D comme Désir

Oser définir ce mot, c'est carrément basculer dans l'hallucinant. Le désir c'est l'essence, vieux carburant constitué de carbone fossile, mais recyclable à l'infini, essence de l'être également, donc cœur et pompe et fluide, tout à la fois... Une précision utile : lié au sexe dans le sens commun, le désir est en réalité omniprésent, il colore, inspire, gouverne toutes les activités humaines. Si je tente un effort ténu de sérieux, le désir me meut vers l'avant du temps, il est mon allant. Je désire, donc je vis. Quant à l'objet de mon désir, il flamboie, chatoie, se pare, étincelle et se renouvelle sans cesse, sous peine de panne. Panne de désir qui prend parfois la mine d'une impuissance, mais le plus souvent celle d'une anorexie mortifère. On ne désire que de son manque, et Dieu merci non ? car "besoins comblés = désir perdu"... un doigt de frustration met donc en appétit, sinon en rage pour certains qui ne savent pas transmuter le plomb de  leurs colères en l'or d'une action. Action qui n'en est que meilleure si elle est concertée, partagée, distillée et concoctée: le désir peut conduire à la jouissance, pour peu que l'on se laisse (sur)prendre au jeu. Là où il y a du jeu, du mouvement possible, autant que du ludique, la rencontre de l'autre laisse s'épanouir quelque chose d'inattendu, d'ineffable. Et ce processus entraîne tout mon être vers l'avant, vers l'allant. Plein d'allant, je vais et je deviens... autre moi-même. Ainsi est le désir.

D comme Différer

Dans le parcours d'un enfant vers l'âge adulte, la capacité de différer, d'attendre, de renoncer à l'immédiat est fondamentale. Et j'ai l'impression (peut-être erronée ?) que le mode de fonctionnement du monde oublie de plus en plus cette nécessité fondamentale, ce savoir essentiel : la capacité à différer. L'enfant veut tout et tout de suite. L'individu apparemment adulte, qui demeure dans cette mentalité reste infantile et dangereux pour lui-même et pour autrui. A mon avis, celui qui obéit au caprice de l'instant risque de ne connaître ni le respect, ni la loi.

Comme tout un chacun, j'ai du apprendre à différer. Ce qui vient alors, en son temps est bien plus savoureux, comme un fruit bien mûr, attendu et mérité, résultat des efforts, apportant aussi les satisfactions de l'objet arrondi et poli ...

Différer c'est aussi être différent. Ce qui évoque pour moi, la distinction, l'être unique que je suis, que tous sont autour de moi. "Salutations distinguées" : bien plus qu'une formule polie, c'est l'affirmation que je reconnais l'autre comme différent et unique, et que je m'affirme moi-même comme différent et unique.

Mine de rien, cette attitude permet de voir le monde avec l'ouverture d'esprit qui contient la paix.

E comme Eau

L'eau et la vie

 L’eau vive, source et nourrice, milieu originel de toute cellule et condition d’apparition de ce mystère insondable : la vie. Certains nomment « soupe primitive » l’eau des lagunes dans lesquelles les molécules de la vie se sont peu à peu assemblées. Ce qui est étrange et peu probable dans l’univers, c’est l’existence de températures et de pressions qui permettent à l’eau d’être liquide.

L’humide, liquide source, solvant universel : à la fois refuge contre les terribles rayons du feu solaire et capable de capter, de retenir et de redonner des éléments chimiques.

Milieu primordial, amniotique et marin.

Salé de tous les corps et protection contre toutes les corrosions.

Mer amère et mère chaude : l’eau est le milieu de la vie contenue dans toute les cellules, elle est le monde dans lequel ces cellules sont nées, ont vécu et se sont nourries.

Bain doux, avec ou sans sels et sans contraintes, l’eau est le berceau de tous les essais de la vie naissante.

L’eau et le désir

Etreinte lisse de l’eau qui lave et baigne les corps qui s’y abandonnent.

Peau sans grain ni chagrin

Chaleur enveloppante et bulles tropiques

Trop pique

L’eau qui dort et la vague qui noie, le flux et son double.

L’eau purifie, rafraîchit et procure la détente, supprime la pesanteur et transporte

Elle transporte au loin la nef des fous et des rêveurs.

Et parfois, les noie.

L’eau qui dort se fait miroir des cieux et des nuées

Elle frémit au moindre souffle

Et sert de patinoire aux intrépides insectes qui la prennent pour piste.

Elle capte et reflète les rayons, prend toutes les teintes impossibles

L’eau qui dort ne se repose pas. Elle veille sur le monde sensible.

L’eau et la terre

Du glacier qui économise l’eau des siècles passés et lentement la livre en gouttelettes froides

Au filet de névé qui grandit

Et dévale,  et grossit et se jette en cascades fumantes,

L’eau prend à la fois son élan, sa puissance : énergie fantastique qui se mue en fée électrique ? Au fil du temps d’un cycle, l’eau parcourt le ciel, et devient cristal étoilés de neige, masse compacte et minérale des séracs. La percolation lente, qui à la fois enrichit et purifie le liquide dans sa patiente traversée des couches souterraines lui donne son vernis civil, mais elle résiste et demeure indomptée.

L’eau creuse et patiemment sculpte, façonne les concrétions des grottes calcaires, stalactites (et mites) ou voilages nacrés de folles audaces souterraines.

Elle laboure et ravine et bouleverse les flancs des monts et les lits des fleuves et les grands lapiez,

Au désert elle emporte tout.

C’est toujours elle qui triomphe, avec la complicité du temps.

L’eau et le feu

Dans les tréfonds, les luttes titanesques entre laves et marines

Solfatares ou volcans secrets

La lutte est constante depuis le déluge.

Le déluge n’est pas un mythe : il a bien fallu que tombe la pluie pendant des milliers de jours et d’années pour que les océans vivent enfin dans cet univers de lave incandescente…

Et si la couleur du feu se manifeste encore chez ses serviteurs, alors, les cheveux et les regards sont à l’affût de la paresse que l’eau tente de susciter pour mieux noyer le poisson.

Il y aurait encore beaucoup à dire … Ce sera peut-être pour une autre fois, si mon eau ne me quitte pas (voir ce qu’en dit Franck Herbert dans « dune »)

E comme Ecrire

N’écrire que de tripe et de taille, écrire, c’est souffrir. « Ecrire, c’est le contraire de la paresse »… avertissement pour tous les bons donneurs de conseils ou d’ordre, vieil adage d’un maître, de mon maître, mort hier*, un fou d’écriture, et surtout de transmission. Mes carences aussitôt remontent en bloc. Sa disparition m'a touché et poussé à hisser la plume au vent, à lisser le vif argent du désir pour le faire entrer de force dans les mots qui à la fois réduisent et affinent, faisant fuser le sens.

  • Et le sens fuse jusqu’à la profusion du verbe.
  • Et cri. Ecrire est éruption de sons poussés sans garantie : le risque est entier. Que de vertige en cet instant ! l’apesanteur accompagne une sorte de saut de l’ange et caractérise l’acte. Si j’écris je suis sur orbite. Univers enroulé, giration vertigineuse. Je perds pied et mes repères se transposent à l’espace cosmique. Voilà pourquoi peu s’y risquent. J’écris, et le cri porte à l’infini d’oreilles qui , trop souvent sourdes, renvoient le son vers l’auteur, créant une illusion de réponse en écho, mais aussi le tuant plus sûrement que tout autre projectile.
  • Et cri tu. Tu, inévitable adresse, l’autre sur qui ça tombe, où est-il ?Dérobé dans l’inconscient d’être auteur à son insu de ce désir de crier, de créer. Tu se fait rare ? l’écrit tarit.
  • Et cri tu re. Re… répétition finale, comme une petite figure musicale qui donne à l’instrumentiste la possibilité de redonner allègrement une dernière fois le thème qui insiste. Quand c’est fini, ça recommence, ça subsiste au moins en partie, ça rémane un petit peu. Un petit coup de retinton.

Il revient tendrement le re… remettons ça encore une fois sur le plateau, dit le metteur en scène, remettez en une tournée dit l’assoiffé, allons un peu de nerf ! Reprenons s’il vous plaît la mesure précédente, encore un tour de piste, encore une minute, s’il vous plaît monsieur le bourreau…

Ecrire, c’est gagner du temps... mais aussi, ma petite façon de dire, c’est d’écrire… n'écrire que d'amour, amour de l'art, amour de l'autre, amour de la vie.

Suspendu par la cheville au-dessus du fleuve, englué irrémédiablement dans un quotidien rabougri, je saute à la corde par dessus les néfliers d’un horizon gaillard. L’arc en ciel avale mon spleen et vient délicatement iriser les cases de ma journée. Unique et splendide artifice, bouquet de nuances rares, il fait chanter mes cellules grises de mille teintes exquises. Et je me jette du haut de cet arc, tendu entre rives de rêves, je plonge aux vagues d’un oubli trop sérieux pour demeurer malin.

Evanescentes, les couleurs s’enroulent à ma langue, arrangent ma harangue et façonnent les mots qui glissent un à un, sans heurts, et se posent sur la peau comme fleur sur l’eau.

Les cœurs s’enroulent à leur tour dans un joyeux satin, tambourinent en mesure, en lendemain qui chante. Unique. Naissance de l’aube. Vouloir bien : que ça de vrai ! bien vouloir et donner, recevoir et poser sur un pré son panier, et poser son baiser sur un nez, et couler la main sur les pierres douces du chemin. Hululer et lover tous les doigts dans l’azur de la source.

La voix peut tout emplir quand elle devient inutile. Elle s’amplifie dans le dérisoire, orne un espace déjà dense, et danse au son du buisson ardent que personne ne semble remarquer, même du coin de l’œil. Le rapide clin d’œil balancé  en douceur sur l’arc d’un corps, accord parfait, dire encore, puis rêver, se taire.

Oser parler pour pas paumer, oser toujours effleurer les sujets en pétales qui s’effeuillent au vent du temps qui passe, le salaud… passe et file, et lisse peau, le jour finit, demain bientôt rasera le toit de tente de mes propos, apaisera l’amer et frisera les sourires.

Demain bientôt le ciel humide ensoleillé répandra sur sa toile, décors cosmiques, palette des corps et chant de cordes finement accordées : l’arc en ciel que j’aime : rouge et noir et violoncelle.

 

E comme Entretien

Qui n'a pas vécu, subi ou dirigé un entretien, drôle de dialogue dont souvent l'enjeu est crucial ?

Voici, un essai de transcription des pensées intimes d'un personnage, filigrane du dialogue qui, lui n'est pas transcrit,  au cours d'un entretien important, première rencontre, peut-être d'une longue série... Les questions de l'objet de l'entretien, de ses enjeux et de ses suites restent totalement ouvertes.

"Entre tien et mien, il y a peut-être l'espace d'un nous qui noue l'entre-deux d'un geste esquissé. Est-ce qu'elle sait ce que je pense ?

Pause.

Et je dépose un temps mon malaise à penser. Thèmes à trouver... Jeux : thèmes à jouer : je joue à semer des mots qui citent l'implicite que chacun sait mais non dit.

Thème un, peu connu, l'animalier...Lièvres à fourrure et renard roux qui lisse son lapsus: car est-ce si doux le roux, pour la couleur où pour le lieu de l'automnal pelage ?

Thème deux, deux temps et trois mouvements... un temps pour toi, un temps pour moi et trois mouvements de geste de valse en tourbillon léger qui pose un duvet sur l'onde.

Et trois, étroit thème, lièvre levé, et qu'on signe : respect de la consigne! On signera donc sur l'oreille, oreille de lièvre, oreiller de plume et drôle d'intention.                   

Attention à l'intention de fermer : pour que l'histoire refleurisse, il faut s'ouvrir, s'ouvrir à l'angoisse, à l'angoisse même de l'obstacle abrupt, et de l'obscur désir de mort, à l'angoisse du remords anticipé de n'avoir pas su, ou même du remords qui mord ce que l'avenir me réserve... à l'angoisse du bonheur: si d'un fil de regard j'en étais tout à fait convaincu? Convaincu de bonheur, comme on peut l'être de crime.                 

Spirale qui s'élargit comme le sourire du chaton dont l'œil s'allume au vu du rayon de soleil jouant sur  la feuille de tremble : essayer le silence et craquer enfin, d'un abandon de lèvre, et dire des mots d'insoutenable légèreté."

E comme Egoïsme

EGO et ALTER sont dans un bateau...

Serais-je Janus ? (dur à dire n'est-ce pas?)

Après quelques années de pratique des relations humaines, voici comment je perçois ces deux modes de contact avec mes semblables.

EGOISME

L'égoïste se préoccupe de lui-même et mesure toute chose selon ce qu'il reçoit. Il compare toujours ce qu'il a avec ce que ses semblables autour de lui ont ou semblent avoir. Il n'a jamais assez, revendique toujours davantage. Les sentiments et les états d'âmes engendrés par l'égoïsme sont donc essentiellement la frustration et l'insatisfaction, l'envie et la jalousie. Il éprouve aussi de temps à autre l'éphémère plaisir de recevoir, mais son plaisir est le plus souvent gâché par celui d'autrui quand cet autre près de lui reçoit aussi quelque chose. Le plaisir de recevoir pour l'égoïste pourrait se définir aussi comme celui d'être le seul à recevoir telle ou telle chose. Il veut la chose et en exige l'exclusivité.

ALTRUISME

L'altruiste est tourné vers l'autre avec empathie. Il se préoccupe de ses interlocuteurs, les écoute et les entend, de sorte qu'il cherche à leur donner ce qu'ils souhaitent, selon ses moyens. Il agit et donne avec générosité. Les sentiments qu'il éprouve sont donc le plus souvent joies et peines partagées, avec pour dominante la joie de donner du plaisir ou du réconfort. Les peines partagées sont allégées par le fait que leur partage en divise le poids. Et le réconfort qu'apporte la sympathie (littéralement "pathos=souffrir"  "sym=avec") donne à celui qui s'en nourrit la joie de ne pas se sentir seul devant les revers de la vie. L'altruiste reçoit à la mesure de ce qu'il donne. Et comme il n'attend rien, chaque chose reçue a pour lui la saveur d'un pur cadeau. Il ne connaît la frustration qu'a travers les rejets que lui infligent parfois ses plus proches, ceux dont il croit que les liens sont "indéfectibles" mais même en ce cas il trouve en lui-même la force de pardonner et d'aimer, donc de transformer les souffrances en joies.

ALTER-EGO le jeu-nous

Alter-ego signifie aussi "l'autre moi"... je suis à la fois ces deux personnages. L'autre et moi, l'égoïste et l'altruiste. Lequel vais-je nourrir et renforcer ? Chaque instant me laisse le choix.

Et selon celui que je vais alimenter par mes actes prendra le pas sur l'autre, et je recevrai mon salaire.

E comme Être

J'ose enfin aujourd'hui, tard dans ma vie, affronter cette question de l'Être. Bien sûr, en partant, comme on suit une piste, du "je pense, donc je suis" je me rends compte (littéralement je rends des comptes à moi-même, ce qui demande une honnêteté intellectuelle scrupuleuse), je réalise que cette question précède, sinon domine chez moi toutes les autres.

Je dois beaucoup dans cette prise de conscience aux écrits et paroles du psychanalyste mathématicien Daniel Sibony qui dit notamment que "se tenir devant l'Être, c'est ce qui appelle à être autrement, à se tenir debout devant l'infini des possibles" ou encore à voir "qu'il y a des possibles autres que le seul possible apparent qui s'avère impossible".

Mon désir de savoir me conduit vers tant d'infinis, aussi bien dans l'espace (imagine seulement ce que représente une seule année lumière, et par conséquent, la distance jusqu'aux confins de ce monde...) que dans le temps (à l'échelle d'un siècle, comment réaliser ce que sont les millions d'années, a fortiori les milliards...???). Et pourtant, tout ça tourne et tourne encore. Et si je me tourne vers les secrets de la vie, de la cellule, de l'ADN, des molécules, l'infiniment petit donne la même sensation de vertige. Aux limites de la pensée, pour les cerveaux les plus riches, les plus inventifs, il se trouve toujours cette évidence: la bulle qui se gonfle de nos connaissances et de nos découvertes ne fait qu'accroître l'interface avec ce qu'elle ne connaît pas encore. En gros, plus je sais et je comprends de choses, plus la masse de mon ignorance augmente à mes propres yeux. Alors, mon désir de savoir devient désir d'éternité.

Et j'aspire alors à quitter l'étant pour enfin affronter l'être, être passé, présent et à venir, à ne plus chercher la clé du monde dans une quête de connaissance, mais à consacrer davantage mon énergie et ma pensée à cultiver soigneusement une manière d'être à tous les temps possibles.

F comme Fils

Je suis le fils de... J'ai un fils... nous, les fils de ce père... quel étrange mot qui semble d'abord être un fil, du genre qui relie, qui tient liées les générations, et puis qui ne s'écrit pas comme ça se prononce. Puisque "fils" se lirait "fil", au pluriel, donc plusieurs fils, reliant les uns aux autres des hommes et des femmes ayant enfanté, sans qu'on entende le "s". Et ce qu'on entend, c'est "fiss". Comme si ce descendant se rapprochait du subjonctif de faire. Le fils évoquerait ainsi l'action putative ??? En mettant au monde un descendant mâle, je m'inscris et je l'inscris, je nous inscris dans l'action, dans la succession de faire, d'élaborer le monde. Avec un soupçon de créateur, donc je deviens cofondateur d'humanité. De même qu'en me connaissant, en me reconnaissant "fils de...", je me situe dans une lignée constructive, dépositaire d'un patrimoine et du devoir de transmettre ma parcelle d'humanité.

Si cela vous paraît confus, pardonnez-moi, mais à moi, cela semble d'abord vertigineux et c'est cet abîme des générations que j'ai essayé de rendre en quelques mots. J'aurais pu aussi écrire "F... comme famille" en reliant les fils et les filles aux pères, aux mères, aux aïeux, aux petits enfants, dans ces chaînes complexes qui bâtissent le monde et dont le détricotage aujourd'hui réduit en miettes friables les groupes sociaux, les nations, les tribus. La fraternité aussi commence par cette lettre et elle fonde notre vivre ensemble.

F comme Fraternité

J'aurais pu choisir aussi F comme Formation... et ma formation justement est celle d'un hussard de la république, puisque je suis issu de ces écoles disparues, à savoir, Ecole Normale d'Instituteurs. Cela n'a l'air de rien mais j'y ai reçu l'amour de cette devise aujourd'hui trop légèrement chantée par bien des hypocrites qui s'assoient dessus... Liberté, Egalité, Fraternité.

Cette dernière flamme est un peu malmenée par l'appropriation constante des richesses par ceux qui en possèdent déjà plus que tous... Après la seconde guerre mondiale, en France, a été pensé et mis en actes une mode intelligent de vivre fraternellement: que tous cotisent pour permettre à chacun d'être à l'abri des fléaux que sont la misère, la maladie et la vieillesse. Ce système que le monde nous a souvent envié ou jalousé s'appelle sécurité sociale. Je souligne que ce n'est pas l'impôt qui le finance, mais bien des cotisations versées égalitairement : riches ou pauvres, patrons ou salariés, nous sommes tous frères devant ces galères déjà nommées.

Cette fraternité, je la ressens et je la vis au jour le jour aussi bien sûr dans les paroles, les actes quotidiens échangés à l'occasion des joies et des peines. C'est le sel de la vie en société qui sans elle serait fade et cruelle.

Mais c'est dans les institutions qui en traduisent le mieux l'expression collective (donc politique) que ce mot pourrait prendre sa pleine puissance. Et j'ai envie d'en crier la louange, de la défendre haut et fort contre les chantres de la compétition. Aujourd'hui, malheureusement, ce n'est plus "Que le meilleur gagne !" mais "Que le plus retors, le plus sournoisement violent l'emporte"... La fraternité a pour corollaire la coopération. Littéralement, comment faire les choses ensemble, comment substituer au cri du loup (ou..ou..) le cri fraternel (et...et...), comment devenir des alliés? Nous ne sommes pas des alliés nés, mais nous pouvons apprendre à le devenir. La coopération fraternelle ouvre peut être la porte à l'amour de l'humanité ?