ce mot se traduit par "farce") qu'il trouvait toujours le moyen de placer à chacune de ses rencontres.

Parmi les auteurs que j'aime vraiment, Rabelais et San-Antonio tiennent la haut du pavé. J'ai été un fidèle lecteur de "Charlie hebdo" et J'admire profondément Gotlieb...

J'aime cette posture qui consiste à déceler le dérisoire, l'insolite et le ridicule dans l'instant, à l'exprimer avec vivacité et sympathie, à en faire partager, si possible avec talent, les traits qui déclenchent le rire ou le sourire.

Une dernière remarque s'impose à propos de ce terme: à la différence de l'ironie, l'humour inclut celui qui l'exprime: je fais rire autant à mes dépens qu'à ceux qui sont visés par l'humour, même si c'est de l'humour vache: en préalable à toute plaisanterie sur un sujet, quel qu'il soit, je m'inclus moi-même dans la liste des personnes ridicules concernées par ladite plaisanterie...

I... comme Inspiration

Inspiration... Je cherche l'inspiration... comme première source de vie, premier mouvement du petit sujet autonome qui doit impérativement trouver son oxygène s'il veut vivre sans l'apport d'un cordon ombilical. Et cet air enfin trouvé me donne le tempo d'une musique exprimable : après avoir inspiré, je peux vocaliser. Même si je ne fais d'abord que vagir, cela peut devenir peu à peu langage et même poésie.

Et dès lors, je puise l'inspiration dans tout ce qui se présente. Depuis le lait maternel qui nourrit depuis toujours mon amour des racines, jusqu'à La contemplation du cosmos qui alimente mon sentiment de n'être qu'un atome, en passant par les nombreux et riches messages hormonaux qui en moi circulent et me procurent notamment le désir, la capacité intermittente d'aimer : j'inhale et je restitue tout cela. Je me sens un tantinet créatif, pourquoi pas créateur ??? à l'image de ...

Inspiré : tiens, avec ce mot, j'en viens au mode passif. Si c'est moi qui suis inspiré, je navigue dans la tuyauterie d'une autre entité ? Peut-être est-ce là que Je peux rencontrer l'Inconscient, et décrire ce qui me meut à mon Insu ? (je vous fais grâce de mon plein gré) Inspiré, donc, j'exerce ce que j'ai reçu et cultivé comme talents. Sans fausse modestie, mais aussi sans orgueil car je sais ce qui m'a été transmis, et je m'efforce de ne pas rompre cette chaîne de l'humanisation jamais achevée.

Et j'oriente mon inspiration vers les tâches civilisatrices : comment produire ce qui réjouit autour de moi ? Comment s'inspirer des maîtres sans les trahir? Comment aimer? Comment ne pas nuire tout en cherchant la liberté?

Entendre, écouter, parler, tenir parole, lire, écrire, recevoir et rendre, donner et prendre, garder et transmettre ... décidément, ça m'inspire !!!

I comme Identité

Stop! carte d'identité s'il vous plaît !!!...

En ces temps de conflits violents, j'ai eu l'envie de rassembler quelques idées au sujet de cette question : qui suis-je et qu'est-ce qui me différencie d'autrui ? (l'étranger par exemple).

Ecrire sur l’identité c’est tenter de clarifier cette position de chacun par rapport à la conscience de soi. Cette clarification comporte des aspect statiques et des aspects dynamiques, des aspects personnels et collectifs. Elle nous emmène dans l’éducatif, le psychologique, le philosophique, le juridique.

 1.     Aspect psychologique : les premières étapes de la constitution d’une identité.

  • L’identité est gigogne : c’est un autre en moi que je nomme “ moi ”.

 En premier, pour pouvoir parler, pour pouvoir communiquer, l’être humain doit paradoxalement être coupé du réel : il n’a du monde et de lui-même que des représentations. Cette condition, la condition humaine, est décrite par le psychanalyste Jacques Lacan dans “ le stade du miroir ”, mais avant lui par Platon avec le mythe de la caverne : l’homme ne perçoit que les apparences, les reflets du réel.

Quand le jeune enfant franchit, vers deux ans, le stade du miroir et qu’il se dit en voyant son image, “ c’est moi !” ce truc avec des traits, une forme, une allure, c’est “ moi ”, un interlocuteur intérieur se met en place et dès ce moment, une image se trimbale dans son univers, avec l’étiquette “ moi ”. Il va alors entretenir avec cette image un dialogue quasi permanent. L’expression utilisée pour exprimer une pensée : “ je me dis… ” révèle ce dialogue intérieur. Ce dialogue est le support du rapport à autrui.

  • Les identifications.

La personnalité, donc l’identité se constitue et se différencie par une série d’identifications : tout d’abord sur le mode primitif d’une assimilation, l’enfant incorpore littéralement l’image de sa mère et celle de son père (ou des personnes qui le maternent). Ensuite, de manière conflictuelle, vont se superposer, sédimenter, des images successives, les unes tendres, les autres hostiles, reflétant le désir de fusion puis la rivalité œdipienne. Enfin, les personnes de l’entourage familial vont permettre à l’enfant de se constituer une véritable “ banque d’images ” dans laquelle il va puiser. Le moi idéal est fabriqué de cette manière en fonction de la manière dont telle ou telle personne proche est fortement valorisée par la mère ou le père.

  1. 2.     Aspect éducatif : répondre à la complexité par la diversité.
  • L’identité est forcément complexe et contradictoire.

Pour accepter un dialogue avec autrui, il faut lui prêter des capacités et des qualités proches de celles que l’on perçoit de “ soi-même ”, des défauts aussi, des manques, des perversions que quelque part, le sujet ne peut identifier que s’il les a également entrevues dans l’image de soi, tout en ayant la conscience, ou l’illusion, ou l’espoir de les tenir à distance… la haine, l’envie, la duplicité, il va très rapidement les “ prêter ” à autrui et décharger l’image de soi de tout ce qui en est désagréable pour sa satisfaction. Complexité de ce mécanisme : si l’entourage valorise quelque trait, alors, il va les cultiver. S’il est bien vu d’être plus fort, plus méchant, de ne pas se laisser “ avoir ”, alors, il cultivera ce qui pour d’autres sera considéré comme “ défauts ”, c’est à dire manque ou tares.

Dans ce processus précoce, on peut affirmer que chacun hérite sa part de turpitude en même temps que sa part de beauté : tout ce qui est identifiable pour soi ne l’est que s’il rencontre l’écho dans son système, donc si, quelque part, il l’a aussi. Autrement dit, ce que le sujet est capable de nommer, d’identifier chez autrui comme détestable, c’est qu’il l’a également identifié en lui-même. Sinon, il est dans la totale “ étrangeté ”, et ça, c’est une autre histoire : celle de la folie ?

  • La constitution de l'identité exige un lieu dans lequel le sujet se sent en sécurité.

Cette élaboration psychologique et affective se construit à certaines conditions. Le fait d’être bien materné, donc de se sentir bien en sécurité, chez soi, permet à l'enfant de “ savoir où il habite ”. Lien très puissant de l’identité et d’un “ territoire ”. Pour pouvoir dire “ je ”, il faut d’abord être quelque part. Les repères spatiaux ne sont pas uniquement des repères d’orientation et d’équilibre, mais, comme leur nom l’indique des prolongements organisateurs dans l’espace d’une structure qui s’enracine dans l’intégration du triangle “ père – mère - enfant ”. Schématiquement, la parole de la mère qui nomme le père et la séparation entre la mère et l’enfant signifiée par le père sont des étapes indispensables de cette construction.

Le manque d’un territoire sécurisé et sécurisant peut donc fragiliser la conscience de soi et rendre plus fluctuante la position de maîtrise que tâche de prendre l’être humain civilisé. Bien plus qu’un territoire physique, il s’agit d’un paysage habité d’êtres chers et familiers. Une sorte de pays intérieur indispensable.

  • Le paradoxe fondamental : semblable et unique.

Identité renvoie à idem : “ le même ” et à l’unicité, le fait d’être soi-même et pas un autre, radicalement différent. La construction de l’identité, c’est le travail de ce paradoxe, être conscient d’être absolument unique, tout en reconnaissant l’identité entre cette image de soi et soi, ainsi qu’entre soi et autrui. Vouloir se distinguer. C’est un trait constant de l’adolescence. Dans l’image que tente de voir, de cerner l’adolescent, il y a un ensemble de traits qui lui vont, et d’autres qui ne lui vont pas, ainsi qu’une série de manques. La construction de son identité se réalise dans un allant - devenant, prenant et reconnaissant tel ou tel trait de l’entourage, proche ou imaginé, rejetant ou refoulant sans s’en débarrasser tout à fait tel ou tel trait qui lui font horreur... Distingué : ce n’est pas pour rien que bien des manifestations agressives se produisent quand un sujet ne se sent pas respecté : il ne reçoit pas la “ considération distinguée ” que les formules épistolaires conservent de manière révélatrices.

Il y va alors de la “ face ” que l’on perd à travers tel ou tel épisode de la vie relationnelle. Atteinte à l’image de soi, donc quelque part à l’identité supposée. Et les mots ou les gestes les plus anodins ont ici leur place capitale.

 Les réponses éducatives doivent être à la mesure de cette complexité.

L’éducateur se trouve donc face à un sujet contradictoire, qui réclame à la fois une reconnaissance de son unicité et revendique d’être comme tout le monde, qui veut être bon, mais fort, qui veut à la fois se faire aimer et respecter. Son travail qui consiste à relayer hors de la famille les rôles parentaux, se trouve bien souvent confronté aux carences que la famille ou son absence ont créées.

Le travail éducatif se traduit donc bien souvent, si l’éducateur veut faire face à cette situation, par la mise en place d'un milieu varié, attrayant, structuré : repères de temps, de lieux, règles explicites et moment de paroles, possibilités de relations instituées avec des interlocuteurs aussi multiples que possible. Ce tissu à la fois souple et ferme peut permettre le remaniement des identifications*, c’est à dire les changements qui rapprochent le sujet d’un être social capable d’entretenir avec autrui des relations gratifiantes : devenir “ d’un commerce agréable ”.

  1. 3.     Aspects sociologique et philosophique : le sujet dans la caravane des humains.
  • L’identité collective : un schéma réducteur, mais un besoin universel.

Existe-t-il une identité collective ? Une langue maternelle, mais également des jeux d’images plus proches les unes des autres, une parenté entre des séries d’images qui vont ainsi rapprocher des séries de sujets à travers leurs valeurs, leurs croyances, leur image de père, de mère, leur manière de résister à la douleur, à la frustration, à la solitude ou à la foule, tout ça s’inscrivant dans un système appelé nation, religion, culture ou bande : ainsi se constituent des groupes humains séparés, identifiés.

Cette identité collective se traduit par des appellations : les “ français ”, les “ belges ”, les “ espagnols ”, les “ immigrés ”, les “ juifs ” , les “ black ”…Ce qui se nomme ici quand on parle d’un groupe ou d’une communauté, renvoie à des valeurs supposées communes, à une image composite donc forcément réductrice et schématique.

Cette identité collective marque des séparations, souvent exagérées. L’exploitation de ces images schématiques et l’adjonction de jugements de valeurs peuvent ouvrir la porte au rejet d’autrui, s’exacerber dans les dérives racistes.

Pourtant, on ne peut en faire abstraction. Les documents, cartes d’identité, carte de membre, signes distinctifs et autres tatouages sont autant de preuves des besoins puissants que l’être humain manifeste à l’égard d’une identité collective. L’Homme désire vraiment appartenir à une communauté dans laquelle il se reconnaît et qui le reconnaît comme un de ses membres.

  • L’individu, illusion inhumaine d’autonomie ou la personne, sujet dépendant et parlant ?

 Même si on reconnaît une parenté de groupe, en dernier ressort, chaque identité est entièrement “ sur mesure ” et indépendante, entièrement liée à la chaîne des images transmise pendant la petite enfance. Elle n’est pas collective. Est-elle pour autant individuelle ? Pas davantage : l’individu est un concept artificiel. Il n’existe pas d’humain sans autrui. Pas d’acquisition langagière ou d’apprentissages et d’accès au symbolique si l’être est privé de contact avec d’autres hommes. L’individu n’est qu’une construction abstraite, justifiant les idéologies marchandes. Marchandise et clientèle, l’individu se vend et s’achète : il se déshumanise. Seule la personne est authentique et parle. Et la personne est un sujet unique entièrement reliée, entièrement solidaire et dépendante, liée à l’humanité à laquelle elle sait ce qu’elle doit.

Liée donc aliénée, la personne est prise dans ses conditionnements, ses affects, sa culture, ses limites physiques et intellectuelles. Aliénation : Identification “ ça colle ” … Désaliéner : nous ne sommes jamais des alliés nés, mais nous pouvons y tendre. Travailler sans cesse à décoller, feuilleter ces images de manière à reconnaître celle de l’autre semblable à moi-même et lui redonner le statut fraternel qu’elle confère à tous les humains qui me relient au monde à travers l’image de moi qui m’a définitivement coupé du réel quand j’ai commencé à parler. Articuler, telle est la véritable voie d’une désaliénation sans cesse à mettre en œuvre. Articuler moi et autrui, faire jouer l’un par rapport à l’autre en respectant une grammaire : règles qui relient statuts fonctions et rôle.

  • Statut, fonction, rôle.

La fonction qui m’est impartie par un groupe social, nommée et définie dans les termes d’un contrat s’accomplit ou échoue selon les modalités de transfert qui se nouent entre les personnes participant à ce jeu. La fonction est assez simple à définir. Plus compliquée à mettre en œuvre, comme tout ce qui repose sur ce fameux transfert. Ainsi, ma fonction peut être de transmettre un savoir académique, ou encore de veiller au respect d’une règle sociale, ou encore d’aider quelqu’un momentanément dépendant à accomplir certains actes ou à s’adapter à une situation.

Le statut est une position que les autres me prêtent. Sorte de capital de savoir, de puissance, de capacités attribuées, ensemble de qualités et de défauts susceptibles de permettre à celui qui occupe ce statut d’agir et de réagir selon les stéréotypes de celui qui imagine ce statut. Pour les personnes auxquelles s’adresse un sujet, le statut de leur interlocuteur est nommé par un métier, un niveau, un diplôme, et il s’emplit des contenus liés pour ces personnes à l’image qu’ils ont d’un chef, d’un père, d’un pygmalion, voire d’un pauvre ou d’une victime. Le statut est un état supposé.

Le rôle est une image de lui-même que se construit le sujet dans sa relation à autrui. Puisant dans son histoire, il assemble des morceaux de ceux auxquels il s’est peu à peu identifié, bâtit un personnage et le fait réagir en lui attribuant l’appellation “ moi ”. L’insu est de rigueur : je ne sais pas de qui sont les fragments qui me permettent de jouer mon rôle. Sauf à pousser l’investigation et reconnaître (souvent avec douleur) que je ne fais que répéter - répéter un rôle - dont je croyais avoir inventé les actes et les paroles, alors que je n’en invente que l’assemblage. Ce qui n’est déjà pas si mal.

Conclusion

C’est donc à un jeu de bonneteau dans lequel se déplacent et se substituent, se recouvrent et se distinguent dans un mouvement permanent les images identificatoires que nous sommes conviés. La conscience de soi pourrait être la capacité à choisir celles qui se rapprochent d’une certaine réalité. Autant dire, qu’on reste toujours en deçà de la conscience, que l’inconscient nous pend sans cesse au nez. La maîtrise pourrait être la capacité à savoir, comme au bonneteau où sont les différentes images et à quoi elles correspondent : autrement dit, ce que je crois maîtriser n’est déjà plus vrai dans l’instant où je le pense. La Maîtrise est une illusion. Illusion utile, mais illusion tout de même : seule la modestie est ici de rigueur. Et l’aventure éducative, part de l’aventure humaine, consiste à tenir convenablement, sans prétention, son rôle dans l’histoire sans fin de la lutte passionnante de l’Homme contre toutes les formes d’asservissement… ou d’aliénation.

 * voir les écrits du psychanalyste Jean OURY

I comme Inadvertance

Ce mot renvoie à un autre de même initiale, l'Insu. Ma pensée et mes actes obéissent à mon esprit conscient, mais ce dernier est comme un iceberg : ce qui apparaît, ce qui se dit ouvertement et consciemment ne représente qu'une fraction de mon activité cérébrale.  Les 9/10 sont inconscients, immergés, presque inaccessibles. En laissant venir, en ouvrant les vannes et en plongeant dans les étranges profondeurs de la parole qui se dépose, entre les lignes, se dessinent des figures inattendues. Par surprise, un peu comme se révèle une photo argentique dans l'hyposulfite*, je  tâche de faire émerger ce qui ne va pas de soi. Même si, par ailleurs, je cultive avec force la simplicité, de langue et de concepts, essayant toujours de me faire humble et d'être compris de tous.

Ce terme est le plus souvent inclus dans la locution "par inadvertance" qui signifie également comme distraitement, sans faire exprès, de manière décalée, peut-être un peu inadéquate. Mais ce côté légèrement déplacé permet peut-être, en tous cas je l'espère, de mettre dans le mille : l'archer, pour atteindre sa cible, ne doit-il pas justement lâcher prise ?

Je voudrais donc, par inadvertance, toucher le cœur de mes semblables, dans ce que nous avons en commun d'humanité, faire jouer des ressorts qu'on cache pudiquement, mais qui restent les plus puissants leviers pour soulever la terre... à condition de disposer d'un point d'appui, comme disait Archimède. La plume en est peut-être un ?

*Hyposulfite : ce produit est étonnant : non seulement c'est le révélateur des photographes, mais il sert également d'antidote contre les gaz de combat. A méditer.