A comme alphabet

Cette extraordinaire découverte qui a permis à l'être humain d'inscrire par des signes combinés, sur un support durable, donc transmissible, des pensées, cet assemblage artificiel et convenu, ce code, qu'est l'alphabet me plonge dans la plus profonde méditation.

Les découvertes de la physique nous révèlent que l'univers, la matière, donc les êtres vivants comme tout le reste, sont constitués d'éléments qui s'assemblent et se combinent. Au départ, très peu de particules différentes, mais ce sont les combinaisons qui se multiplient au fur et à mesure des assemblages et qui font "sens" : le mécanisme est exactement celui d'un alphabet. A cette nuance près que les alphabets inventés par l'Homme sont plus compliqués donc moins parfaits que ceux de la nature. En effet, ils nécessitent beaucoup de lettres. Les alphabets de la nature sont si épurés qu'avec seulement 3 particules (neutron, proton et électron) on peut, en les assemblant, fabriquer toutes les substances connues dans le cosmos, ou encore, avec les 4 types de nucléotides, les chaînes moléculaires qui pilotent l'hérédité ont pu inventer tous les êtres vivants, depuis les virus jusqu'à l'Homme. Le monde résulte donc d'un alphabet qui sans cesse, combine et recombine les particules élémentaires, et puis telles des poupées gigognes, les objets ainsi formés deviennent eux-mêmes les lettres d'un autre alphabet à plus grande échelle, et ainsi de suite, de l'infiniment petit à l'infiniment grand... de l'infiniment simple à l'infiniment complexe, mais aussi, du minéral à l'organique, de l'organique au psychique, du psychique à la conscience, de la conscience à L'humanité... qui a inventé l'alphabet pour mieux communiquer. Ne devrais-je dire plutôt découvert ? alphabet, tel une clé qui ouvre à l'esprit les espaces infinis de la connaissance et de l'Autre.

A comme Artiste

A bâtons rompus, sans références culturelles, juste pour dire.

A fleur de méninge, celui qui se tortille dans l'incertitude d'être ou ne pas être un artiste, qui souvent l'est plus qu'il ne voudrait, celui-là donc est étranger à la ronde médiatique de fariboles galvaudées qui nous assomment de lieux communs, nous assènent la vérité statistique et massive de ce qu'il faut penser. Dans son malaise d'être fêlé à ce point d'avoir à en dire quelque chose en agitant une plume ou en tapotant un clavier, l'écrivant, pas encore écrivain, ne peut se préoccuper de qui va le lire.

S'il en devient un peu tributaire, payant tribut à la nécessité de vendre, il devra un peu taire ce qui le meut. Pas forcément pour le mal du lecteur, d'ailleurs, car parfois salutaire est la distance entre Narcisse et son miroir. Et alors il devient un peu écrivain. Ce qui le rapproche d'un artisan, noble profession dont les pratiques patientes et la quête du geste juste, après un apprentissage auprès des maîtres, vont trouver récompense en un chef-d’œuvre reconnu. Ecrivain, c'est donc choisir ses mots comme des essences de bois, tailler polir et ajuster les phrases et façonner caractères ou fantasmes. Etrange tâche qui rend à la fois étranger et citoyen de la culture. "in" car plongé dans le monde qu'il peint, qu'il façonne, auquel il s'adresse et qu'il doit bien connaître, donc fréquenter; "out" car critique et lucide sur les réalités (ou les fictions) qu'il sculpte et manipule.

De plus, il y a la manière: Flaubert enfermé dans sa maison. Diogène dans son tonneau. Marx le bourgeois décrivant la vie des mineurs, contraint de s'exiler... San Antonio délirant des polars et inventant des mots dans son domaine suisse, Lacan théorisant entre deux séances d'analyse, Oury dans son bureau à La Borde, entouré par les fous, relatant la vie aux frontières du non sens. Donc il y a, non la manière, mais les mille manières d'être branché en prise sur la matière à dire,  sur  l'objet  qui  devient  sujet.  L'humain  qui  doit  ici  se décrire en plusieurs genres, se décliner pour grandir dans l'entendement du lecteur que toujours un écrivain présuppose, crée en point de mire de sa mentalique gestation.

Et puis il y a le poète, "mal dans sa tête et mal en ville". Bien sûr, lui aussi écrit pour quelqu'un, mais pas pour la société. Il écrit pour la beauté du geste. Il écrit pour que sorte l'enfant, pour que se fixe un fugace artifice, pour retenir un instant d'éternité, pour donner un baiser à très longue portée, pour égaler le soleil ou se soustraire à la mort, pour dire sa nullité et se fondre dans le microscopique tout en espérant à la fois tout et rien. Etrange étranger au poil soyeux, animal de fausse compagnie, tout proche et si sauvage qu'il ne se fréquente même pas lui-même de peur de se prendre à sa raison raisonnante. "peut-être un petit peu trop fragile" (Souchon).

 Artiste: que signifie ce terme étrange qui commence bien et finit de travers? Art, activité de beauté, poursuite et invention, jouissance à voir, à entendre, à lire, à arpenter et goûter. Cathédrales et toccatas, Joconde et Shakespeare... Et puis, ce "iste", partisan de, comme s'il était nécessaire de créer un parti du beau? Pourtant, à la réflexion, il faut défendre l'espace de gratuité dont l'art a besoin pour s'épanouir, mais ce ne sont pas ceux qui font l'art qui devraient avoir à le défendre. Les aléas de l'étymologie sont agaçants. Sait-on jamais si l'on est faiseur d'art ou pauvre imbécile? Nul ne se connaît artiste. Tout au plus, reconnu dans l'après coup, car ayant procuré à autrui l'émotion artistique. Diplôme: dans un roman de Christiane Rochefort, "Archaos ou le jardin étincelant" l'auteur imagine une république dans laquelle, pour devenir citoyen à part entière, il faut produire un certificat attestant qu'on a donné du plaisir à quelqu'un. Aptitude à faire jouir: voici la caractéristique essentielle de l'artiste. Et ce pourrait être une conclusion non occlusive.

 Le désir est moteur de tout. Le désir naît du manque incomblable. Il est nécessaire d'entretenir les moteurs si l'on veut voyager en sécurité. Danger: combler les manques apparents, car "besoin comblé, désir perdu..."

A comme Articuler

"Articule !" L'injonction lancée s'adresse naturellement à celui qui veut parler aux foules, aux multitudes. A l'acteur sous toutes ses formes. Mais...Articuler, c'est aussi rendre intelligible un message qui, originel, relève du borborygme. Aux sources de tout envoi, le désir. Main tendue vers l'autre dans le but de toucher pour recevoir. Balle qu'on lance: Souchon "Chanter, c'est lancer des balles". Et bien au-delà de l'intention, la fameuse, la bonne, la toute belle intention, il y a ce désir de recevoir un écho. Le contenu du message est presque toujours le même. Il se résumerait assez facilement avec l'image de la menotte du bébé tendue vers le visage de sa mère, ou éventuellement d'un regard qu'on croise, un jour dans la rue. La multitude de sens, l'insondable de ce qui se peut percevoir est contenu dans ce désir de dire et d'entendre, plus vital encore -on le sait aujourd'hui, preuve à l'appui- que la nourriture.

Articuler, c'est mettre un lien souple entre deux segments rigides. C'est donc rendre une sorte de jeu à quelque chose qui était trop raide... Pour cela, absolue nécessité de ne pas se laisser arrêter par le préjugé de ce qu'on a déjà vu, déjà compris. C'est d'abord accepter la surprise et le dérangement. Excusez le dérangement, dit-on... Pourtant, c'est le dérangé qui devrait dire "merci" . Car ce dérangement est organisateur. Il permet à l'objet indigeste de mieux passer dans les méandres d'un entendement imprévu. L'acceptation d'articuler de manière à première vue artificielle est un bon entraînement à la compréhension des langues étrangères, des étrangetés en général. Et la langue d'autrui est toujours un peu étrange. Intelligible: elle le devient par le miracle d'une oreille qui se tend vers un son toujours quelque peu ventriloque.

Articuler le dire, de la fantasmatique de l'auteur à sa plume, du texte du dramaturge à l'oeil inspiré du metteur en scène, de l'injonction du directeur de troupe à la compréhension du comédien, de l'intention de ce dernier à l'accomplissement d'un geste, de son geste à la vision qu'en reçoit le spectateur, il existe une telle épaisseur de malentendus probables qu'il faut d'emblée faire fi de toute adéquation entre l'origine et l'arrivée pour se vouer sans hésitation à la perception transparente de ce qui se montre, à l'écoute enfantine des mots, à l'émotion ineffable des archétypes qui se meuvent.

Articuler, pour celui qui joue, c'est d'abord posséder la technique. Devenir capable de bien délier les sons, les gestes, les regards et les non-dit, jusqu'à la capacité de se mettre entièrement et totalement au service d'un personnage... Que ce personnage soit écrit par un auteur ou improvisé par moi-même: qu'importe ! Si je suis un bon artisan, il va m'échapper et investir mon corps, ma voix, mes mots et mes gestes jusqu'à leur donner un sens que, quelques instants auparavant, je n'imaginais même pas. Et l'aide d'un regard extérieur, d'un technicien du regard comme celui du metteur en scène par exemple, cette aide peut accélérer le processus de "mise au service de", à condition de cultiver l'humilité: dur, dur...  

A comme : Aujourd'hui

Aujourd'hui : pour une première Approche, prenons Appui sur deux Adages qu'on peut s'Approprier en conscience de ne rien inventer, simplement en faisant mien ce que des sages ont dit...

"Aujourd'hui, vis ce jour comme s'il était le dernier !": pour prendre conscience de ce que signifie cela pour moi, je dois imaginer ma fin. Et je m'efforce donc de donner à chaque moment tout le sens que lui donnerait cette terrible échéance. Savourer le réveil, la lumière, la sensation musculaire et tactile de retrouver mon corps à la sortie du sommeil, goûter la présence d'un être aimé, mesurer tout ce que je dois dire et faire aujourd'hui, car c'est mon dernier jour : laisser tout ce qui est futile, sans grande importance et me consacrer pleinement à ... à quoi? l'Amour. Aimer sans crainte, donner tout ce que je peux donner, joyeusement, sans exiger de retour. Et l'amour trouve en lui-même la satisfaction plénière. Quand je parviens à vivre cela, je découvre en même temps que les douleurs et les frustrations, les souffrances et les manques ont pour source principale mes propres insuffisances. Et je m'applique à donner à chaque instant l'importance d'un dernier acte dont je peux être fier.

"Aujourd'hui est le premier des jours qui me restent à vivre": Après avoir imaginé la fin, je me représente... je me remets littéralement dans l' "ici et maintenant". Et j'aborde ce jour avec l'enthousiasme du bâtisseur. Construire au présent et prendre à bras le corps tout ce qui est à faire, sans me laisser retarder par les boulets du passé ou les conditionnels paralysants (ah, s'il n'y avait pas ... -au choix- le mauvais temps, la pénurie d'argent, les méchants... je pourrais faire !) . Non, pas de faux prétextes: je suis vivant et fort, donc je peux faire ce qui aujourd'hui me semble juste et bon, donc je le fais, comme on pose la première pierre d'un nouvel édifice.

Je médite avec ces deux adages, ces deux ailes de la sagesse et j'entame ma journée comme on reçoit un cadeau. Je médite et je m'envole...

B comme Balbutiement

L'être humain a inventé les outils, les armes, le feu, l'écriture... il a pris conscience de l'immensité, de la complexité de l'univers. Il a admiré, aimé et joui, il a cherché et trouvé... La technologie atteint aujourd'hui des sommets: je peux voir en direct presque tout ce qui advient au monde, je peux communiquer de visu avec tous ceux qui comme moi disposent d'un Smartphone. Nos capacités semblent rejoindre celle d'un créateur tout puissant, et pourtant...

Dans les domaines le plus importants, de l'amour, du respect d'autrui, de l'empathie, de la coopération, de la solidarité, nous en sommes encore aux balbutiements. Autant on sait aujourd'hui fabriquer des merveilles qui défient l'imagination, autant on arrive à percer les mystères des origines, remonter à des milliards d'année de temps, voir à des milliards d'année-lumière dans l'espace, reconstituer l'histoire de nos ancêtres depuis des millions d'années.

Si nous avons pu inventer et fabriquer des bombes capables en un instant de détruire plusieurs fois notre planète juste en appuyant sur un petit bouton, pourquoi ne serions nous pas en capacité d'imaginer, d'inventer et de mettre en œuvre un art de vivre ensemble en harmonie?

Nous en avons pourtant les données, puisque chacun connait, au fond de lui ce dont il a besoin pour se sentir bien, en sécurité et en paix. Les premiers "mots" de ce langage sont là : droits de l'homme, associations et institutions humanitaires, lois internationales, organisation des nations unies, tribunaux internationaux. Mais l'humanité ne parvient pas encore à organiser  ces éléments pour en faire un vrai langage, celui du vivre en harmonie avec elle-même et son environnement.

Cessons maintenant ce balbutiement pour commencer d'articuler idées, ressources et forces de l'esprit, et pour maîtriser enfin la langue commune qui chante la vie.

B comme Beauté

Beauté : émotion qui envahit mon âme en touchant tout mon être, par un message inattendu de mes sens. L'image naturelle ou créée, le visage, le sourire, le regard d'un être qui vous transperce la carapace, la grâce d'un geste, d'une danse... Et le monde se colore, s'irise de mille couleurs, de pur bonheur. Et la beauté irradie tout autour, apporte sa chaleur intense et douce à mon cœur, vivifiante et suave, piquante et pleine... La beauté comble aussi bien le corps que l'esprit.

Pas un jour sans que je sois transporté par la beauté et interrogé dans les  profondeurs de mon entendement: qu'est-ce qui produit ce splendide effet de couleur dans le ciel du soir, cet extraordinaire assemblage de forme dans ce paysage de montagne, comment l'artiste a-t-il pu concevoir une œuvre si délicate et si parfaite? Pas un jour sans la musique des mots, sans l'harmonie des sons, sans la perfection des corps vivants et la grâce de leurs mouvements...

Beauté cachée, beauté révélée, beauté détruite aussi... et s'accomplit le mystère de la création-destruction, ouvrant toute grande la quête de sens que toute émotion entraîne.

C comme Chasseur diurne

 A l'origine de l'univers, bien loin et bien obscur...Nous pouvons  peut-être y voir quelque chose, car nous sommes des chasseurs diurnes. Notre oeil capte les photons dans un registre étroit, à condition qu'il y en ait un flux suffisant pour donner l'impression qu'il fait jour. Recevoir la lumière, c'est aussi cela. Mais quelle lumière? Notre oeil est stellaire: ce qu'il capte vient des étoiles. Dans les étoiles, dans notre étoile en particulier, les atomes s'unissent. De chacune de leurs étreintes naissent d'autre atomes, et aussi, comme de surcroît, comme un jet supplémentaire de bonheur, des particules immatérielles, des photons : notre oeil perçoit le cri de joie des atomes qui fusionnent au sein des étoiles... des étoiles qui sont des creusets dans lesquels la lumière se dématérialise.

 Mais alors, si la lumière nous raconte quelque chose, que dit-elle? Consciencieusement, elle rapporte l'histoire des étoiles qui ressemblent au soleil. Mais elle n'est pas seule à traverser les espaces: les neutrinos, par exemple, traversent même la nuit. Pour eux, la terre même est transparente. Et ils nous rappellent que la nuit n'est qu'apparence : le soleil des neutrinos ne se couche jamais.

 Illustrations: l'obscurité n'est qu'apparence, les couleurs ne sont qu'apparence. Et le message de la lumière est peut-être ailleurs, décalé : la lumière nous dit que nous sommes les résidus improbables d'une explosion. Au fond des temps, quinze milliards d'années (?) se séparent la matière et l'antimatière. Plus exactement, un milliardième de particules de ce que nous appelons « matière » ne put rejoindre, dans cette explosion, les particules complémentaires qui leur aurait permis de s'annihiler joyeusement. Résidus improbables et orphelines, ces particules commencèrent alors leur course, expansion à travers l'espace désormais perdu puisqu'infini.     

 Tout en étant improbables, nous pouvons pourtant beaucoup : par exemple, boire l'univers dans une goutte d'eau. Deux hydrogènes: constituant majoritaire de l'ensemble des étoiles, un oxygène, atome venu du ciel, comme toute matière, puisque les étoiles sont les mères des atomes. Et notre grand-père est un nuage lumineux, amas stellaire qui se différencie peu à peu. Et si je remonte ainsi vers l'origine, je butte sur l'opaque. Avant la transparence, il y avait le vide. Mais le vide n'est pas le rien: c'est un état intermédiaire entre le chaos et le rayonnement. Le vide est peuplé de particules virtuelles, si fugaces que rien ne peut les capter, sinon le calcul. Le vide est immobile. Sa densité est constante. Et le vide convoque ses messagers.

 Il est si bien excité, ce vide, qu'une petite bille d'énergie pure explose en donnant la lumière et la matière: le vide a enfanté la lumière et la matière est entre deux lumières. Entre ses deux lumières, la matière dicte à l'espace-temps sa courbure, comme une bille qui tombe dans un film de cellophane. L'espace, lui, dicte à la matière son mouvement. De sorte que espace, temps, matière et énergie sont indéfectiblement solidaires. Frères à jamais.

Et la question demeure vivace: « Et avant le vide? » - Alors, le chaos! ... Mais il n'a duré qu'un laps de temps inférieur à 10-43 secondes : le plus petit temps mesurable. Attention : en deça de cette limite, le temps fluctue, donc il nous échappe. Autrement dit, maintenant, le temps qui nous est mesuré, mesurable, est retrouvé, tandis que l'espace infini, dans lequel la matière est en expansion nous a échappé... L'espace est perdu, le temps est retrouvé.   

C comme Citoyen

Etrange retour de popularité d'un terme qui a connu son heure de gloire pendant les révolutions républicaines... Oui, je me sens plus encore Citoyen que Camarade ou Compagnon. Car ce terme reflète, contient, la solution au dilemme "la fin et/ou les moyens". C'est par le débat que je veux convaincre (et non vaincre), c'est par les urnes que je veux contribuer à l'instauration d'un pouvoir qui garantira à chacun, moi compris, la justice et la sécurité... Désuète naïveté, douce utopie? pas sûr... je vois en effet que les effets de cette chère vieille chose qu'est la démocratie restent comme de puissantes vagues, de formidables mouvements tectoniques qui modèlent les grands continents de la pensée. Certes, la violence et le nihilisme restent en suspens sur nos têtes à chaque instant, mais tout compte fait, la seule façon d'y échapper demeure l'usage de la parole, de la voix dans tous les sens du terme, et la ténacité de ceux qui sont capables de revenir à la raison quand le chaudron a fini de déborder. C comme Culture, Citoyenneté, comme Compréhension, Coopération, Compassion : autant de moyens de promouvoir une meilleure façon de vivre ensemble. Comme le dit la chanson "j'y retourne immédiatement !".

C comme Conscience

Très tôt, enfant, j'ai conscience. Cette démarche qui déclenche la rencontre de soi, littéralement le reflet, donc la réflexion : celui qui bouge, agit, s'agite ici, c'est moi, je dirai même plus, moi-même... le même redondant dont le sens est lui aussi double, signifiant aussi bien l'autre identique que le conditionnel (même si...). Ainsi, je plonge dès mes premières interrogations dans un monde dont la construction est faite d'emboîtements et de conditionnel. Moi dans une image de moi-même, dans un environnement lui-même constitué comme ces poupées russes : quand on en ouvre une, il y en a toujours une à l'intérieur... mais pour l'image de l'univers, aussi bien que pour ma personne,  je ressens cela à l'infini et dans les deux sens : tants vers l'infiniment petit que vers l'infiniment grand. Je vis donc dans un émerveillement vertigineux. Le monde et l'existence sont très tôt pour moi un champ d'investigation et un terrain de jeu passionnant. Conscience de soi, et par conséquent, conscience de l'autre d'où la conscience morale qui pour moi se résume très simplement : "ne fait pas à autrui ce que tu n'aimes pas qu'on te fasse". Toutes les autres règles peuvent découler de celle-là. Et pour agir selon sa conscience, je dois précisément adopter le point de vue de l'autre et me demander ce qui risque de lui nuire pour m'abstenir de faire cela.

C comme Couleurs

Parfois, le matin, il m'arrive de penser : j'en suis toujours surpris.

Couleurs. Coup leurre

A tous ceux qui croient croire, coule leur leurre : tue leur certitude.

Au vert de l'espoir illusoire, au bleu neuneu, au jaune des traitres mous,  plus encore. Et au noir du nihil qui tout dissout, donc, résiste.

Au violet qui hésite entre deux pauvres choses sans goût, résiste.

Résiste au rouge qui raisine, résiste.

l'antirouge est assurément le vert, or le verre, moi j'aime. Au risque de se perdre dans un verre de rouge qui lui aussi est antirouge puisqu'il fait voir un bref instant la vie en rose.

De rouge donc, point! Nous n'en voulons plus. Même et surtout sur le drapeau.

Bleu blanc rouge, vert rouge jaune, noir rouge jaune : tous aussi étriqués, petits, riquiquis !

Bleu ciel à la rigueur... ça porte le regard au loin, ça ouvre un horizon et donne à l'air un parfum d'infini.

Infini, voilà un signe plaisant, même s'il inquiète. Et serait-il blanc comme la combinaison de toutes les autres longueurs (d'onde bien sûr mais aussi de tout le reste).

Ce qui est trop court (et trop mou) manque à la fois de force, de souplesse et de complexité voire même d'efficacité dans bien des domaines ... mais je m'égare.

Le blanc n'est pas simple. Il est même insaisissable.

Tu connais quelque chose de vraiment blanc?

Blanc comme une innocence recomposée de tous les vices enfin pardonnés.

Par don d'un accord parfait entre toutes les notes prises au cours de tous les cours d'une vie.

Dans ce blanc que me rend chaque matin le soleil en un reflet si doux dans l'oeil de ma bien aimée. Me rend, dis-je car chaque soir je le perd en sombrant dans l'inconscience du sommeil dont chaque matin je m'étonne d'émerger ... et m'émerveille en remerciant : la conscience d'être.

Je suis donc je pense : même à l'envers ça marche aussi ! et je vois ça comme un blanc assez pur pour éblouir tout un jour de chouettes élucubrations aussi rigolotes que possibles.

Rions arc en ciel !!!